Fil info Albanie | Répression et crise parlementaire

Ce qui n’était au départ qu’une contestation locale contre un projet touristique de luxe à Zvërnec, sur la côte sud de l’Albanie, associé à la famille Kushner-Trump, s’est transformé en mouvement national. Manifestations quotidiennes à Tirana, mobilisation de la diaspora : la pression monte sur le gouvernement d’Edi Rama. Suivez les dernières informations en temps réel et en accès libre.

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Fil info Albanie | Répression et crise parlementaire

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27 juillet 2026 – 21h30 : répression et crise parlementaire

L’Albanie a connu une nouvelle forte mobilisation anti-gouvernementale. Malgré des protestations pacifiques, souvent avec des enfants, les forces de police ont déployé un important dispositif. De nombreux manifestants ont été arrêtés de manière brutale. L’activiste Fatma Paja a dénoncé cette violence pour BIRN: « Il y avait plus de policiers que de protestateurs. Ils les ont appréhendés de façon très violente. Il faut élever la voix contre cette répression des citoyens pacifiques. »

Au Parlement, la séance a été marquée par une vive opposition autour d’un crédit américain destiné à la défense. Le président du Parti démocrate (PD), Sali Berisha, a déclaré être « favorables au crédit des États-Unis » tout en refusant de voter « selon des procédures anticonstitutionnelles ». Il a qualifié la situation de « siège d’État » inédit, dénonçant le blocage de centaines de tracteurs venus de tout le pays et le retrait des drapeaux de l’OTAN des institutions.

Sali Berisha a accusé Edi Rama de traiter la Constitution comme « une lettre morte » et de vouloir imposer une procédure accélérée, contraire à l’obligation d’un délai minimal d’une semaine et à une décision récente de la Cour constitutionnelle. L’opposition refuse de participer à ce vote et informera les autorités américaines de cet « acte honteux ». Edi Rama est également critiqué pour son passé anti-OTAN.

L’analyste Fatos Lubonja s’est montré très sceptique sur une éventuelle flexion de Rama. Ces événements illustrent une tension croissante entre pouvoir et opposition, avec des accusations mutuelles de violation des règles démocratiques.

23 juillet – 22h30 : Canons à eau et gaz lacrymogène contre les manifestants devant le Parlement

La police albanaise a fait usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau sur des manifestants qui tentaient de s’approcher du Parlement jeudi matin. Alors que le Parlement tenait sa dernière session avant la pause estivale, une forte présence policière était visible sur place dès tôt le matin. Les forces de l’ordre ont utilisé des bombes lacrymogènes, des sprays au poivre et des canons à eau pour disperser la foule. Les manifestants ont riposté en lançant massivement des œufs, des tomates et, dans certains cas, des pierres. Des affrontements ont fait plusieurs blessés parmi les manifestants : une jeune fille a été touchée au visage et un jeune homme a été évacué en ambulance, couvert de sang.

Près du centre commercial Toptani, un petit groupe a multiplié les affrontements avec la police, continuant à lancer projectiles et slogans hostiles au pouvoir. Parmi les mots d’ordre repris : « Parlement du crime », « Rama en prison », « Berisha en prison » et « O mon Dieux, qu’est-ce qui nous arrive, Parlement d’analphabètes ».

Plusieurs manifestants, dont des activistes et une journaliste, ont été interpellés et emmenés de force au commissariat. Le professeur Ervin Goci, depuis le commissariat n°1, a affirmé que le mouvement « ne s’arrêterait pas sans la démission du Premier ministre Rama ».

L’éditrice Anna Shkreli a vivement dénoncé l’arrestation d’Arnen Sula et Elsa Paja. « Arnen Sula et Elsa Paja ont été arrêtés aujourd’hui par la police ! Outre le fait d’être le cœur de la protestation pacifique des Flamants roses, ce sont des citoyens extraordinaires qui ont collaboré avec toute la scène culturelle, en éduquant culturellement un pays comme aucun autre ne l’a jamais fait, et ils ont toujours travaillé avec amitié, sourire et honnêteté. Au minimum, tous ceux qui travaillent dans le domaine de la culture doivent se solidariser pleinement et venir devant les commissariats ! Vous leur devez… oui, vous leur devez ! Le pouvoir les a ciblés depuis longtemps et n’a pas su comment arrêter ce cœur qui bat sur la place, et aujourd’hui il l’a fait par la répression. Qui veut encore vivre dans une Albanie où l’on arrête les artistes ? »

