Traduit par Ph.B. | Publié à l’origine par BIRN dans le cadre du projet MOST.

Alors que les manifestations continuent d’ébranler la Serbie, les communautés minoritaires hongroise et slovaque de la région septentrionale de Voïvodine décrivent une pression politique croissante, une autonomie qui se réduit et un exode discret de la jeunesse.
Lorsque l’on pense à la province septentrionale de la Serbie, la Voïvodine, viennent souvent à l’esprit des images de vastes plaines, de champs dorés et de villageois aux joues roses et souriants – comme ceux représentés dans l’art naïf slovaque. Reconnu par l’UNESCO comme patrimoine culturel immatériel, cet art naïf a, au fil des décennies, représenté des mariages villageois, des paysages hivernaux enneigés et des récoltes estivales – un mode de vie plus simple, ancré dans une agriculture à petite échelle et dans des communautés soudées.
Si l’on peut encore voir aujourd’hui des traces de cette vie en Voïvodine, beaucoup de choses ont changé, surtout depuis le début des manifestations de masse menées par les étudiants qui ont éclaté à travers la Serbie après la mort de 16 personnes lors de l’effondrement d’un auvent dans la gare récemment rénovée de Novi Sad en novembre 2024. Un certain nombre de problèmes, déjà présents sous la surface, ont alors éclaté au grand jour. BIRN a interrogé plus d’une douzaine de personnes issues des minorités slovaque et hongroise de Voïvodine, qui évoquent une polarisation croissante au sein de leurs communautés et l’emprise de plus en plus forte du Parti progressiste serbe (SNS) au pouvoir sur leur vie.
L’image d’une vie paisible dépeinte dans l’art naïf slovaque s’est définitivement fissurée l’été dernier lorsqu’une exposition organisée dans la ville à majorité slovaque de Bački Petrovac, présentant des photos des manifestations étudiantes, a été violemment interrompue par des hommes masqués, serbes et slovaques, que l’on pense affiliés au SNS. « Après cela, la ville ressemblait à ce qu’elle était pendant le couvre-feu du Covid », raconte Petra Castven, étudiante en philosophie de 25 ans à Novi Sad, originaire de Bački Petrovac. « Il n’y avait personne dans les rues, comme si la fin du monde était arrivée. »
L’incident de Bački Petrovac peut être considéré comme faisant partie d’une répression plus large contre les manifestants en Serbie. Dans tout le pays, les médias ont rapporté que des personnes liées aux manifestations ont été agressées et que leurs entreprises ont été vandalisées. Le parti au pouvoir a procédé à des licenciements massifs de personnes ayant participé aux manifestations ou ayant refusé d’assister aux rassemblements de soutien au SNS. Les entreprises perçues comme favorables aux manifestants ont fait l’objet d’inspections de l’État et de fermetures. Certains responsables de la police et de l’armée, jugés insuffisamment loyaux, ont été remplacés.
« L’exposition a été la première fois que quelqu’un frappait réellement au visage un vétéran de guerre respecté. Cela a marqué une nouvelle vague de violence de la part du Parti progressiste serbe », explique Ivan Bartos, 31 ans, spécialiste du marketing en ligne à Bački Petrovac, qui avait assisté à l’exposition et à certaines manifestations.
Compte tenu du gouvernement national-populiste en place à Bratislava, la minorité slovaque de Serbie aurait pu penser que sa demande de soutien auprès de la Slovaquie après cet incident serait entendue. Mais le gouvernement de coalition slovaque dirigé par le Premier ministre Robert Fico est resté largement silencieux, invoquant la non-ingérence dans la politique intérieure de la Serbie.
Cette attitude se reflète également du côté du gouvernement de Budapest qui, malgré les importantes sommes investies dans la communauté hongroise de Voïvodine – la plus grande minorité de la province –, conditionne ce soutien à une loyauté envers le parti Fidesz du Premier ministre hongrois Viktor Orbán ainsi qu’envers le SNS, le parti de son ami et allié, le président serbe Aleksandar Vučić.
Une autonomie de papier ?
