Blog • l’expansion constante du géant chinois Zijin menace l’est de la Serbie

Avec l’expansion minière du groupe chinois Zijin dans l’est de la Serbie, les forêts, l’eau, l’air et le patrimoine culturel sont menacés par de nouvelles explorations géologiques et infrastructures minières.

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Blog • l’expansion constante du géant chinois Zijin menace l’est de la Serbie
La mine de Veliki Krivelj© Martin Stanojevic

La région de Bor et de Zaječar, dans l’est de la Serbie, est menacé par l’expansion des activités d’extraction d’or et de cuivre du géant minier chinois Zijin, dont le projet est en attente d’enquête publique. Riche en ressources en eau potable, abritant des espèces protégées, située à proximité du site UNESCO de Felix Romuliana et déjà confrontée à des niveaux dangereux de pollution de l’air, la région fait face à des risques environnementaux accrus, à des menaces de déplacement des populations et à des allégations de travail forcé, dans un contexte de crise politique à l’approche des élections législatives anticipées du 25 octobre 2026.

Alors que l’Europe fait face à des vagues de chaleur, des incendies de forêt et un recul de ses espaces forestiers, les politiques de protection et de restauration de la nature prennent une place croissante. Dans l’est de la Serbie, c’est pourtant une importante expansion minière qui se prépare, avec le développement d’un vaste complexe consacré à l’extraction du cuivre et de l’or. Le projet de mine de lithium porté par Rio Tinto dans l’ouest du pays a suscité une forte mobilisation et une attention internationale, tandis que les mines de cuivre et d’or déjà exploitées dans l’est de la Serbie, ainsi que les projets visant à étendre ces activités, ont fait l’objet de beaucoup moins d’attention. Dans un pays relativement petit, qui s’étend sur quelque 330 kilomètres d’est en ouest, cette expansion minière soulève des questions quant aux risques qu’elle peut représenter pour les milieux naturels, la santé publique et le patrimoine culturel et archéologique. Elle pose également une question plus large, celle de l’extractivisme, un modèle fondé sur l’exploitation intensive des ressources naturelles, dont les coûts environnementaux et sociaux sont souvent supportés par les populations locales.

Ce que prévoit l’expansion minière

Le gouvernement serbe a décidé d’élaborer un plan d’aménagement du territoire pour le complexe de Čukaru Peki et Malka Golaja, dont l’Agence pour l’aménagement du territoire et l’urbanisme a soumis le projet à une première consultation publique. Couvrant 126 km² dans les territoires de Bor et de Zaječar, situés à une trentaine de kilomètres l’un de l’autre, le plan fixe les orientations de développement du complexe jusqu’en 2050. En 2018, la Serbie a cédé 63 % de RTB Bor au groupe chinois Zijin Mining, l’un des principaux groupes miniers mondiaux, tandis que l’État conserve 37 % du capital. Les gisements de Čukaru Peki et de Malka Golaja concernés par le plan appartiennent en revanche entièrement à Zijin, via Serbia Zijin Mining, sans participation de l’État.

Le projet prévoit des activités minières souterraines et à ciel ouvert, ainsi que des puits d’exploration pouvant atteindre 2 200 mètres de profondeur. Le plan ne précise toutefois ni la profondeur prévue pour l’extraction elle-même ni la durée d’exploitation. Il prévoit également un parc à résidus miniers d’une capacité de 1,08 milliard de tonnes, sur une superficie d’environ 1 900 hectares, une nouvelle mine de cuivre et d’or ainsi qu’une fonderie pouvant produire jusqu’à 400 000 tonnes de cuivre anodique et cathodique par an. Une capacité supplémentaire de 450 000 tonnes est également prévue, portant la capacité potentielle totale à 850 000 tonnes par an. Le plan prévoit enfin le relogement des habitants concernés par les activités minières.