12 juillet – 9h30 : à Tirana, le concert de Kanye West se transforme en tribune anti-Rama

Des milliers de personnes ont une nouvelle fois défilé samedi soir dans les rues de Tirana. Devant le bureau du Premier ministre, de nombreux artistes et activistes ont pris la parole — certains ont même chanté — pour dénoncer la corruption. Vers 21 h 30, les manifestants ont ensuite repris leur marche quotidienne à travers les rues de la capitale.

Au même moment, le très controversé rappeur Kanye West se produisait à l’Eagle Stadium, une enceinte provisoire construite pour l’occasion à Kashar, près de l’aéroport de Tirana. Pour accueillir l’événement, la circulation routière avait été interrompue et les autobus municipaux réquisitionnés. Malgré une subvention publique de 4,3 millions d’euros destinée à financer les billets, le concert n’a pas fait le plein. Le gouvernement d’Edi Rama a donc complété les tribunes avec des fonctionnaires et des lycéens. Mais même dans le stade, des slogans réclamant la démission du Premier ministre ont retenti.

Les activistes du mouvement BASHKË ont également profité de cet événement, financé par le budget de l’État albanais, pour diffuser un message sans équivoque :

« Edi Rama, Fuck Ye !

Nos impôts ne serviront pas à permettre au satrape au pouvoir de redorer son image pour continuer à nous voler plus longtemps.

La corruption, la violence et l’humiliation des citoyens prendront fin.

Rama, démissionne !

Votre temps est terminé ! »

5 juillet – 5h : 35e rassemblement : « Sans démission, nous ne nous arrêtons pas. »

Samedi soir, pour la 35e fois, les rues de Tirana ont vibré au rythme d’une colère qui ne faiblit pas. Ils étaient environ 150 000 à transformer le grand boulevard en une mer rouge et noire. Malgré les intimidations et les violences policières, le mouvement des « flamingos » gagne encore en puissance.

Au cœur de cette marée humaine, un geste spectaculaire : un immense drapeau albanais déployé sur la Pyramide, surplombant la ville comme un défi. Juste à côté, une banderole sans ambiguïté : « Votre fin est arrivée ». Les flamants roses, devenus l’emblème inattendu de la protestation, étaient partout. Aux côtés des drapeaux nationaux flottaient aussi les Stars and Stripes, en hommage aux 250 ans de l’indépendance américaine.

L’ambiance était à la fois festive et déterminée. « Ça suffit ! Le peuple veut dignité, justice et changement », scandait la foule d’une seule voix. La coïncidence avec l’anniversaire d’Edi Rama n’est pas passée inaperçue. Les manifestants lui ont offert des « cadeaux » symboliques lourds de sens : un gâteau en béton accompagné de l’inscription « Autant d’années de prison ».

La mobilisation ne s’arrête pas aux frontières. Des membres de la diaspora ont fait le voyage pour exiger le départ de Rama. Après les discours, des milliers de protestataires ont marché vers le commissariat n°3 pour soutenir ceux arrêtés lors des échauffourées devant le Parlement.

La police dans le viseur

Selon le Comité albanais d’Helsinki, une trentaine de personnes ont été arrêtées depuis jeudi. L’organisation dénonce un usage « disproportionné » de la force lors de la manifestation du 2 juillet : gaz lacrymogènes lancés sans avertissement clair, encerclement soudain de manifestants pacifiques, et actes de violence gratuits. Pour les défenseurs des droits humains, ces méthodes violent les standards européens et risquent de constituer des traitements inhumains ou dégradants.

L’affaire qui embarrasse Washington

Pendant ce temps, à des milliers de kilomètres, le dossier albanais prend une tournure inattendue à Washington. Le républicain Joe Wilson, figure influente du Congrès et président du groupe d’amitié Albanie-États-Unis, a déposé un amendement exigeant un rapport classifié sur l’ampleur du narcotrafic en Albanie et l’implication éventuelle du gouvernement Rama.

