Libre opinion | La ruée vers cuivre transforme la Serbie orientale en une vaste zone minière

En Serbie orientale, l’expansion accélérée de l’industrie minière fait peser de nouvelles pressions sur l’environnement et les populations. À Bor, Krivelj et Zaječar, l’arrivée du chinois Zijin s’accompagne de nouveaux projets d’extraction de cuivre et d’or, tandis que les habitants dénoncent pollution, expropriations et menaces sur les ressources en eau. Jusqu’à Homolje, où d’autres projets miniers se profilent, la question est désormais celle du coût écologique et social de cette course au cuivre et à l’or.

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Libre opinion | La ruée vers cuivre transforme la Serbie orientale en une vaste zone minière
Panorama de Bor avec la mine à ciel ouvert.@ Miloje Savić | CdB


Le cuivre ou l’eau (potable) – un dilemme qui traverse la Serbie orientale depuis plus d’un siècle. Les bassins du Timok et du Pek sont des artères hydrologiques, écologiques et économiques essentielles de la région, à la fois centres de biodiversité et d’agriculture, mais aussi, depuis des décennies, épicentres de l’industrie lourde et de la pollution minière qui menace aujourd’hui de dépasser les frontières de la République de Serbie.

Une mine presque aussi ancienne que l’État serbe moderne

L’histoire de Bor commence en 1897, lorsque Đorđe Vajfert finance les premières prospections géologiques dans un lieu alors appelé « Tilva Roš ». Vajfert obtient des capitaux français et fonde la « Compagnie française des mines de Bor, concession Saint-Georges », dont le siège est à Paris. La compagnie entre en activité en 1904 et, dès sa première année, elle emploie environ 80 mineurs et extrait 5 500 tonnes de minerai, dont sont tirées 774 tonnes de cuivre pur.

Après la Seconde Guerre mondiale, en 1951, les biens sont nationalisés, puis en 1961, la fusion des mines de Bor et de Majdanpek donne naissance au Bassin minier et métallurgique de Bor (RTB Bor), entreprise publique qui reste sous administration de l’État jusqu’en 2000. Cette période entraîne une industrialisation accélérée et des milliers d’emplois, mais aussi des décennies de pollution de l’air, des sols et des cours d’eau par le dioxyde de soufre et les métaux lourds. La fonderie se trouve à seulement 500 mètres du centre de Bor, et l’exposition de la population aux émissions directes pendant plusieurs décennies était un secret de polichinelle.

Panneau à l’entrée de la ville de Bor annonçant que la ville est placée sous vidéosurveillance. @ CdB | Miloje Savić

Le coût sanitaire de l’industrie

L’Institut de santé publique de Serbie « Dr Milan Jovanović Batut » a réalisé, en 2020, dans le cadre d’un projet du ministère de la Santé et du ministère de la Protection de l’environnement, avec le soutien du PNUE et de l’OMS, une publication intitulée « Amélioration de la gestion des sites contaminés en Serbie ». L’Institut a gardé cette étude non publiée jusqu’à ce que l’association « Association pour le développement de la ville de Bor » se la procure, mi-2021, en invoquant la loi sur le libre accès à l’information d’intérêt public. Selon ce rapport, Bor présente un risque de mortalité accru dans presque toutes les tranches d’âge, chez les deux sexes, toutes causes confondues, y compris les maladies cardiovasculaires, respiratoires, digestives et urogénitales, ainsi que les malformations congénitales et les aberrations chromosomiques.

« Pour toutes les tumeurs malignes, à l’exception des tumeurs cutanées, il existe un risque significativement plus élevé de morbidité et de mortalité tant chez les hommes que chez les femmes à Bor. Ce schéma s’observe pour le cancer des bronches et du poumon, le cancer du foie, du pancréas, du rein, de la vessie, le cancer du côlon et du rectum, de la thyroïde, du tissu lymphopoïétique, ainsi que le lymphome de Hodgkin et non-Hodgkinien… »

Snežana Šerbula, professeure à la Faculté technique de Bor, a déclaré lors d’un débat public sur l’écologie, rapporté par le quotidien Danas (22 mai 2024), que le niveau d’arsenic dans l’air de Bor n’était pas descendu sous la limite autorisée entre 1994 et 2023, et que les habitants de Bor vivent en moyenne dix ans de moins que le reste de la population serbe.