Le plan d’aménagement pour l’expansion du complexe minier et métallurgique reste toutefois peu précis sur les conséquences potentielles du projet, notamment pour les populations et l’environnement. Il est ainsi difficile d’évaluer dans quelle mesure l’extension des activités minières pourrait contribuer à une dégradation supplémentaire de la qualité de l’air, de l’eau et des sols, ou quelles pourraient être ses conséquences pour la santé des habitants de la région.

Forêts et ressources en eau

La zone concernée par l’expansion minière est riche en forêts, en cours d’eau, en lacs et en sources thermales. Zaječar est notamment connue pour ses eaux artésiennes : selon la Délégation de l’Union européenne en Serbie, la ville compte plus de 30 fontaines artésiennes publiques en activité, ce qui en ferait un cas unique en Europe et dans le monde par l’abondance de ses sources d’eau potable. Des hydrogéologues alertent sur les risques que l’activité minière pourrait représenter pour les eaux souterraines et les sources thermales. Aucun modèle hydrodynamique permettant d’en évaluer les conséquences n’a toutefois encore été réalisé. 

Parallèlement, une étude de terrain menée par des chercheurs de la Faculté de biologie de Belgrade a recensé 117 espèces protégées dans la zone couverte par le plan d’aménagement : 78 espèces strictement protégées et 26 protégées en Serbie, ainsi que 61 espèces inscrites à la Convention de Berne, 23 à la directive Habitats, 20 à la directive Oiseaux, 17 à la Convention de Bonn et une à la CITES. Malgré ces résultats, l’Institut pour la protection de la nature de Serbie affirme qu’aucun habitat de ce type n’y a été recensé. 

En juin, l’inspection forestière a constaté la destruction, sans autorisation, de 11,49 hectares de forêt sur le site de Malka Golaja. Le recours déposé par l’entreprise contre l’ordre d’arrêt des travaux a été rejeté le 10 août et, quatre jours plus tard, toutes les machines avaient été retirées du site. Fin juillet, un incendie s’est propagé depuis le secteur de Čukaru Peki en direction de Malka Golaja. Selon des organisations locales, environ 50 hectares ont été brûlés. 

Quelques semaines plus tard, le 31 août, le Parlement a adopté des amendements à la loi sur l’aménagement du territoire et la construction permettant de modifier le classement de terrains forestiers incendiés lorsqu’ils sont destinés à des projets d’intérêt public. Jusqu’alors, ces terrains conservaient leur classement initial sans limite de durée. À titre de comparaison, l’Italie interdit le changement d’affectation des terrains incendiés pendant 15 ans, le Portugal pendant 10 ans et l’Espagne pendant au moins 30 ans.

Pollution de l’air

Dans une région qui figure déjà parmi les plus touchées d’Europe par la pollution à l’arsenic et au dioxyde de soufre, les concentrations d’arsenic dans l’air à Bor ont atteint jusqu’à 95 fois la limite autorisée en 2025, et jusqu’à 180 fois cette limite en janvier 2022. Une étude sur les sites contaminés, menée par le ministère de la Santé, le ministère de la Protection de l’environnement et l’Institut de santé publique Batut, a conclu que les habitants de Bor présentent un risque nettement plus élevé de développer et de mourir de maladies malignes. Le rapport de l’étude, retenu pendant environ un an, n’a été rendu public en 2021 qu’à la suite d’une demande d’accès aux informations publiques. Les femmes présentaient notamment un risque accru de développer et de mourir d’un cancer du col de l’utérus et des ovaires, tandis que les hommes présentaient un risque accru de cancer de la prostate et des testicules, ainsi qu’un risque plus élevé de décès liés à des maladies respiratoires, digestives et cardiovasculaires.

Une étude publiée en 2026 vient renforcer les préoccupations environnementales dans la région. Elle a relevé des concentrations élevées de cuivre et d’arsenic dans les sols et les grains de blé autour du complexe minier et métallurgique de Bor. Les risques sanitaires estimés dépassaient les niveaux considérés comme acceptables, particulièrement pour les enfants, l’arsenic constituant le principal contributeur au risque. À une trentaine de kilomètres de Bor, Zaječar connaît elle aussi une qualité de l’air très dégradée, notamment en hiver, pouvant atteindre la catégorie « dangereuse » selon les indices internationaux de qualité de l’air, principalement en raison du chauffage domestique. Dans ce contexte, l’expansion prévue des activités minières soulève la question de la charge industrielle supplémentaire qu’elle pourrait représenter pour l’air de la ville et de ses environs, et de ses conséquences potentielles pour la santé.