Ce qui n’était qu’un projet immobilier controversé à Zvërnec est désormais une affaire politique qui mêle narcotrafic, investissements étrangers et même les cercles proches de la famille Trump. Pour la première fois depuis longtemps, l’Albanie n’est plus seulement citée à Washington pour son rôle régional, mais pour des soupçons de corruption et de liens troubles avec le crime organisé.

Sur le terrain, le message reste clair : « Sans démission, nous ne nous arrêterons pas. » Entre une rue qui refuse de se taire et une pression internationale grandissante, Edi Rama voit son horizon se rétrécir un peu plus. La révolte albanaise est entrée dans une nouvelle phase.

4 juillet – 22h : une foule énorme exige la démission d’Edi Rama

Ils sont 150 ou peut-être 200 000 à battre le pavé de Tirana. Lors du 35e rassemblement consécutif, les citoyens réclament le départ du gouvernement et la démission sans condition du Premier ministre Edi Rama. Ce rassemblement est organisé à l’échelle nationale, et la diaspora est attendue à Tirana pour soutenir ce mouvement de contestation entamé il y a 35 jours.

Les convois sont en route depuis hier, tandis que la police a annoncé que tout citoyen albanais entrant sur le territoire ferait l’objet d’un contrôle approfondi. Cette mesure est perçue comme une tentative d’empêcher la diaspora de participer à la manifestation dans la capitale.

Le rassemblement des manifestants a débuté sur la place Skanderbeg, avant de se poursuivre par une marche vers le siège du Premier ministre, où les participants exposent leurs revendications.

A gauche, un gâteau en béton pour l’anniversaire d’Edi Rama.

4 juillet – 17h : le gouvernement bloque les frontières avant la manifestation nationale de samedi

Inquiet de l’ampleur de la manifestation nationale de ce samedi, alors que la diaspora appelle aussi à manifester, le gouvernement a ordonné de contrôler et de ralentir les personnes tentant de pénétrer sur le territoire national. Il a donné l’instruction de bloquer les points d’entrée en Albanie et d’imposer des délais d’attente.

Des files d’attente s’étendant sur plusieurs kilomètres ont été observées au poste-frontière de Morina, à Kukës, qui relie le Kosovo à l’Albanie. Bien que les autorités frontalières ne confirment pas cette pratique illégale, le gouvernement du Kosovo a dénoncé la situation. Le Centre kosovar de gestion des frontières a même publié une déclaration qualifiant d’inacceptable le comportement de l’administration Rama. L’institution a annoncé que « de longues files se sont formées à la sortie du Kosovo, car les autorités albanaises procèdent à l’enregistrement des citoyens entrant sur le territoire albanais. Cela a entraîné la formation de colonnes atteignant jusqu’à 3,5 kilomètres de long ».

3 juillet – 15h : Tribune libre d’artistes, écrivains et créateurs

Tribune libre d’artistes, écrivains et créateurs pour la protection des paysages de l’Albanie : « Nous, artistes, écrivains, poètes, musiciens, chercheurs, penseurs et citoyens attachés à la beauté du monde, prenons aujourd’hui la parole pour défendre des paysages dont la valeur dépasse infiniment leur valeur économique. »

https://www.courrierdesbalkans.fr/opinions-que-nous-a-legue-la-terre-96187/

2 juillet – 20h : Affrontements avec la police jeudi devant le Parlement à Tirana

Des violences et des affrontements ont marqué la manifestation jeudi devant le Parlement albanais, tandis que les participants scandaient le slogan « Arrêtez Rama ».

Un important dispositif de sécurité avait été déployé et des heurts ont éclaté dès le matin. Les manifestants ont lancé de la farine et des œufs sur le bâtiment et les élus, et arraché les barrières métalliques qui le protègent. La police a riposté avec des gaz lacrymogènes et procédé à plusieurs arrestations.

Mardi, un groupe de manifestants a déposé le livre du Premier ministre Edi Rama « Albanian Files » au parquet anti-corruption SPAK, en guise de preuve des abus de pouvoir et de son attitude dans l’attribution des permis de construction impliquant des architectes étrangers.

Les députés de la majorité ont souvent emprunté des entrées secondaires ou le centre commercial voisin pour éviter les protestataires. Leur colère s’est dirigée également contre l’« opposition vendue », qui boycottait la séance parlementaire.