De l’éclatement de la Yougoslavie à l’arrivée de Zijin

Les années 1990 et les sanctions internationales plongent RTB Bor dans une crise financière dont l’entreprise ne s’est jamais complètement remise. RTB Bor a formellement bénéficié pendant des décennies du statut protégé d’entreprise en restructuration, jusqu’à ce qu’en juillet 2016 le Tribunal de commerce de Zaječar adopte un plan de réorganisation de la dette, d’un montant de 1,2 milliard d’euros. En 2017, le gouvernement serbe s’est engagé, par un mémorandum avec le FMI, à trouver un partenaire stratégique pour RTB Bor.

La vente de RTB Bor à Zijin a eu lieu en 2018, à l’issue d’un appel d’offres public lancé le 18 juillet de la même année, auquel trois entreprises ont candidaté – le chinois Zijin Mining Group, le russe U Gold et le canadien Diamond Fields International, ce dernier étant écarté pour dossier incomplet. Le gouvernement a choisi Zijin comme partenaire stratégique; par contrat, Zijin a acquis 63 % du capital (la Serbie en a conservé 37 %). Zijin s’est engagé sur un plan d’investissement de 1,26 milliard de dollars, sur 200 à 350 millions de dollars supplémentaires pour apurer les dettes de RTB, et sur le maintien des 5 000 salariés alors en poste.

Le degré de transparence entourant les clauses contractuelles précises, notamment en matière de normes environnementales, reste un objet de critique, tout comme un schéma visible de favoritisme politique envers l’acquéreur chinois, déjà perceptible avant même le lancement de l’appel d’offres : le président Vučić, alors Premier ministre, avait déclaré publiquement en 2016 qu’il « se mettrait à genoux » devant le Premier ministre chinois Li Keqiang pour convaincre des entreprises chinoises de reprendre RTB Bor. Une analyse du Center for International Private Enterprise, intitulée « Favoured Friend », conclut qu’une telle rhétorique « suggère fortement que le gouvernement a favorisé le chinois Zijin comme partenaire stratégique dès le tout début de la campagne d’appel d’offres ».

La fonderie: des progrès sur le papier, des doutes sur le terrain

La modernisation de la fonderie et de l’usine d’acide sulfurique, engagée en 2011 alors que l’entreprise était encore publique, a coûté environ 250 millions d’euros et s’est achevée en 2013-2014; pourtant, RTB Bor enregistrait encore, en 2014, 156 jours de dépassement des concentrations autorisées de dioxyde de soufre dans l’air. Après l’arrivée de Zijin, une nouvelle reconstruction de la fonderie a suivi (2021-2023), pour un investissement d’environ 320 millions de dollars, dont 100 millions consacrés à la protection de l’environnement. Selon l’entreprise et les médias d’État : « en 2023, aucun jour de dépassement de la concentration de dioxyde de soufre n’a été enregistré ». Un rapport indépendant de Radio Free Europe, publié en 2024, indique qu’en avril 2021, Zijin a été contraint de suspendre temporairement l’activité de la mine pour non-respect des normes environnementales, tandis que des militants locaux accusent l’entreprise de présenter de façon sélective les données sur la qualité de l’air; cet écart entre le discours officiel et les vérifications indépendantes demeure l’un des points centraux du différend.

La nouvelle fonderie de Serbia Zijin Copper D.O.O. à Bor. @ Miloje Savić | CdB

Krivelj: la mine qui engloutit tout sur son passage

Veliki Krivelj est aujourd’hui une mine à ciel ouvert en activité, d’une ampleur peut-être supérieure à celle de la fosse initiale de Bor, fermée depuis longtemps et désormais utilisée comme décharge.

Photographie aérienne de la mine à ciel ouvert près du village de Krivelj. @ Miloje Savić | CdB
Vue depuis le cimetière sur la mine à ciel ouvert de Veliki Krivelj. @ Miloje Savić | CdB

Une conversation avec les habitants révèle une réalité plus profonde et bouleversante. Lj. K., interlocuteur rencontré à la taverne « Club des retraités » à Krivelj, décrit un état de profonde insécurité :

« J’ai décidé de rester à Krivelj, où je suis né, et j’aimerais que Krivelj survive ; je ne partirais pas et je respecterais l’héritage de mes ancêtres, et mes enfants et mes proches ne laisseront pas vendre la terre… je comprends que l’activité minière doit exister, et que cela augmente le budget de l’État et des collectivités locales, mais cela ne se fait pas comme il faut… parce que les lois sur l’expropriation et sur l’intérêt public ne sont pas respectées… Le plan de délocalisation de la population existe depuis longtemps et l’on y travaille très intensivement depuis l’arrivée de la corporation Zijin ; environ la moitié des habitants sont partis et/ou ont vendu leurs terres. Par exemple, le cimetière a déjà été déplacé une fois et devra l’être à nouveau depuis son emplacement actuel, et il est considéré comme appartenant à Zijin. »