La Voïvodine, province septentrionale de la Serbie, ressemble souvent à une mosaïque : plus de 25 groupes ethniques y parlent six langues officielles et représentent environ 30 % de la population. Les deux plus grandes minorités – hongroise et slovaque – représentent respectivement 13 % et 2,3 % de la population de la région. Le cadre juridique serbe de protection des minorités est souvent salué. Les minorités nationales se voient garantir le droit de préserver leur langue et leur identité grâce à l’éducation dans leur langue et à des institutions culturelles.
Les Conseils nationaux jouent un rôle crucial dans ce système. Créés pour protéger et promouvoir les droits collectifs des minorités, ces conseils sont élus par les membres de chaque minorité reconnue. Ils permettent aux communautés de s’autogouverner et de défendre leurs propres intérêts, au lieu de dépendre uniquement des institutions majoritaires.
« Les Conseils nationaux sont les forces motrices des groupes minoritaires. Ils ont un statut consultatif et leur mot à dire dans la législation locale », explique Ferenc Nemeth, expert des Balkans basé à Budapest et actuellement chercheur Fulbright à l’université de Georgetown. « J’ai une opinion positive du Conseil national hongrois – il nous garantit certains droits », affirme Izolda Papp, jeune étudiante hongroise à Subotica. Deux autres étudiants hongrois rencontrés à Novi Sad ont exprimé une opinion similaire.
Toutefois, pour de nombreux Slovaques et Hongrois de Voïvodine, l’autonomie n’existe que sur le papier. Dans la pratique, ils décrivent des pressions systématiques venant du régime du président Vučić et de son parti SNS. Depuis que le SNS a consolidé son pouvoir au niveau national en 2012, les critiques affirment que les institutions minoritaires locales se sont progressivement alignées sur les structures du parti au pouvoir. La proximité politique et les relations personnelles entre les dirigeants des trois pays – Vučić, Orbán et Fico – accentuent encore ces tendances.
Le Conseil national slovaque est perçu de manière bien moins positive que celui des Hongrois. Les personnes interrogées par BIRN à Kovacica, Bački Petrovac et Padina – parmi les villes comptant les plus grandes communautés slovaques – estiment que les élections à ce conseil reposent sur une illusion de choix, car quel que soit le candidat élu, il est susceptible d’être membre du SNS.
Cette situation fait écho à des problèmes déjà signalés par les médias serbes lors d’élections locales : pressions sur les employés du secteur public, utilisation abusive de ressources publiques, accusations de « migration organisée d’électeurs », achat de votes et domination de la campagne par le président Vučić.
L’incident de Bački Petrovac s’inscrit également dans un contexte de tensions lors de l’élection de mai 2025 pour Matica Slovenska, principale institution culturelle, scientifique et éducative de la minorité slovaque. Malgré des tentatives signalées de personnalités proches du SNS pour verrouiller les portes et empêcher le public d’assister au vote, un candidat indépendant, Juraj Cervenak, l’a finalement remporté. « Quand j’ai gagné, beaucoup de mes amis serbes m’ont félicité en disant que j’avais battu Vučić. Je leur ai répondu : je n’ai pas battu Vučić, nous sommes simplement une petite organisation », a déclaré Cervenak.
« Ce dont nous avons besoin en Serbie, ce sont des sièges garantis au Parlement pour les minorités, comme en Croatie. Quand la majorité parlementaire est étroite, ces représentants peuvent influencer les décisions : c’est un véritable levier politique. Ici, nos Conseils nationaux ne sont pas indépendants, ils sont liés au SNS. Les représentants des minorités devraient défendre leurs communautés », ajoute-t-il.
Depuis 2018, la majorité des représentants du Conseil national hongrois appartiennent à l’Alliance des Hongrois de Voïvodine (SVM), principal parti hongrois en Serbie, partenaire de coalition du SNS et considéré comme l’allié du Fidesz de Viktor Orbán dans le pays.
Avant les élections des conseils nationaux de 2022, Zuzana Kalmar, qui avait démissionné du Conseil national hongrois après l’interdiction d’une pièce de théâtre en 2021, déclarait à Radio Free Europe que ces conseils n’étaient « qu’une extension des partis politiques ». « Je n’ai subi aucune pression et je pouvais parler librement, mais tout le monde savait que cela ne contribuerait à aucune discussion : nous serions de toute façon mis en minorité », explique-t-elle. Le Parti progressiste serbe et le Conseil national slovaque n’ont pas répondu aux demandes de commentaires de BIRN.
