Le Courrier des Balkans (C.d.B.) : Les événements de Zvërnec ont d’abord fait descendre dans la rue des dizaines, puis des centaines de milliers de citoyens. Le projet de Zvërnec a-t-il été la cause de cette mobilisation, ou seulement l’étincelle qui a révélé une contestation beaucoup plus profonde du modèle politique, économique et social construit durant la transition albanaise ?
Edison Lika : En réalité, le projet de Zvërnec a été la goutte d’eau qui a fait déborder un vase rempli depuis longtemps par ce mode de gouvernance. Zvërnec concentrait à lui seul toutes les dimensions les plus perverses de la manière dont l’Albanie a été gouvernée. On y retrouvait la dimension la plus triviale : l’appropriation de biens fonciers par un caïd local. Mais aussi la dimension spectaculaire des opérations de communication du gouvernement Rama, qui mettait en avant Jared Kushner comme vitrine internationale. En d’autres termes, il s’agissait d’un bandit local revêtu du costume d’une grande entreprise.
C’est un phénomène que nous observons depuis longtemps dans notre pays : en tant que citoyens, nous étions non seulement victimes des violences exercées par des caïds locaux, de la criminalité ordinaire et du blanchiment d’argent, mais le discours officiel prétendait que ces violences étaient commises au nom de l’émancipation, du progrès et du développement. Ce projet semblait ainsi incarner, dans sa forme la plus pure, tout ce que l’on peut appeler la transition albanaise.
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