« La méfiance envers l’administration locale est énorme, le plan d’aménagement du territoire est en cours de révision après la première discussion publique ; en même temps, de nombreuses rumeurs et désinformations circulent pour convaincre les habitants de vendre leurs terres. Zijin a ouvert un bureau local chargé des questions de délocalisation des habitants de Krivelj, tandis que l’administration locale s’est complètement retirée du processus, ce qui nous inquiète davantage et nous amène à douter de la transparence et de la régularité juridique du processus de délocalisation. »

La taverne « Club des retraités ». @ Miloje Savić | CdB
Le bureau de Serbia Zijin Copper pour les questions de délocalisation de la population, Krivelj. @ Miloje Savić | CdB

L’interlocuteur I.M. porte un jugement plus sévère sur la situation juridique des propriétaires terriens :

« Zijin pénètre presque sans entrave sur les parcelles des propriétaires privés et verse une indemnisation très minime, tandis que l’État ne réagit pas et n’apporte aucune aide juridique, et que les litiges judiciaires s’éternisent indéfiniment, alors que les pressions pour vendre la terre sont énormes. »

Malka Golaja: un nouveau front et de nouvelles pressions sur les cours d’eau

Le 18 juin 2026, le gouvernement de la République de Serbie a adopté une décision portant élaboration du Plan d’aménagement du territoire à vocation spéciale pour le complexe minier et métallurgique « Čukaru Peki » et « Malka Golaja », dont l’élaboration est financée par Serbia Zijin. Le plan couvre environ 126 kilomètres carrés sur les territoires des villes de Bor et de Zaječar et prévoit l’extension de la mine souterraine de Čukaru Peki, la construction de la nouvelle mine combinée de cuivre et d’or de Malka Golaja sur plus de 1 000 hectares, un bassin de résidus de flottation d’environ 1 900 hectares dans la vallée de la rivière Kriveljska, ainsi qu’un nouveau complexe métallurgique doté d’une fonderie d’une capacité allant jusqu’à 400 000 tonnes par an.

Représentation schématique des cours d’eau de Serbie orientale, indiquant les mines existantes, prévues et fermées ; la carte montre le mécanisme possible de propagation de la pollution minière par les cours d’eau existants. @ Miloje Savić | CdB
Carte topologique détaillée du plan d’aménagement de la future mine de Malka Golaja et Čukaru Peki, qui couvre environ 126 km². Toutes les représentations schématiques ont été réalisées à l’aide de GeminiPro, sur la base des documents mis à disposition lors de la consultation publique préalable sur le plan d’aménagement du territoire à vocation spéciale du complexe minier et métallurgique. @ Miloje Savić | CdB

Le site de Malka Golaja se trouve à environ sept kilomètres de Zaječar et à seulement 3,5 kilomètres de Gamzigradska Banja et de ses sources thermales de Nikoličevo. Le complexe archéologique de Felix Romuliana – Gamzigrad, palais impérial classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2007, se trouve, selon la documentation du plan, à environ six kilomètres du complexe prévu et à seulement deux kilomètres des limites extérieures de la vaste zone d’exploration.

Felix Romuliana et ses environs, vus du ciel. @ Miloje Savić | CdB

L’association « Eko Istok » signale que la zone abrite également la fortification de Kravarnik, et que fin avril 2026 y a été découverte une grande fritillaire (Fritillaria), plante rare que l’on croyait disparue de Serbie. Des ONG roumaines et bulgares ont adressé des lettres à leurs gouvernements respectifs demandant des consultations transfrontalières, invoquant le risque de pollution du Danube en aval, étant donné que le Crni Timok et la rivière Kriveljska, qui se jette dans le Timok, se déversent tous deux dans le Danube.

La question de l’eau constitue précisément le problème central et le plus critique de cette expansion. Elle exerce une double pression sur les ressources en eau, dans une zone où les modèles climatiques enregistrent déjà des étés de plus en plus secs et une baisse des débits fluviaux de 15 à 30 %. La baisse des débits estivaux du Crni Timok, de la rivière de Bor et du Pek, due au changement climatique, combinée au prélèvement de grandes quantités d’eau pour la flottation du minerai et à la pollution de ces cours d’eau par des eaux acides d’exploitation minière et des métaux lourds en aval, jusqu’à l’embouchure du Danube, a suscité l’inquiétude des groupes écologistes tant locaux qu’internationaux.