Arpad Fremond, président du Conseil national hongrois, a toutefois indiqué par écrit que le Conseil fonctionne conformément à la loi. Il a également souligné qu’il avait démissionné de son poste de député au Parlement serbe pour le SVM, puisque la direction du Conseil ne peut pas être composée de responsables politiques ou étatiques.
Interrogé sur le fait que la liste soutenue par le SVM était la seule candidate lors de la dernière élection du Conseil, Fremond a répondu que d’autres pouvaient se présenter mais n’avaient pas obtenu suffisamment de signatures. « Nous pensons que le seul obstacle à la participation d’autres candidats à l’élection du Conseil national hongrois en 2022 était le manque de soutien des citoyens à un niveau tel que leur participation aux travaux du Conseil n’aurait eu aucun sens », a-t-il déclaré.
Négligés par Belgrade, ignorés par Bratislava
Alors que les relations bilatérales avec la Serbie restent cordiales – soutenues par le fort appui de la Slovaquie à l’élargissement de l’Union européenne, par le soutien de Fico à Vučić et par des relations généralement positives avec les Balkans occidentaux –, l’intérêt slovaque pour ses compatriotes vivant en Serbie reste relativement limité.
La coalition gouvernementale slovaque n’a pas condamné les violences de Bački Petrovac. Le président slovaque Peter Pellegrini s’est néanmoins rendu en Serbie fin décembre. Il a rencontré Vučić et ils ont effectué ensemble une visite dans la ville. La communauté slovaque avait indiqué qu’elle était prête à rencontrer Peter Pellegrini, mais a protesté contre la présence d’Aleksandar Vučić, publiant une lettre ouverte provenant des trois régions de Voïvodine – Bačka, Banat et Srem – avant leur arrivée.
Lors de la visite, la police a encerclé le petit groupe de manifestants – comprenant des Slovaques, des Serbes et des Hongrois – qui ont chanté les hymnes slovaque et serbe. Finalement, certains Slovaques ont pu parler avec les conseillers du bureau présidentiel slovaque. « Chaque fois que des responsables politiques slovaques visitent la Serbie, ils essaient d’une manière ou d’une autre de rencontrer les représentants de la minorité. Mais en même temps, j’ai aussi le sentiment – et c’est peut-être une remarque plus générale sur la politique slovaque – qu’en Slovaquie, quel que soit le gouvernement au cours des vingt ou vingt-cinq dernières années, nous n’avons jamais trouvé une approche systématique pour travailler avec cette minorité », explique Vladimir Bilcik, chercheur au think tank Globsec et ancien rapporteur permanent du Parlement européen pour la Serbie.
« Nous devons leur montrer systématiquement que le gouvernement slovaque se soucie d’eux. Pas seulement lorsqu’il y a un problème, ni simplement en envoyant de l’argent chaque année », ajoute Vladimir Bilcik. « D’ailleurs, la communauté slovaque est assez divisée. »
Marijana Farkas, 48 ans, qui tient un hébergement touristique à Kovačica, affirme que la situation de la minorité slovaque s’est nettement dégradée depuis l’arrivée au pouvoir du SNS en 2012. « Jusqu’il y a environ dix ans, cela allait encore, mais depuis que le SNS est au pouvoir, ils ont progressivement imposé des restrictions », dit-elle. Comme beaucoup d’habitants, elle évoque des retards croissants dans la livraison des manuels scolaires en slovaque, le recours à des livres en serbe et les difficultés pour obtenir des documents d’identité bilingues – pourtant garantis par la loi serbe. « Ne dites pas que les Slovaques ont des droits quand ce n’est pas le cas. Si je pouvais mettre tout ce que j’ai construit ici sur des roues et partir, je n’hésiterais pas une seconde », affirme-t-elle.
À Bački Petrovac, Milina Zima décrit une situation similaire : « Plus rien n’est organisé de manière systématique. Nous commandons les livres en septembre et ils arrivent en mars, et nous devons simplement nous débrouiller avec ce que nous avons jusque-là. Et le Conseil national n’a rien fait. Personne n’a exercé de pression pour protéger l’éducation des enfants dans leur langue. »
Les journalistes de BIRN ont visité la bibliothèque publique de Kovačica. Après deux ans d’attente, elle a reçu un nouveau lot de 140 livres en slovaque, que le personnel est en train de cataloguer. Environ un tiers des 30 000 ouvrages de la bibliothèque sont en slovaque et les lecteurs s’y intéressent, tout comme aux événements organisés par l’établissement, selon l’employée interrogée par BIRN. Mais certains de ces événements ont dû être suspendus en raison de décisions budgétaires du conseil municipal.