La police a aussi effectué des descentes dans des cafés et bars aux abords du parlement pour faire des interpellations, suscitant des accusations d’usage excessif de la force. La séance plénière s’est déroulée sous haute sécurité.

30 juin – 19h15 :  Une présence européenne à forte portée politique

Le 29 juin marquait le 30e jour consécutif de mobilisation contre les projets d’aménagement controversés à Sazan-Zvërnec, en zone protégée. Plusieurs députés européens ont participé à la manifestation et adressé un message ferme à Edi Rama : « l’Albanie ne pourra pas rejoindre l’Union européenne en piétinant l’État de droit et les principes démocratiques. »

La participation de responsables politiques européens à la manifestation organisée devant le Parlement albanais constitue un signal politique inhabituel. Même si leur présence ne représente pas une position officielle des institutions européennes, elle traduit l’attention croissante d’une partie des élus européens aux évolutions démocratiques en Albanie.

30 juin – 19h15 :  Tensions devant l’Assemblée nationale

Le 30 juin, les tensions ont fortement monté devant l’Assemblée nationale. Les manifestants, qui réclament l’abrogation de la loi sur les aires protégées (accusée d’ouvrir la voie à la « bétonisation »), ont bloqué l’accès et lancé des œufs sur les véhicules des ministres et députés. La police est intervenue pour disperser la foule et dégager l’entrée du Parlement. Six personnes ont été interpellées, dont Dritan Goxhaj (ancien combattant de l’UÇK et figure active des protestations) et Shkëlzen Bushi.

Des renforts de la FNSH (forces spéciales), équipés de scaphandres anti-émeute, ont été déployés pour sécuriser le périmètre. Edi Rama a qualifié les protestataires de « déchets socio-idéologiques dangereux du boulevard » et réduit la mobilisation à un « courant d’eau qui s’écoule ».

Lors de son intervention au Parlement, Edi Rama a qualifié les manifestants de « déchets socio-idéologiques dangereux du boulevard », tout en réduisant la mobilisation citoyenne à un simple « courant d’eau qui s’écoule ».

30 juin – 8h : « En Albanie, avec la révolution des flamants roses, le peuple refuse d’être réduit à une position de vassalité »

Pour pleinement saisir les enjeux liés à la mobilisation contre le projet de complexe touristique mégalomaniaque de Jared Kushner et Ivanka Trump sur l’île albanaise de Sazan et la lagune de Zvërnec, un retour historique s’impose. L’analyse de Fatos Lubonja, écrivain et journaliste, est ancien dissident prisonnier durant les années de dictature.

«En Albanie, avec la révolution des flamants roses, le peuple refuse d’être réduit à une position de vassalité»

21 juin – 10h : Près de 200 000 manifestants à Tirana

Près de 200 000 manifestants venus de toute l’Albanie, dont beaucoup de membres de la diaspora revenus au pays, se sont rassemblés samedi 20 juin à Tirana pour une grande manifestation nationale devant les bureaux du Premier ministre. Partis de la place Skanderbeg, des milliers de personnes brandissant des drapeaux nationaux rouge et noir, des drapeaux du Kosovo, des États-Unis et de l’Union européenne, ainsi que de nombreuses pancartes réclamant le départ du gouvernement, se sont dirigé vers le Boulevard des Martyrs de la Nation.

La foule, souvent vêtue aux couleurs du drapeau albanais, a rempli le boulevard dans une atmosphère électrique, marquée par des slogans vigoureux contre le pouvoir, des feux d’artifice et des appels répétés à la démission immédiate du Premier ministre Rama. Les protestataires lui ont donné un ultimatum : quitter ses fonctions avant ce dimanche 21 juin.

