Ivana Kobilca : tours et détours de la plus célèbre buveuse de café de Slovénie

Il y a des tableaux qui portent en eux bien plus que des couleurs, des formes et des histoires. Certains renferment une destinée, un souvenir, voire une silencieuse prophétie. La Buveuse de café d’Ivana Kobilca (1888) est de ceux-là. Récit.

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Ivana Kobilca : tours et détours de la plus célèbre buveuse de café de Slovénie
Ivana Kobilca, La buveuse de café (Kofetarica), Ljubljana, Galerie nationale.@ Wikipedia Commons

Symbole de l’art slovène, cette œuvre dépasse largement le simple genre pictural. Dans cette scène apparemment ordinaire – une vieille dame en noir, symbole du veuvage, soulevant délicatement une tasse en porcelaine ornée de fleurs afin d’en siroter une gorgée –, se cache une histoire plus profonde sur le temps, le rang social, la liberté et le désir. Ivana Kobilca (1861-1926), cette « sauterelle » de l’art slovène, a créé bien plus qu’un tableau : elle nous a offert une icône qui nous regarde encore aujourd’hui avec un mélange de douceur et de mystère, comme si elle voulait vraiment nous révéler notre avenir.

Peinte en 1888 à Munich, cette œuvre reste à ce jour l’une des plus emblématiques et des plus aimées de l’art slovène. On peut l’admirer à la Galerie nationale de Ljubljana. À l’époque où Ivana Kobilca l’a réalisée, le simple geste de boire un café n’était pas anodin : il incarnait un certain raffinement, un temps libre conquis et un statut social enviable. Seules les personnes aisées et bourgeoises pouvaient s’offrir ce luxe tranquille, synonyme de loisir et d’oisiveté distinguée. Pour la grande majorité des Slovènes, en revanche, une telle vie était inaccessible, car la population était essentiellement rurale et paysanne.

Née en 1861 à Ljubljana, au sein de l’Empire austro-hongrois, Ivana Kobilca grandit dans une famille aisée d’artisans, son père étant fabricant de parapluies. Ce confort matériel lui offre des opportunités rares pour une femme de son temps : elle maîtrise très jeune le français et l’italien et peut se consacrer pleinement à sa vocation artistique. Formée dans la grande tradition réaliste, elle en domina les codes avec une remarquable virtuosité. Fidèle à ce langage même lorsque l’impressionnisme gagnait les cercles artistiques slovènes, elle prouva qu’une profonde sensibilité pouvait s’exprimer sans nécessairement suivre les avant-gardes.

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