Vladimira Dorcovs-Valtnerova, rédactrice en chef du site d’information indépendant Storytellers.rs, publié en slovaque et en serbe depuis Kulpin, travaillait auparavant au journal Hlas Ludu (« La Voix du peuple »), qui fournit depuis longtemps des informations locales à la communauté slovaque. Elle explique que l’influence du SNS sur cette publication a fortement augmenté. Cela a conduit des citoyens mécontents à créer Slobodny hlas ludu (« La Voix libre du peuple »), mais ce média n’a toujours pas obtenu de statut officiel. Elle explique qu’en tant que petite rédaction indépendante, l’accès à l’information est très difficile : les demandes envoyées aux institutions restent sans réponse et ils sont exclus des listes de diffusion officielles. Cela signifie que leurs articles manquent souvent de réactions du SNS ou de personnalités proches du parti.
Les fonds hongrois
La relation entre la Hongrie et les Hongrois de Voïvodine est plus complexe. Depuis 2010, la Hongrie offre une procédure simplifiée d’accès à la citoyenneté pour les Hongrois vivant à l’étranger. Avec la double citoyenneté sont venues la mobilité au sein de l’UE, des opportunités d’emploi et une reconnaissance symbolique par le pays d’origine.
La Hongrie a investi des fonds considérables dans les médias en langue hongroise, les écoles, les églises et les entreprises de Voïvodine. Mais ce soutien s’accompagnerait d’exigences d’alignement politique et de soutien électoral lors des élections hongroises. Lors des élections législatives hongroises de 2022, environ 60 000 électeurs vivant en Serbie avaient le droit de voter.
« C’est pour cela qu’Orbán envoie des aides à la Voïvodine, même si elles ont récemment diminué en raison de la crise économique et de l’inflation en Hongrie, ainsi que du manque de financements européens », explique Gabor Bodis, journaliste et ancien chef du bureau de Radio Free Europe à Budapest. Selon lui, les fonds arrivent principalement par la Fondation Prosperitati, dont bénéficient surtout les personnes proches du SVM. Le SVM rejette ces accusations.
« Il n’y a pas une seule famille en Voïvodine, pas un seul citoyen ayant la double nationalité, qui ne puisse compter sur une forme d’aide financière du gouvernement hongrois, car ce pays mène une politique nationale responsable et, depuis 33 ans, il est de tradition de soutenir la diaspora hongroise », explique Balin Pastor, dirigeant du SVM, cité par Radio Free Europe. Si Viktor Orbán remporte les élections générales du 12 avril, son gouvernement promet d’investir 525 millions d’euros dans des entreprises appartenant à des entrepreneurs hongrois en Serbie.
Arpad Fremond affirme que le Conseil national hongrois attribue les aides financières selon des procédures « strictement contrôlées » mises en place il y a dix ans. Il assure également qu’il existe un pluralisme dans les médias en langue hongroise. « Les nombreux articles critiques que l’on peut lire, entendre ou voir dans les médias publics et privés en témoignent », affirme-t-il.
Zsolt Gyulai, propriétaire d’un bar à Subotica, n’est pas d’accord. « La plupart des médias en hongrois répètent l’agenda politique d’Orbán. Et quant aux fonds, ils ne nous ont pas appris à pêcher : ils nous ont simplement donné du poisson », dit-il. Gyulai avait tenté de créer une plateforme alternative sur les réseaux sociaux réunissant des intellectuels critiques du SVM. Mais l’initiative s’est essoufflée.
Un étudiant hongrois de Novi Sad explique : « Beaucoup de gens, au moins à Novi Sad, ne soutiennent pas le SVM. Il y a ceux qui soutiennent leur politique avec Vučić et ceux qui ne la soutiennent pas. Mais le SVM ne devrait pas diviser ainsi la minorité. La politique des minorités ne devrait être ni le pouvoir ni l’opposition : elle devrait représenter toute la communauté hongroise. »
Quitter le pays ?