Après les discours, les manifestants ont effectué une marche symbolique pour encercler l’immeuble du Premier Ministre et la Pyramide de Tirana, soulignant leur volonté de maintenir une pression continue sur le pouvoir. « Nous sommes restés sur le Boulevard toute la nuit pour donner un exemple de désobéissance civile. C’est la première étape de la nouvelle phase de la résistance citoyenne jusqu’à la démission de Rama », a déclaré Andi Tepelena au Courrier des Balkans

Les organisateurs ont annoncé que le mouvement se poursuivra tous les jours, avec un nouvel appel à un grand rassemblement national ce dimanche 21 juin à 19 h. De son côté, Edi Rama a fermement refusé de démissionner. Après une réunion exceptionnelle samedi avec le groupe parlementaire du Parti socialiste, au cours de laquelle il semble avoir perdu son calme, le Premier ministre a qualifié les protestataires de « fauteurs de troubles » et rejeté toute idée de céder face à ce qu’il présente comme une « minorité bruyante ». Il doit se rendre lundi à Paris, où il sera reçu par le Président Macron.

Cette mobilisation exceptionnelle reflète une profonde exaspération populaire envers la classe politique qui dirige le pays depuis trois décennies. Les manifestants exigent non seulement la démission d’Edi Rama, mais aussi un changement profond du système.

Le Parlement européen exhorte Edi Rama à suspendre les travaux de construction

17 juin – 21h30 : Mercredi, le Parlement européen a exhorté l’Albanie à suspendre les constructions dans les zones protégées, accentuant la pression sur le Premier ministre Edi Rama concernant un projet de complexe hôtelier de luxe lié à Jared Kushner, qui a déclenché les plus importantes manifestations que le pays ait connues depuis des décennies.

Les députés européens ont adopté une résolution sur le rapport 2025 de la Commission européenne concernant l’Albanie, demandant un moratoire immédiat sur les nouveaux permis et les constructions dans les zones protégées. Cette initiative fait écho aux avertissements de la Commission européenne elle-même, qui a souligné dans son rapport et ces dernières semaines que l’Albanie risque de perdre son élan dans le processus d’adhésion à l’UE si elle poursuit ce projet sans une évaluation complète de son impact environnemental.

Le Parlement européen et la Commission européenne font également pression sur l’Albanie pour qu’elle revienne sur les modifications apportées à la loi sur les aires protégées et abroge la loi sur les investissements stratégiques, qui a ouvert la voie à des projets de développement comme celui de Jared Kushner.

Les projets des Trump liés à des opérations de blanchiment d’argent de la drogue ?

14 juin – 22h30 : Selon le Parquet anticorruption (SPAK), une enquête pour trafic international de cocaïne a mis au jour l’implication de plusieurs personnes dans «des opérations qui auraient servi à dissimuler l’origine des biens et à intégrer les revenus illicites dans l’économie formelle». Sur ces 20 individus recherchés, quatre ont été arrêtés samedi, ajoute le SPAK, qui ne fait pas mention du projet touristique de Zvernec.

Le communiqué du SPAK indique que la justice a également ordonné la saisie conservatoire «de plusieurs biens, en référence aux contrats de vente conclus par les citoyens A.Sh, F.S, B.S avec la société “A…L…D… sh.a ». « Le montant de la saisie conservatoire dépasse 128,4 millions d’euros », est-il écrit. Le communiqué précise qu’une partie de ces investissements soupçonnés d’être douteux « sont liés à des propriétés et des projets de construction à Tirana, Palasë, Himarë et d’autres zones côtières ».

Or, la société A…L..D.pourrait être «Albania Land Development», qui a racheté de vastes parcelles de terre à Zvernec qui semblent correspondre à la description du projet touristique faite récemment par Ivanka Trump dans un podcast. « Nous avons cinq miles [8km, ndlr] de front de mer directement en face de l’île [de Sazan], cette magnifique péninsule avec un lagon d’un côté, l’océan de l’autre, de magnifiques plages de sable blanc», a-t-elle déclaré. A.Sh pourrait être Artur Shehu, cité dans plusieurs articles dont une enquête du site reporter.al, comme le principal vendeur des terrains destinés au projet de complexe touristique à Albania Land Development.

Quatorzième jour de mobilisation, la diaspora entre en scène

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13 juin – 21h30 : Des milliers de personnes se sont à nouveau rassemblées vendredi soir dans les rues de la capitale albanaise pour le quatorzième jour consécutif de manifestations réclamant la démission du Premier ministre Edi Rama. Si les slogans sont restés les mêmes – « Rama, démission », « Nouvelle Albanie » ou encore « Révolution » –, cette nouvelle mobilisation a été marquée par la place grandissante de la diaspora albanaise dans le mouvement.