Patrimoine menacé

À quelques kilomètres seulement de la future zone minière se trouve Felix Romuliana, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO en raison de sa valeur universelle exceptionnelle et considéré comme l’un des principaux sites archéologiques romains de Serbie. Cet ensemble de palais et de bâtiments commémoratifs construits par l’empereur Galère constitue un témoignage remarquable de l’architecture romaine. Le plan prévoit des forages d’exploration à proximité du site, tandis que l’UNESCO souligne que relativement peu de fouilles archéologiques avaient été menées à Gamzigrad-Romuliana avant son inscription sur la Liste du patrimoine mondial en 2007. Le document recense également l’église de la Dormition de la Mère de Dieu à Slatina comme monument culturel, ainsi que trois sites archéologiques protégés : Kučajna, un habitat préhistorique, Dubrava, également un habitat préhistorique, et un site antique à Slatina. Il souligne la nécessité de mener des recherches archéologiques de terrain et prévoit l’élaboration d’une étude consacrée à la protection du patrimoine culturel immobilier. Il ne précise toutefois ni quand, ni comment, ni dans quelle mesure ces recherches seraient menées, ni ne présente de modalités concrètes pour leur mise en œuvre. Bien que le plan ne mentionne pas de forages d’exploration à proximité de ce site, elles sont déjà en cours. Ils sont réalisés par la société d’exploration Tilva d.o.o., dont le propriétaire ultime est Zijin, dans une zone qui n’a jamais fait l’objet d’une étude archéologique systématique. L’exploitation minière fait ainsi peser des risques sur des vestiges archéologiques, mais aussi sur un paysage et un patrimoine dont une partie reste encore à découvrir.

La vie humaine en danger

Le plan prévoit le relogement des habitants lorsque des analyses d’experts concluent que des conditions de vie sûres ne peuvent pas être garanties. Pourtant, dans au moins un village proche de Bor, Krivelj, les habitants attendent leur déplacement depuis 2014, alors qu’ils vivent au quotidien dans des conditions difficiles. Celles-ci comprennent notamment le dépôt de matériaux miniers sur une parcelle forestière appartenant à l’État, le bruit lié à l’abattage des arbres et au déchargement effectué tard dans la nuit, les explosions, l’exposition aux oxydes d’azote et aux poussières toxiques, ainsi qu’une augmentation du risque d’inondation. Les habitants affirment également que des employés de Zijin contrôlent leurs déplacements lorsqu’ils se rendent à leur domicile.

Le relogement n’est toutefois qu’une des questions que l’expansion minière soulève pour les populations de la région. En juin, l’agence américaine des douanes et de la protection des frontières (US Customs and Border Protection, CBP) a émis une Withhold Release Order visant le cuivre et les produits en cuivre de Serbia Zijin Copper, en invoquant des éléments faisant état de travail forcé. Selon la CBP, ces éléments indiquaient que les travailleurs de Serbia Zijin Copper étaient exposés à six des indicateurs de travail forcé définis par l’Organisation internationale du travail (OIT) : abus de vulnérabilité, retenue de salaires, intimidation et menaces, restriction de la liberté de mouvement, rétention de documents d’identité et heures supplémentaires excessives.

Consultation publique et réactions

Plusieurs initiatives citoyennes ont été lancées pour s’opposer au projet. Elles recueillent des signatures dans plusieurs villes de la Serbie et rassemblent des collectifs locaux, des organisations environnementales et des citoyens qui demandent davantage de transparence et la protection des ressources naturelles. La contestation dépasse également les frontières serbes : 40 organisations de Roumanie et de Bulgarie – 28 roumaines et 12 bulgares – ont demandé à leurs gouvernements d’engager des consultations transfrontalières dans le cadre de la Convention d’Espoo, qui prévoit la participation des pays voisins à l’évaluation des projets susceptibles d’avoir des effets importants au-delà des frontières nationales.

