Par Nikola Petrović-Njegoš
Si je devais définir en quelques mots le Monténégro et ses habitants, je dirais que le Monténégro c’est une histoire d’amour entre l’Histoire et la géographie et que nous sommes tous les enfants de ce mariage, quelles que soient nos origines sociales ou culturelles, nos sentiments, nos orientations politiques, que nous soyons jeunes ou vieux, riches ou pauvres.
La géographie c’est notre mère à tous que trop souvent nous malmenons, chacun de nous est lié à elle et c’est ce lien qui nous unis au delà de nos désaccord et de nos rivalités.
L’Histoire à première vue apparaît comme la source de nos divisions. Elle est en réalité ce qui nous lie au quotidien et qui fait que nous dépendons tous les uns des autres, au-delà des victoires et des défaites, des drames et des crises.
Nous fêtons aujourd’hui les vingt années de l’indépendance. Une indépendance démocratiquement retrouvée sans qu’une goutte de sang n’ai été versée.
C’est effectivement un magnifique anniversaire, mais qui ne peut faire oublier que durant cinq siècles le Monténégro a déjà été un état indépendant. Indépendant et libre au prix de tant de sacrifices consentis par nos ancêtres à qui nous avons le devoir de dédier cet anniversaire.
Mais je tiens à saluer également tous mes concitoyens qui ont été les acteurs de notre indépendance retrouvée. Cela n’aurait pas été possible sans le courage de certains d’entre eux
L’indépendance retrouvée n’aurait pas non plus été possible sans le soutien et je dois le dire, sans le patriotisme de beaucoup de nos concitoyens qui depuis les premiers jours du drame de l’éclatement de la Yougoslavie ont défendu la Paix, le vivre ensemble et se sont engagés pour ce nouveau destin. Et non seulement à l’intérieur du pays mais au sein d’une diaspora qui s’est généreusement mobilisée.
À vous tous chers compatriotes, à vous tous où que vous soyez, qui avaient apporté votre concours à notre indépendance, au nom de mes ancêtres qui tous ont combattu pour cette cause, je tiens à vous exprimer notre profonde et respectueuse reconnaissance. J’ai vécu moi aussi cette période et eu l’occasion de rencontrer beaucoup d’entre vous dans ces moments difficiles. Cela a été une expérience humaine que je n’oublierais jamais.
Aujourd’hui, vingt ans après, cela peut nous sembler déjà loin, mais à l’échelle historique ce n’est rien, surtout si nous souhaitons à notre cher Monténégro une longue et belle vie.
Justement cet anniversaire doit être l’occasion pour nous tous de s’arrêter et de regarder derrière nous le chemin parcouru et devant nous de vérifier la direction que nous nous étions fixée.
C’est le moment de sortir nos boussoles !
Et c’est dans ces moments là où chacun de nous et à tous les niveaux doit pouvoir s’interroger sur la décennie passée et exprimer ses souhaits pour la décennie à venir.
C’est le temps également de réaffirmer nos valeurs traditionnelles, de tolérance et de solidarité qui nous ont permis d’échapper aux conflits récents, mais aussi les valeurs de Démocratie et de Justice que nous partageons aujourd’hui avec nos voisins européens.
C’est le temps de se préparer pour une nouvelle décennie qui saura, je l’espère, apporter les remèdes aux difficultés qu’on vécu et que vivent encore beaucoup trop de nos concitoyens.
Je vais donc vous dire du fond du cœur ce que je souhaite pour notre pays que j’ai appris à aimer durant ces 35 dernières années ainsi qu’à ses habitants pour qui j’éprouve les sentiments les plus fraternels.
J’aimerais que durant cette nouvelle décennie, le Monténégro se soucie autant sinon plus de son avenir que de son passé. Qu’il s’intéresse plus à ce qui l’unie qu’à ce qui le divise. Plus à ce qui fait sa force qu’à ce qui fait sa faiblesse.
En effet, nos compatriotes sont divisés sur des questions qui leur semblent vitales : La politique, l’identité, la religion, souvent au sein de la même famille. Ils en oublient le principal : Leur attachement à ces territoires magnifiques qui nous entourent mais qui petit à petit se dégradent par notre négligence et notre individualisme.
Mais c’est justement cette nature exceptionnelle qui est vitale pour nous tous et c’est ensemble que nous devons la protéger et la valoriser. C’est la seule façon d’améliorer les conditions de vie non seulement des plus démunis mais également des plus riches. Car être riche au milieu des pauvres, dans un environnement sacrifié, même s’il est toujours possible de ne pas le voir, ne fait pas non plus une bonne vie.
C’était le projet inscrit dans notre constitution dès 1991, cet état écologique dont chacun de nous rêve ou a rêvé ne serait-ce qu’un jour. Un projet qui fait rêver également beaucoup d’hommes et de femmes sur notre planète et particulièrement les jeunes. Ce projet est plus que jamais d’actualité, il est devenu réaliste aujourd’hui et il est à notre portée, il suffit d’y croire et de réunir nos talents.
Alors nos enfants et petits-enfants pourront être fière de nous comme nous le sommes de nos ancêtres. N’est-ce pas le plus bel hommage à leur rendre.
Neka bude što biti ne može, Qu’advienne ce qui ne pouvait advenir : chers compatriotes, une fois encore relevons ce défi que Njegoš lance à nos consciences.