Partis de la place Skanderbeg avant de rejoindre le siège du gouvernement sur le boulevard Dëshmorët e Kombit, les manifestants ont défilé dans une ambiance déterminée mais pacifique. Selon les organisateurs, de nombreux Albanais résidant à l’étranger étaient présents dans le cortège, tandis que d’autres préparent des rassemblements coordonnés ce week-end dans plusieurs villes d’Europe et d’Amérique du Nord.

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Les images de la manifestation témoignent de cette dimension transnationale croissante. Parmi les drapeaux albanais agités dans la foule figurait notamment des pancartes dénonçant le soutien international accordé au gouvernement de Tirana.

Cette journée de mobilisation a également été marquée par une autre contestation, plus locale. Plus tôt dans la matinée, à Rrjoll, près de Velipojë, des habitants se sont mobilisés contre la construction du complexe touristique de luxe « Blu Borgo », porté par l’homme d’affaires Bashkim Ulaj. Les manifestants accusent le promoteur d’avoir acquis illégalement des terrains en bord de mer et de restreindre l’accès public à la plage au moyen de clôtures et de murs.

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Soutenus par des militants venus de Tirana, ils ont pénétré sur le chantier, démonté plusieurs barrières métalliques installées à proximité du littoral et forcé l’entrée principale du site. L’action s’est déroulée sans intervention policière majeure.

Depuis plusieurs jours, les organisateurs des manifestations de Tirana cherchent à élargir le mouvement au-delà des frontières albanaises. Des rassemblements sont annoncés dimanche dans une quinzaine de villes, notamment à New York, Toronto, Berlin, Munich, Londres, Athènes, Strasbourg ou encore Oslo.

Douzième jour de manifestations contre le gouvernement Rama

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11 juin – 21h: Des milliers de manifestants se sont de nouveau rassemblés jeudi soir dans le centre de Tirana pour le douzième jour consécutif de mobilisation contre le gouvernement du Premier ministre Edi Rama. Comme lors des précédentes journées de protestation, les participants se sont réunis sur la place Skanderbeg avant de marcher vers le siège du gouvernement.

Les manifestants continuent d’exiger la démission du Premier ministre et de son cabinet, dénonçant la corruption, la mauvaise gouvernance et ce qu’ils qualifient d’arrogance du pouvoir. Plusieurs citoyens et militants ont pris la parole au cours du rassemblement.

La manifestation a également été marquée par la présence de touristes étrangers. Un touriste américain intervenu devant la foule a assuré ne pas être inquiet par les protestations et a exprimé son soutien au mouvement : « Nous n’avons pas peur. Ne vous arrêtez pas ! », a-t-il déclaré.

Parmi les interventions les plus remarquées, un ancien policier originaire de Vlora a annoncé son intention, avec d’autres manifestants, de rejoindre Tirana à pied depuis sa ville natale afin de poursuivre la mobilisation. Dans un discours virulent, il a appelé à maintenir la pression sur les autorités tout en évoquant les troubles de 1997.

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Washington retire Sali Berisha de la liste des personnalités persona non grata

 

15h45 : L’ancien Premier ministre et chef de l’opposition albanaise Sali Berisha a été officiellement retiré de la liste des personnes déclarées persona non grata par les États-Unis. La décision lui a été communiquée par téléphone par la chargée d’affaires américaine à Tirana, Nancy VanHorn.

Sali Berisha et les membres de sa famille avaient été sanctionnés en mai 2021 par le secrétaire d’État Antony Blinken, qui les accusait d’implication dans des faits de corruption grave et d’atteintes à la démocratie ainsi qu’à l’État de droit en Albanie. Cette mesure leur interdisait l’entrée sur le territoire américain.

La levée de cette sanction avait été évoquée dès mai 2025 par un porte-parole du Département d’État, mais sa confirmation officielle met aujourd’hui un terme à une controverse qui a marqué la vie politique albanaise pendant cinq ans. La décision pourrait également relancer le débat sur le rôle joué par les États-Unis dans les équilibres politiques du pays.

