« Assez de voir l’Europe détourner le regard lorsque les citoyens dénoncent la corruption »

« Depuis des semaines, des dizaines de milliers d’Albanais se lèvent, manifestent, débattent et espèrent », sans le soutien univoque de l’Union européenne et de ses États membres, dénoncent un collectif de citoyens de la diaspora albanaise en Europe, dans une lettre ouverte adressée aux dirigeants européens.

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« Assez de voir l’Europe détourner le regard lorsque les citoyens dénoncent la corruption »
Tirana, juin 2026.Katerina Sula

Pour la démocratie, la dignité citoyenne et l’avenir de l’Albanie

Mesdames et Messieurs les dirigeants européens,

Nous vous écrivons depuis l’Albanie, depuis la France, depuis l’Italie, depuis l’Allemagne, depuis la Belgique, depuis la Grèce et depuis tous les endroits d’Europe où des Albanais ont emporté avec eux leurs souvenirs, leurs espoirs et leur amour pour leur pays.

Nous sommes Albanais.

Certains d’entre nous vivent en Albanie. D’autres ont été contraints de partir pour chercher ailleurs les opportunités, la dignité et l’avenir que leur propre pays ne leur offrait plus.

Pourtant, la distance n’a jamais diminué notre attachement à notre terre.

Depuis des semaines, des dizaines de milliers d’Albanais se lèvent, manifestent, débattent et espèrent.

Ils ne brûlent pas leur pays.

Ils ne demandent pas de privilèges.

Ils demandent à être entendus.

Ils demandent des comptes.

Ils demandent un avenir.

Et ils rappellent une idée simple :

L’Albanie n’est pas à vendre.

Ni ses côtes.

Ni ses montagnes.

Ni ses rivières.

Ni ses espaces naturels protégés.

Ni son intérêt public.

Ni sa démocratie.

Nous refusons que la destruction de la nature soit rebaptisée « développement ».

Nous refusons que le béton qui recouvre les plages, les forêts et les paysages protégés soit présenté comme un progrès.

Nous refusons que les richesses d’un pays tout entier soient progressivement accaparées par quelques-uns tandis que les citoyens ordinaires sont invités à patienter en silence.

Très récemment, dans les colonnes du Financial Times, notre Premier ministre, Edi Rama, a choisi de répondre à ses détracteurs par deux mots qui ont profondément choqué une partie de la population albanaise :

« Fuck you ».

Deux mots.

Deux mots qui révèlent mieux que n’importe quel discours soigneusement préparé la distance qui s’est creusée entre une partie du pouvoir et ceux qu’il est censé servir.

Assez de voir l’Europe applaudir les discours sur les réformes tout en détournant le regard lorsque les citoyens dénoncent la corruption, le clientélisme, la destruction de l’environnement, l’exode d’une génération entière, l’effondrement de la confiance publique et l’arrogance du pouvoir.

Car lorsqu’un dirigeant répond ainsi à ceux qui souffrent, à ceux qui protestent, à ceux qui osent encore croire à la démocratie, ce n’est pas seulement une vulgarité.

C’est une vision du pouvoir absolu, voire arbitraire, dans laquelle le respect n’est plus dû aux citoyens mais exigé d’eux.

Nous vous écrivons parce que nous en avons assez.

Assez de voir l’Europe applaudir les discours sur les réformes tout en détournant le regard lorsque les citoyens dénoncent la corruption, le clientélisme, la destruction de l’environnement, l’exode d’une génération entière, l’effondrement de la confiance publique et l’arrogance du pouvoir.

Assez de voir notre pays présenté comme une réussite alors que tant de ses enfants le quittent parce qu’ils n’y voient plus leur avenir.

Assez de voir des citoyens courageux traités comme des ennemis simplement parce qu’ils refusent de se taire.

Nous ne vous demandons pas de choisir un camp politique.

Nous vous demandons de choisir un camp démocratique.

Le camp où les gouvernements écoutent leur peuple.

Le camp où la liberté d’expression est respectée.

Le camp où la critique n’est pas assimilée à une trahison.

Le camp où les citoyens ne sont pas sommés de se taire lorsque les institutions cessent de les protéger.

L’histoire européenne a été écrite par des peuples qui ont osé relever la tête.

Les ouvriers de Gdańsk.

Les étudiants de Prague.

Les Berlinois devant le Mur.

Les femmes qui réclamaient le droit de vote.

Des citoyens qui, à un moment de leur histoire, ont refusé d’accepter que le mépris soit le prix de la stabilité.

Pourquoi leur courage serait-il célébré dans les livres d’histoire et ignoré lorsqu’il s’exprime aujourd’hui ?

Nous avons manifesté.

Nous avons écrit.

Nous avons pris la parole.

Nous avons traversé des frontières pour rejoindre ceux qui remplissent les places de Tirana.

Et ce que nous avons vu n’était ni la haine ni la violence.

Nous avons vu quelque chose de beaucoup plus puissant.

Des citoyens qui refusent d’abandonner leur pays à l’indifférence.

Voilà pourquoi nous vous écrivons.

Non pour demander votre compassion.

Mais pour demander votre attention.

Parce que le silence international est trop souvent interprété comme une permission.

Parce que les dérives autoritaires prospèrent lorsque les démocraties choisissent de regarder ailleurs.

Parce qu’un peuple qui se lève pacifiquement mérite mieux que le mépris.

Et parce qu’au bout du compte, l’Europe ne sera jamais jugée sur les discours qu’elle prononce au sujet de la démocratie.

Elle sera jugée sur les peuples qu’elle choisit d’entendre lorsqu’ils l’appellent à l’aide.

Nous invitons les élus, les intellectuels, les journalistes, les défenseurs de l’environnement, les artistes, les syndicalistes et tous les citoyens attachés aux valeurs démocratiques à se tenir à nos côtés.

Non pour un parti.

Non pour un dirigeant.

Mais pour un principe simple :

Aucun gouvernement n’est au-dessus de son peuple et aucun pays ne doit être traité comme une marchandise.

L’Albanie n’est pas à vendre.

Son peuple n’est pas à vendre.

Son avenir n’est pas à vendre.

Paris, juin 2026

Collectif des citoyens de la diaspora albanaise en Europe

Thématiques :
Révolution des flamants roses
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