Pour la ville de Zaječar elle-même, le danger principal se trouve en profondeur : le rapprochement des fosses et des travaux souterrains sur le tronçon Čukaru Peki – Malka Golaja nécessite un assèchement massif des masses rocheuses. La formation d’un cône de dépression profond menace de rompre les barrières hydrogéologiques et de faire chuter la pression dans le bassin artésien unique de Zaječar, ce qui mettrait fin de façon permanente à l’écoulement naturel de l’eau des fontaines publiques de la ville, que la population utilise quotidiennement comme principale source d’eau potable. La sensibilité du système artésien à de telles interventions a été documentée en 2015 et en 2022, lorsque des forages locaux illégaux ont provoqué une baisse importante du niveau de l’eau dans plusieurs fontaines de la ville. Ces deux cas montrent que le bassin artésien de Zaječar réagit réellement aux forages et aux prélèvements d’eau à proximité – précisément le mécanisme par lequel les écologistes et les hydrogéologues avertissent que des travaux en profondeur à Čukaru Peki et à la future Malka Golaja pourraient, à une échelle bien plus grande, menacer la pression du bassin et l’écoulement naturel de l’eau des fontaines.

La fontaine Tackova, construite en 1935, puise l’eau à une profondeur de 193 mètres. @ Miloje Savić | CdB
La fontaine Markova, datant de 1934, alimente les habitants en eau depuis une profondeur de 212 mètres. Zaječar, Serbie. @ Miloje Savić | CdB

Les habitants des villages aux alentours de Bor (Metovnica et d’autres villages valaques) signalent l’assèchement de puits et l’apparition de fissures dans les habitations depuis que Zijin a repris la mine en 2018, et l’entreprise elle-même a reconnu, dans une réponse écrite à la BBC, que « les projets d’exploitation minière entraînent inévitablement une baisse du niveau de l’eau dans le champ d’exploitation ».

Outre les problèmes liés à l’eau, Zijin est également au cœur d’autres scandales : l’inspection forestière a ordonné l’arrêt des travaux à Malka Golaja en raison d’une coupe illégale d’environ 11,5 hectares de forêt près du village de Zvezdan (juin 2026), tandis que les services des douanes et de la protection des frontières des États-Unis (CBP) ont émis, le même mois, un ordre de retenue des marchandises (Withhold Release Order) à l’encontre de Serbia Zijin Copper D.O.O., invoquant l’existence de travail forcé selon les indicateurs de l’Organisation internationale du travail (abus de vulnérabilité, non-paiement des salaires, intimidation, restriction de la liberté de mouvement, confiscation de documents et heures supplémentaires excessives).

Extraction minière écologique: possible ou impossible ?

L’interlocuteur M.M. défend l’idée qu’une exploitation minière écologiquement acceptable est possible et qu’elle apporte déjà un bénéfice économique tangible à la population locale :

« La majorité des habitants veulent une mine qui fonctionne ; le salaire moyen à Bor est bien plus élevé que dans le reste de la Serbie. Avec les nouveaux filtres, il n’y a plus de pollution ; je crois qu’une exploitation minière écologique est possible. Je me souviens que, quand j’étais petit, on ne pouvait pas respirer dans la ville à cause de la pollution, le brouillard épais et les émanations de soufre étaient si denses, alors qu’aujourd’hui, plus rien de tout cela n’existe. »

Ce point de vue est contredit par le jugement de I.M., qui souligne l’absence de protection juridique des propriétaires terriens face à la pression de l’entreprise pour vendre leurs parcelles, suggérant que le modèle minier actuel, dans la pratique, ne respecte pas les normes environnementales proclamées à l’égard de la population locale et des droits de propriété, indépendamment des éventuelles améliorations techniques apportées à la fonderie.