«Demain encore plus nombreux» : la contestation gagne en ampleur à Tirana

9h30 : Mercredi, à l’occasion de la 11e journée de la « Révolte des Albanais » à Tirana, une mobilisation historique a réuni une foule record. Des milliers de citoyens de tous âges – jeunes, enfants, adultes et personnes âgées – ont participé à cette manifestation d’une ampleur exceptionnelle, qui trouve également un écho au sein de la diaspora albanaise.

Le rassemblement a débuté sur la place Skënderbej avant de rejoindre le siège du Premier ministre pour un grand meeting. Il s’est ensuite transformé en un long cortège qui a parcouru les rues de la capitale pendant plus de trois heures. Au total, la manifestation a duré plus de cinq heures et demie.

Portant des drapeaux rouge et noir ainsi que le plis traditionnel, les manifestants ont défilé avec détermination à travers Tirana en scandant des slogans tels que : « Edi Rama démissionne », « Rama en prison », « Berisha en prison », « Révolution », « La nouvelle Albanie », « À bas le communisme », « Votre fin est arrivée » ou encore « La patrie n’est pas à vendre ».

Selon les participants, cette révolte dépasse largement le cadre d’un simple mouvement de protestation. Elle exprime une profonde colère face à la corruption, aux détournements de fonds, aux atteintes à l’environnement, aux difficultés du système de santé, aux problèmes du secteur éducatif et à l’état des infrastructures. Née de l’opposition à un mégaprojet controversé, elle s’est progressivement transformée en un mouvement citoyen large, pacifique et intergénérationnel, rassemblant des Albanais du pays et de la diaspora.

Les organisateurs ont appelé à poursuivre la mobilisation avec un mot d’ordre simple : « Demain encore plus nombreux ! ».

La Commission européenne s’inquiète et rappelle les obligations de l’Albanie

10 juin – 7h30 : Au neuvième jour des manifestations contre l’investissement de Jared Kushner à Zvërnec, la Commission européenne exprime pour la première fois son inquiétude. Le porte-parole de la Commission européenne pour l’élargissement, Guillaume Mercier, a confirmé que Bruxelles suivait de près la question de l’investissement dans la zone protégée de Pishë Poro-Nartë et que les préoccupations de la Commission avaient été directement transmises au gouvernement albanais.

« Sur ce sujet, je peux dire que la Commission suit de près l’évolution de la situation dans le paysage protégé de Pishë Poro-Nartë. Nous avons déjà fait part de nos préoccupations au ministre de l’Environnement quant aux éventuelles lacunes de ce projet », a déclaré Guillaume Mercier. « Le ministre s’est engagé à ce que les travaux de construction soient suspendus et qu’une évaluation d’impact environnemental complète soit réalisée pour ce projet, en consultation avec la société civile », a déclaré le porte-parole de la Commission européenne.

Bien que formulée dans le langage bureaucratique bruxellois, cette déclaration est directement liée à l’intégration à l’Union européenne. Guillaume Mercier a rappelé que l’Albanie devait non seulement aligner sa législation sur les directives européennes relatives aux oiseaux et aux habitats, mais aussi « abroger la législation de 2015 sur les investissements stratégiques ». Depuis des années, la loi sur les investissements stratégiques est l’un des principaux instruments du gouvernement Rama pour attirer d’importants investissements. Or, Bruxelles la présente désormais comme un obstacle que l’Albanie doit lever pour conclure le chapitre 27 des négociations.

Bien que Guillaume Mercier ait évité d’affirmer directement que le projet de Kushner contredit le chapitre 27, le message politique était clair : l’Union européenne voit d’un mauvais œil ce projet et attend du gouvernement albanais qu’il approfondisse les réformes et ne crée pas de nouveaux freins à l’intégration.

De Tirana à Shkodër et Korçë, la colère ne faiblit pas

7 juin – 21h45 : Des milliers de personnes ont de nouveau manifesté dimanche à Tirana contre le projet touristique controversé de Zvërnec, dans le sud de l’Albanie. Le cortège est parti de la place Skanderbeg pour rejoindre le siège du gouvernement, tandis que des rassemblements similaires se tenaient simultanément à Shkodër et à Korçë.

Les manifestants ont brandi des pancartes, réclamant davantage de transparence de la part des autorités, de meilleures conditions de vie et la démission du Premier ministre Edi Rama.

