
L’extrême droite roumaine, sous la coupe de George Simion, a récemment proposé au Parti social-démocrate (PSD [1]) de former une coalition gouvernementale. Une proposition de coalition du RN au PS serait vue comme une mauvaise blague par l’observateur francocentré.
Pourtant, en Roumanie la réalisation d’une alliance entre l’extrême-droite et un parti historique de la vie politique post-communisme, qui se dit de « gauche », ne serait pas une immense surprise aux yeux des observateurs tant les accointances sont nombreuses.
La Roumanie a retrouvé une certaine stabilité après une crise politique sans précédent à travers l’élection d’un Président en mars dernier, qui a réussi à gagner face à l’extrême droite, et la formation en juin d’un gouvernement de coalition sous l’égide du Parti National Libéral (PNL) regroupant le PSD, l’Union Sauvez la Roumanie (USR), le parti de la minorité hongroise (UDMR) et les autres partis des minorités.
L’extrême droite se retrouve ainsi seule sur les bancs de l’opposition -bien que divisée en son sein en trois partis-, laissant la responsabilité au gouvernement actuel sur les perspectives d’avenir de l’extrême-droite. Le PSD n’hésite pas à mettre le doute sur sa participation au gouvernement, en engageant un bras de fer systématique avec les autres partis de la coalition.
I/ Le PSD joue les trouble-fêtes dans le gouvernement de coalition.
La Roumanie est sous le coup d’une situation budgétaire très difficile, notamment avec un déficit annuel assez conséquent. Pour y répondre, le gouvernement du premier ministre Ilie Bolojan a fait de l’adoption urgente d’un plan de réduction du déficit budgétaire sa priorité première.
La formation du gouvernement actuel s’est faite avec des tractations importantes. Le PSD a en effet longtemps laissé planer le doute sur sa participation au gouvernement. Ce parti se voit perdre en influence en étant obligé de traiter avec l’USR, avec lequel tout les oppose.
L’influence du PSD, bien qu’affaiblie, reste importante. Le PSD peut à tout moment faire tomber le gouvernement. Cette situation lui permet d’engager un bras de fer permanent avec le reste de la coalition en invoquant des casus belli fictifs.
Tel a été le cas le 6 août où le Parti social-démocrate a refusé de participer à la réunion de la coalition en invoquant comme motif les réactions de l’USR à propos des funérailles du Président Ion Iliescu, figure du PSD et organisateur des minériades. Ce boycott s’explique par un nouveau bras de fer où les caciques psdistes refusent de partager le contrôle d’environ 60 agences gouvernementales ou encore sur les nominations des préfectures [2].
La démission du PSD est constamment brandie par Sorin Grindeanu, président intérimaire du parti et président de la Chambre des députés. Elle s’explique par l’envie de maintenir son influence mais aussi par la contestation à l’intérieur du parti. Un congrès du PSD va avoir prochainement lieu pour choisir la nouvelle direction en raison de la vacance de la présidence, poussant Sorin Grindeanu à l’agressivité [3].
II/ Vers une alliance « rouge-brun » ?
Le PSD, héritier indirect du Parti communiste roumain, se revendique de la social-démocratie mais il n’en est rien. En effet, il s’apparente à un parti attrape-tout, où le conservatisme social et religieux et le nationalisme dominent. Au niveau économique, le constat est plutôt à nuancer, on observe une approche économique changeante entre nationalisme économique, corporatisme débridé et interventionnisme (cette dernière composante intervient notamment lors de la question des retraites).
L’aspect très nationaliste et conservateur, tant au niveau social qu’au niveau religieux, s’approche plus de l’extrême droite roumaine que des autres partis politiques socialistes d’Europe occidentale.
Cette proximité entre le PSD et l’extrême droite est à relativiser lorsqu’on s’attache à d’autres aspects, la communication est totalement différente entre les deux partis (ultra agressive du côté de l’extrême droite). Autre exemple, le PSD est très écorné par son image de parti traditionnel baignant dans des affaires de corruption au contraire de l’extrême droite roumaine à première vue.
Malgré ces différences notables entre le PSD et l’extrême droite roumaine, la proximité est bien réelle. En témoigne, le débauchage de députés appartenant à des groupes parlementaires d’extrêmes droite pour augmenter les rangs du groupe parlementaire du PSD. A la chambre des députés, ce ne sont pas moins de sept députés [4] qui ont rejoint les rangs du PSD (la Chambre des Députés comporte 331 députés). Ce transfuge important ne choque guère, il avait pu être observé auparavant mais dans le sens contraire, comme le montre par exemple le cas de Cristian Terheș passé du PSD à l’allié de l’AUR.
Avant une possible alliance du PSD avec l’extrême droite, c’est la question du retrait de la coalition. Cette dernière option est très probable à court terme, elle serait avantageuse pour le PSD qui se retrouverait notamment dans l’opposition mais elle constituerait un énorme frein aux tentatives de réformes conjoncturelles menées par le gouvernement. Face à ce scénario noir qui s’impose petit à petit, les autres membres du groupe des sociaux-démocrates au Parlement européen auraient un rôle à jouer.
Le PSD est un parti en déclin ; face à cette perspective, des orientations toujours plus paradoxales pourraient avoir lieu.