Petra Castven, de Bački Petrovac, décrit les difficultés de vivre dans une petite communauté politiquement polarisée. Lorsque des citoyens ont commencé à organiser des manifestations de soutien au mouvement étudiant, elle a remarqué que la participation était plus importante lorsque les réunions avaient lieu la nuit, car les gens étaient moins facilement reconnaissables.
« Nous sommes conditionnés à penser qu’il peut nous arriver quelque chose à tout moment et nous n’avons aucune stabilité, aucune certitude de pouvoir sortir dans la rue et parler sans que quelque chose nous arrive », dit-elle. « Et nous emportons cela avec nous partout où nous allons. Je pense que ceux qui partent vivre à l’étranger pendant dix ans continuent malgré tout de porter la Serbie en eux. »
La journaliste Roza Feher, qui travaille pour les journaux hongrois Csaladi kör et Szabad Magyar Szó, évoque également la peur au sein de la communauté hongroise. « Je pense qu’ils ont plus peur que la population serbe. Ils dépendent tellement de leur travail et des opportunités offertes par le SVM qu’ils n’osent pas participer aux manifestations ni même liker certaines publications sur les réseaux sociaux, parce que même cela est surveillé », dit-elle.
« Par exemple, ceux qui ont reçu des fonds du programme Prosperitati n’ont pas le droit de faire de publicité dans nos journaux ni de donner des déclarations. Les gens sont tellement contraints qu’ils ne peuvent pas exprimer leurs opinions, car tout est surveillé et sanctionné. » Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que beaucoup de Hongrois et de Slovaques votent avec leurs pieds.
Entre les recensements de 2012 et 2022, la minorité hongroise en Serbie a diminué de 27 % et la minorité slovaque de 21 %. Petra Castven explique que sa classe de fin de lycée comptait 60 élèves. Aujourd’hui, seuls trois vivent encore en Serbie, tandis que ses trois meilleurs amis vivent en Slovaquie. À Bački Petrovac, il ne reste qu’une petite communauté de personnes de son âge.
Jan Andrasik, étudiant de 27 ans en langue et littérature slovaques à Novi Sad, a vécu une situation similaire, mais a décidé de rester. « J’ai insisté pour rester ici parce que je veux me battre pour un avenir meilleur dans ce pays – et c’est ce qui me retient ici », dit-il. « Même si parfois je me demande comment je vais m’en sortir ici, je reste. Je me suis promis de rester, donc je ne changerai pas d’avis. »
Les raisons économiques expliquent souvent les départs. Jan Zahorec, pasteur évangélique à Pivnice, explique que les opportunités dans l’agriculture – longtemps pilier de l’économie des villages slovaques – diminuent. « L’économie traditionnelle et l’agriculture déclinent, principalement à cause de la concentration des terres et de l’agriculture à grande échelle », dit-il. Entre 2008 et 2012, environ 400 membres ont quitté son église, dans une ville de 3300 habitants.
Après la privatisation de deux usines locales en 2004 et 2008, de nombreux habitants ont perdu leur emploi et sont partis en Slovaquie, où de nouvelles usines automobiles ouvraient alors. La baisse rapide du nombre de Hongrois en Voïvodine est également liée à la loi hongroise de 2010 facilitant l’accès à la citoyenneté. « La conséquence de cette loi a été non seulement que beaucoup de gens ont demandé la citoyenneté pour se sentir pleinement hongrois, mais que beaucoup ont ensuite décidé de partir », explique la journaliste indépendante Virag Gyurkovics.
Avec le départ des jeunes générations, la population de Voïvodine vieillit. Izolda Papp explique que beaucoup de jeunes choisissent d’étudier en Hongrie, où ils ne rencontrent aucune difficulté linguistique et où les opportunités européennes sont plus grandes. « Tout le monde n’aime pas ce style de vie balkanique », dit-elle en souriant. Quant à savoir pourquoi elle a décidé de rester en Voïvodine malgré toutes les possibilités en Hongrie ou ailleurs dans l’UE, elle répond : « C’est probablement parce que je viens d’un petit village. Ma famille est ici et c’est important pour moi. Et je crois qu’on peut aussi être heureux ici, si l’on trouve sa propre voie. »