Le gouvernement roumain avait déjà saisi Belgrade sur cette question. Le 13 novembre 2025, la ministre roumaine de l’Environnement, Diana Buzoianu, a écrit à son homologue serbe pour demander que la Roumanie soit associée aux procédures d’évaluation des impacts transfrontaliers liés à l’expansion de Zijin dans l’est de la Serbie, notamment concernant la mine de Majdanpek, située à 11 kilomètres de la frontière roumaine, et la partie basse de Čukaru Peki. Elle invoquait la Convention d’Espoo et le Protocole de Kyiv. Selon ce courrier, les eaux usées seraient rejetées dans le Danube, qui constitue une source d’eau potable pour plusieurs villes roumaines, et un impact négatif important sur le territoire et la population de la Roumanie ne pouvait être exclu.

Selon la réponse du ministère roumain au média România Curată, publiée le 11 septembre 2026, les autorités serbes n’avaient toujours pas répondu à cette demande, malgré sa réitération.

Le plan est examiné dans un contexte de profonde crise politique en Serbie. Le Parti progressiste serbe (SNS, droite), est au pouvoir depuis 2012, tandis que les manifestations massives d’étudiants et de citoyens contre le gouvernement, déclenchées après l’effondrement de l’avent de la gare de Novi Sad, se sont transformées en un défi majeur pour le pouvoir en place. Le 9 septembre, alors président, Aleksandar Vučić a dissous le Parlement et convoqué des élections législatives anticipées pour le 25 octobre, avant de démissionner le 27 septembre afin de briguer le poste de Premier ministre. Les précédentes élections avaient été marquées par des accusations de fraude et d’irrégularités. Les observateurs internationaux de l’OSCE/BIDDH (ODIHR) avaient notamment fait état de pressions exercées sur les électeurs, de l’utilisation abusive des ressources publiques et de signalements d’achat de voix. Dans l’Indice de perception de la corruption 2025 de Transparency International, la Serbie se classait au 116e rang sur 182 pays, avec un score de 33 sur 100.

La valeur économique du projet se mesure en millions de tonnes de minerai et de métal : la seule zone inférieure de Čukaru Peki contiendrait, selon les estimations, 16 millions de tonnes de cuivre, 333 tonnes d’or et environ 2,05 milliards de tonnes de minerai. La redevance serbe sur les minerais métalliques s’élève à 5 %, comme en Roumanie, où elle atteint 6 % pour l’or, contre environ 10 % en Croatie et 12 % en Hongrie. Ces chiffres soulèvent la question du partage des bénéfices économiques au regard des coûts environnementaux et sanitaires supportés localement par l’exploitation minière.

La région de Timočka Krajina, dans l’est de la Serbie, est déjà confrontée à d’importantes menaces environnementales pour la santé, notamment en raison de la pollution de l’air, de l’eau et des sols. Elle connaît parallèlement un déclin démographique marqué, qui réduit la capacité des communautés locales à faire face à de nouvelles pressions ou à y répondre. Un nouveau complexe minier pourrait aggraver une situation déjà préoccupante et exposer davantage les habitants à des risques sanitaires et environnementaux, tout en menaçant le patrimoine culturel et les espèces protégées recensées dans la zone couverte par le plan.

Contrairement à Bor, Zaječar n’a jamais été définie par l’activité minière. La ville est connue pour ses ressources en eau, ses terres fertiles, son agriculture, sa production alimentaire et son industrie locale diversifiée. La question de savoir si elle deviendra une ville minière, et de ce qui pourrait être perdu dans ce processus, dépendra des décisions politiques, de la capacité des communautés locales à résister aux pressions et du soutien dont elles bénéficieront aux niveaux national et international.

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