Un interlocuteur anonyme à Bor illustre par ailleurs la perception quotidienne de l’évolution de la qualité de l’air :

« Ah non, il n’y a plus de moustiques nulle part, avec tout cet acide sulfurique, ils ne peuvent pas survivre. »

Quelle part de la valeur du cuivre reste à l’État

Les contrats de 2018 prévoient l’obligation pour Zijin de multiplier ses capacités de traitement, passant des 40 000-50 000 tonnes d’alors à 400 000 tonnes de cuivre par an et plus, selon le plan prévu. La redevance pour l’utilisation des ressources minérales, connue sous le nom de rente minière, s’élève à 5 % des revenus réalisés pour les minerais métalliques, dont 60 % vont au budget de la République et 40 % au budget local. La question de savoir si ce taux est trop bas fait l’objet d’un débat d’experts ouvert : alors que certains spécialistes estiment qu’il figure parmi les plus bas d’Europe, d’autres affirment qu’il est « conforme aux normes internationales ».

Zijin gère aujourd’hui une chaîne de sites reliés entre eux qui fonctionnent comme une zone industrielle et minière unique : la mine à ciel ouvert de Veliki Krivelj et ses terrils au nord, la fonderie et la raffinerie de Bor, la mine de Čukaru Peki au sud, et l’extension prévue vers Malka Golaja, près de Zaječar. L’objectif de l’entreprise est d’atteindre 400 000 à 450 000 tonnes de cuivre par an, ce qui ferait de la Serbie le deuxième plus grand producteur de cuivre d’Europe, juste derrière le géant public polonais KGHM Polska Miedź. Les risques de cette croissance ont également été débattus au Parlement européen : le rapport annuel pour 2022 (A9-0172/2023) mentionne explicitement Bor dans la section consacrée à la pollution de l’air, aux côtés de Belgrade, Smederevo et des vallées de la Kolubara et de la Tamnava, parmi les zones industrielles qui figurent souvent parmi les plus polluées au monde.

Homolje: le prochain front

Tandis que l’attention publique se concentre sur Bor et Zaječar, l’entreprise canadienne Dundee Precious Metals mène ses propres prospections à Homolje, l’une des dernières grandes zones sauvages d’Europe, abritant plus de 140 espèces protégées, dont le lynx eurasien et l’aigle royal. Dès décembre 2021, l’entreprise a annoncé son intention d’ouvrir une mine d’or par exploitation à ciel ouvert, qui impliquerait l’utilisation de cyanure dans le processus de traitement. Les activités de prospection se poursuivent depuis 2005 et ont été associées à des incidents : en 2024, les activistes ont filmé des employés faisant passer un tuyau depuis un bidon situé près d’un forage directement dans un ruisseau, pour y déverser des boues de forage non traitées; un trouble de l’eau a également été constaté à Vrelo Mlave, l’une des sources karstiques les plus importantes de la région.

La même région abrite aussi la mine abandonnée de Lipa, fermée dans les années 1960 : des eaux résiduaires acides (dont le pH mesuré historiquement se situe entre 3,7 et 6,5), riches en sulfates dissous, en fer et en cuivre, continuent aujourd’hui de s’écouler des terrils vers le bassin du Pek au nord-ouest et du Timok au sud-est. Le cas de Lipa montre que la pollution minière des eaux en Serbie orientale reste une question ouverte, y compris pour tous les projets à venir.

Tout indique que la Serbie orientale se transforme en une zone industrielle et minière continue, de Krivelj à Bor puis Čukaru Peki, jusqu’à Malka Golaja et Zaječar, et potentiellement au-delà, vers Homolje. Chaque nouvelle phase d’expansion s’accompagne de promesses de technologies modernisées et « vertes » ainsi que de bénéfices économiques, tout en reproduisant des schémas bien connus : une pollution de l’air mesurée depuis des décennies au-dessus des seuils autorisés, des litiges liés aux délocalisations et, de plus en plus, une menace pesant sur les ressources en eau de toute la région. La pollution et l’épuisement des cours d’eau du Pek et du Timok, ainsi que la pression exercée sur le bassin artésien de Zaječar, constituent un risque qui dépasse le cadre local et pourrait également menacer le cours du Danube en aval. Tandis que les entreprises et les médias d’État mettent en avant les améliorations techniques, les rapports indépendants et les témoignages des habitants révèlent un écart persistant entre le discours officiel et l’expérience vécue par les personnes vivant à proximité immédiate des fosses, des terrils et des fonderies.

Cette expansion accélérée des mines et de la zone industrielle qui l’accompagne, sans que les risques et les bénéfices pour la communauté locale, comme pour la société dans son ensemble, ne soient publiés de manière transparente, devrait sans conteste être arrêtée, au profit de propositions argumentées visant à réaliser des études scientifiques indépendantes sur l’impact environnemental et à fixer des limites sûres pour la coexistence à la croisée de l’écologie, de l’industrie et de la sécurité de vie de la communauté locale.

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