Serbie : Dijana Hrka, une mère en grève de la faim contre la « machinerie » Vučić

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Dijana Hrka est devenue un visage de la révolte citoyenne contre le régime d’Aleksandar Vučić depuis la mort de son fils dans l’effondrement de l’auvent de la gare de Novi Sad. En grève de la faim devant le Parlement, cette mère endeuillée incarne la colère d’une société en quête de justice et de vérité. Portrait.

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Par Milica Čubrilo-Filipović

© Marija Janković | CdB

Les traits tirés, les yeux cernés, Dijana Hrka accueille pourtant chaque visiteur avec un sourire de madone, calme, presque lumineux. Depuis huit jours, cette femme de 46 ans, ancienne employée de l’hôtellerie, campe sous une tente dressée face au Parlement serbe. Elle a entamé une grève de la faim le 2 novembre à 11h52, à l’heure exacte où, un an plus tôt, l’auvent de la gare de Novi Sad s’effondrait, tuant son fils Stefan et quinze autres personnes, la plupart des jeunes.

La veille, à Novi Sad, devant plus de 100 000 personnes réunies pour la commémoration, elle avait annoncé sa décision : « C’est un choix personnel. Je veux dénoncer un régime qui cache depuis un an la vérité sur le meurtre de mon fils et des quinze autres victimes », déclarait-elle du haut d’une scène, au milieu d’une foule comme la capitale de la Voïvodine n’en avait jamais vue. Elle exige la traduction en justice des responsables, la libération des étudiants emprisonnés et la convocation d’élections anticipées, comme le réclament depuis des mois les étudiants en révolte.

La police lui a interdit de s’installer sur l’esplanade du Parlement, déjà occupée depuis mars par les partisans du président Aleksandar Vučić, regroupés dans un camp surnommé Ćaćilend. Sa tente se trouve à quelques dizaines de mètres, derrière les barrières gardées par des policiers en tenue anti-émeute.

Toute la semaine, Dijana Hrka a subi la campagne d’intimidation des « loyalistes » : haut-parleurs diffusant des chants nationalistes jusqu’au milieu de la nuit, lasers verts pointés sur les manifestants, provocations continues. Un morceau de Baja Mali Knindža a même retenti – « Une mère est venue chercher son fils » – en écho cruel à sa douleur. Des bus entiers de partisans du Parti progressiste de Serbie (SNS), le parti présidentiel, ont été acheminés pour grossir les rangs du Ćaćilend. Plusieurs témoignages attestent qu’ils ont été payés. Bouteilles, pétards, insultes : tout a volé vers la tente de Dijana Hrka. Les forces anti-émeute n’ont pas réagi. En revanche, plusieurs de ses sympathisants ont été arrêtés.

Où est votre conscience ? Où est l’État de droit ?

Imperturbable, mégaphone à la main, elle continue d’interpeller les policiers qui lui font face : « Où est votre conscience ? Où est l’État de droit ? » répète-t-elle, vêtue de son T-shirt blanc offert par les étudiants – Mama protiv mašinerije, « une mère contre la machinerie », un slogan repris de celui de la faculté du génie civil de Belgrade.

Depuis le début de sa grève, Dijana Hrka bénéficie d’un soutien ininterrompu. Présente à tous les rassemblements étudiants, elle a toujours été en première ligne, marchant à leurs côtés sur des dizaines de kilomètres. On lui apporte des fleurs, des dessins, du thé, des vivres. Des étudiants campent à ses côtés. Parfois, ils ne sont qu’une cinquantaine ; parfois, plusieurs milliers. Des sportifs – dont Novak Djokovic –, artistes, enseignants, parents lui rendent hommage. Dans les théâtres de Belgrade, les représentations se terminent par une ovation à son nom ; dans les stades Arena et Marakana, les tribunes scandent « Dijana ! ».

Dans des dizaines de villes de Serbie, des rassemblements de soutien sont organisés, ponctués de seize minutes de silence, une pour chaque victime de Novi Sad.

Vendredi, Aleksandar Vučić a assuré avoir « la conscience tranquille » et s’est dit prêt à la rencontrer. « Qu’il vienne me parler en personne, pas à travers ses médias », a répliqué calmement Dijana Hrka. Le lendemain, affaiblie, elle a reçu la communion dans l’église Saint-Marc, voisine du Parlement. « Maintenant, c’est à Dieu de décider », a-t-elle soufflé.