Comme lors des précédentes journées de mobilisation, des prises de parole ont eu lieu devant le bâtiment du gouvernement. Le mouvement, né de l’opposition au projet de développement touristique de Zvërnec, continue de prendre une dimension nationale.

Parmi les symboles remarqués lors du rassemblement figurait un canot pneumatique porté par des manifestants, présenté comme un message contre l’émigration des jeunes Albanais et en faveur du retour de la diaspora.

Les organisateurs mettent en avant le caractère citoyen de la mobilisation, qui, selon eux, n’a jusqu’à présent pas été récupérée par les partis politiques. Le slogan « Nouvelle Albanie » figure désormais parmi les mots d’ordre les plus visibles du mouvement.

La contestation contre le projet de Zvërnec s’étend, Rama durçit le ton

6 juin – 19h : Pour la septième journée consécutive, des milliers de personnes manifestent dans les rues de Tirana contre le projet touristique de luxe prévu à Zvërnec, sur la côte sud de l’Albanie. Alors que la mobilisation gagne la diaspora et plusieurs villes du pays, le Premier ministre Edi Rama a choisi la confrontation, dénonçant la « désinformation » et assimilant les critiques à une campagne contre le développement du pays.

Le boulevard Dëshmorët e Kombit, au cœur de la capitale albanaise, est de nouveau noir de monde ce samedi 6 juin. Derrière des slogans tels que «  L’Albanie n’est pas à vendre », « Il est temps de démissionner » ou encore « Quand la jeunesse se lève, le gouvernement tombe », les manifestants réaffirment leur opposition au projet de complexe touristique de luxe envisagé dans la zone protégée de Zvërnec, ainsi que leur demande de démission du gouvernement.

Les organisateurs insistent sur le caractère citoyen et non partisan du mouvement, qui rassemble des militants écologistes, des universitaires, des étudiants, des familles et des membres de la société civile. Des rassemblements ont également lieu à Shkodër et dans d’autres villes du pays, tandis qu’une manifestation s’était tenue quelques heures plus tôt à Zvërnec même.

Une mobilisation qui dépasse les frontières

La contestation ne se limite plus à l’Albanie. Des rassemblements de solidarité ont eu lieu à Athènes, sur la place Syntagma, mais aussi en Allemagne, en Autriche, en Italie, en Norvège ou encore à Washington, aux États-Unis. Dans la capitale grecque, des Albanais de la diaspora ont manifesté aux côtés de citoyens grecs et palestiniens pour réclamer l’abandon du projet. Des manifestations sont également prévues dimanche à Paris et à Bruxelles.

Cette internationalisation du mouvement s’accompagne d’une campagne de pétitions adressées aux institutions européennes et aux organisations environnementales internationales. Les signataires demandent notamment la suspension des travaux, la publication des études environnementales et une transparence totale sur les procédures administratives ayant permis le lancement du projet.

Rama contre-attaque

Face à la montée de la contestation, Edi Rama a adopté un ton de plus en plus offensif. Dans un long message publié sur Facebook, le Premier ministre a défendu sa vision du développement touristique en prenant pour exemple la lagune protégée de Ria Formosa, au Portugal, devenue selon lui un modèle de coexistence entre protection de la nature et tourisme haut de gamme.

Le chef du gouvernement a dénoncé ce qu’il présente comme une opposition irrationnelle au développement, allant jusqu’à affirmer que l’Albanie avait payé « cent ans de tribut à sa propre bêtise » avant de promettre que le pays rejoindrait bientôt « la Ligue des champions du tourisme mondial ».

Cette rhétorique est cependant loin de convaincre les opposants. Plusieurs observateurs relèvent que Rama recourt désormais à un vocabulaire familier des dirigeants confrontés à une contestation durable : dénonciation d’ennemis extérieurs, accusations de manipulation, mise en cause des médias critiques et réduction du débat à une opposition entre modernité et obscurantisme.

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Au-delà des enjeux environnementaux, les critiques portent sur l’opacité des structures impliquées dans le projet, les modifications législatives ayant facilité les investissements dans des zones protégées, ainsi que les liens présumés entre responsables politiques, réseaux d’affaires et grands investisseurs.

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