Que nous a légué la Terre ?

Appel des artistes, écrivains et créateurs pour la protection des paysages de l’Albanie. Tribune ouverte.

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4 min de lecture
Que nous a légué la Terre ?

Nous, artistes, écrivains, poètes, musiciens, chercheurs, penseurs et citoyens attachés à la beauté du monde, prenons aujourd’hui la parole pour défendre des paysages dont la valeur dépasse infiniment leur valeur économique.

Car la terre n’est pas une marchandise.
Elle n’est pas un simple actif économique.
Elle n’est pas seulement une surface mesurable, cadastrée ou exploitable.
Elle est le lieu où une civilisation apprend à voir, à nommer et à habiter le monde.

Les lagunes, les marais salants, les forêts littorales et les rivages où les flamants roses viennent chaque année se poser appartiennent à cette géographie profonde qui a façonné l’imaginaire et la sensibilité de générations entières.

Ces paysages ne sont pas seulement des espaces naturels.
Ils sont des lieux de mémoire, de création et de transmission.

Ils sont aussi des lieux de vie, de travail et de rencontre, où, depuis des générations, les êtres humains, la faune et la flore coexistent dans une harmonie précieuse.

Ils vivent dans nos récits, nos légendes et nos chants populaires, dans le cinéma, les figures de la littérature, les couleurs de la peinture, les broderies et les formes des costumes traditionnels, ainsi que dans les mots mêmes de notre langue.

Depuis des siècles, les artistes cherchent à saisir la lumière singulière d’un paysage, le reflet du ciel sur les eaux, le frémissement des feuillages dans les prairies, les couleurs et les contrastes du relief, la sérénité et la vitalité de la nature, l’aube, le crépuscule, la brume et le vol d’un oiseau dans l’espace.

Les paysages ne sont pas seulement des sujets de peinture.
Ils sont les ateliers invisibles de l’imagination, de l’esprit et de la création.

Toute grande culture naît d’un dialogue long, complexe et continu entre la nature, l’être humain et le territoire qu’il habite.

La destruction de ces lieux ne signifie pas seulement la transformation d’un environnement.

Elle signifie l’interruption d’un dialogue ancestral entre la nature, la culture, la mémoire et la vie quotidienne d’un peuple.

Nous ne sommes pas opposés au développement. Nous ne sommes pas opposés au progrès.

Pourtant, aujourd’hui, nombre de ces paysages sont menacés par le développement incontrôlé et la bétonisation du littoral.

Mais le véritable progrès commence lorsque l’être humain sait préserver ce qui ne peut être remplacé.

Nous exprimons notre solidarité envers tous les citoyens qui, de manière pacifique et avec dignité, se sont levés pour défendre ces valeurs et ce patrimoine naturel exceptionnel.

Certaines richesses demandent des siècles pour se constituer.
Quelques années suffisent à les faire disparaître.
Cette disparition constitue une perte brutale, souvent irréversible.
Les flamants roses sont devenus aujourd’hui le symbole de cette fragilité.

Nous appelons les autorités, les institutions culturelles, les institutions économiques et financières, les organisations internationales, les organisations non gouvernementales, les scientifiques, les artistes, les jeunes, les étudiants, les entrepreneurs et l’ensemble des citoyens à contribuer à leur préservation et à leur transmission.

Car lorsqu’un paysage disparaît, ce n’est pas seulement la nature qui perd quelque chose. La langue perd une part de sa mémoire.
La culture perd une part de ses racines.
La création perd une part de son horizon.

Et l’humanité perd une part de sa richesse la plus précieuse, irremplaçable et invisible.

Que nous a légué la Terre ?

Nous avons le devoir de le préserver, de le protéger et de le transmettre. Car un legs n’est pas une propriété.

Le legs est une responsabilité, un dialogue silencieux entre les temps, les époques et les générations.

Avec confiance et espoir,

30 juin 2026

PREMIERS SIGNATAIRES

Orgest Azizi — Écrivain, philosophe
Arben Bajraktaraj — Acteur
Klara Buda — Écrivaine, journaliste
Elida Buçpapaj — Écrivaine, publiciste, éditrice • Skënder Buçpapaj — Écrivain, publiciste Izet Curri — Styliste, enseignant
Agron Dalipaj — Linguiste
Jean-Arnault Dérens — Écrivain, journaliste, rédacteur en chef du Courrier des Balkans
Arben Elezi — Médecin
Ermira Godo — Écrivaine, représentante auprès de l’UNESCO
Sébastien Gricourt — Traducteur de littérature albanaise, éditeur

Cécile A Holdban — Poétesse, peintre, traductrice 
Sophie Képès — Écrivaine
Tanguy Le Dantec — Enseignant en écologie appliquée
Ilda Mara — Responsable du patrimoine culturel, journaliste, éditrice
Simon Pitaqaj — Metteur en scène de théâtre
Luan Rama — Écrivain
Roland Runaj — Artiste peintre
Julian Tauland — Artiste peintre
Blerta Zhegu — Chanteuse lyrique

Cette tribune demeure ouverte aux artistes, écrivains, chercheurs, scientifiques et citoyens qui souhaitent s’y associer.

Contact

📧 juliantauland18@gmail.com
💬 Facebook Messenger : Julian Tauland

Thématiques :
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