Bulgarie : Roumen Radev, nouvel homme fort du pays et chantre de la lutte contre la corruption

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Roumen Radev, vainqueur des législatives le 19 avril avec le score historique de 44 % des voix, est le nouvel homme fort de la Bulgarie. Itinéraire d’un ancien commandant de l’armée de l’air devenu le chantre de la lutte contre la corruption tout en affichant sa sympathie pour la Russie.

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Par Damian Vodenitcharov

Roumen Radev en campagne électorale en février 2026.
Page facebook officielle de la présidence de la République bulgare.

Roumen Radev est pressé de se rendre sur scène. Il serre des mains tendues et fait signe à quelques personnes anonymes dans la foule. Les 15 000 militants rassemblés dans la salle de sport de Sofia s’impatientent. Il y a eu des retards, puis des chansons traditionnelles, une présentation de tous les candidats de son parti qui l’attendent déjà à l’autre bout de la salle. Il monte sur scène sous les applaudissements. L’échelle n’est pas sans rappeler les meetings de fin de campagne organisés par son ennemi juré et premier ministre pendant dix ans, Boïko Borissov.

Ce 16 avril, pour son meeting de clôture de campagne, il ne mâche pas ses mots. Ce qu’il compte faire, c’est non seulement combattre la corruption, mais le faire sans aide extérieure. « La Bulgarie progressiste ne fera pas de compromis. Il n’y aura pas de coalition avec Borissov. Nos électeurs ne désirent pas de coalition avec la droite. Toute interaction avec leur mentor Delyan Peevski est complètement inacceptable. Notre objectif est la majorité ! » La dernière fois qu’un seul parti a obtenu la majorité au parlement sans alliances post-électorales, c’était en 1997 et la Bulgarie était à genoux après une crise économique sans précédent. Et si Radev estime qu’il peut reproduire ce succès, c’est surtout grâce à un parcours pas comme les autres et une présence continue, voire calculée, sur la scène politique.

A l’école de l’armée

Roumen Radev est né le 18 juin 1963 à Dimitrovgrad, une ville située à 230 kilomètres de la capitale Sofia. En 1982, il est inscrit à l’école militaire aérienne de Dolna Mitropoliya. Alors que la Bulgarie communiste est secouée par les chutes de l’Union soviétique au début des années 90, Radev grimpe dans la hiérarchie militaire. Il devient commandant d’escadrille en 1990, chef de cabinet de la base aérienne de Graf Ignatievo en 2000, commandant de la base de Graf Ignatievo en 2005, commandant adjoint de l’armée de l’air en 2009, puis commandant de l’armée de l’air en 2014. En 2003, il obtient un master en études stratégiques à l’école militaire Maxwell, aux États-Unis.

En 2016, Roumen Radev entre en conflit avec le ministre de la Défense Nikolay Nentchev dans le second cabinet du Premier ministre Boïko Borissov. Radev s’oppose vivement à l’idée de faire appel à des alliés de la Bulgarie pour assurer les patrouilles de son espace aérien. Ces missions de « police du ciel » sont obligatoires au sein de l’OTAN. En tant que commandant de l’armée de l’air, Roumen Radev refuse alors même de signer l’appel d’offres, mais le ministère de la Défense ne revient pas sur sa décision.

« De tous les pays-membres de l’OTAN qui disposent de forces aériennes, la Bulgarie est la seule à proposer de payer ses partenaires pour assurer la police du ciel », déplore alors Radev. « En tant que général de l’armée bulgare et commandant de l’armée de l’air, je trouve que cette idée est plus humiliante encore que le traité de Neuilly. Celui-ci avait été imposé à la Bulgarie par des forces externes, alors que cette idée est lancée par le gouvernement ». C’est d’ailleurs la seconde fois qu’il cherche à quitter son poste alors que Borissov est Premier ministre. Cette rancune aura des retentissements énormes sur la scène politique bulgare dans la décennie suivante.

Son décollage en politique

C’est aussi en 2016 que Roumen Radev se lance dans la politique. Il se porte candidat à la présidentielle sur invitation de la dirigeante du Parti socialiste Kornélia Ninova, sans pour autant intégrer le parti. Il obtient 25 % des voix au premier tour, et 59 % au second tour face à la candidate du parti GERB de Borissov. Une fois élu à la présidence, Radev n’hésite pas à se faire entendre sur les grands dossiers internationaux, mais aussi en matière de politique intérieure.

Dans le régime parlementaire bulgare, le président a cependant peu de pouvoir. En 2019, il s’oppose vivement à l’achat d’avions militaires américains F-16 pour la modernisation de l’armée bulgare. Il exerce même son droit de veto sur les votes du parlement, qui est pourtant facilement annulé par un second vote à la majorité simple.

En 2020, alors que Boïko Borissov est Premier ministre pour la troisième fois, Roumen Radev critique le seul candidat au poste de procureur général, une figure très influente et quasiment intouchable. Radev appelle alors à l’adoption d’amendements constitutionnels liés au système judiciaire, ce qui le lance dans une guerre institutionnelle avec le parquet.

Lutte contre la corruption et tropisme pro-russe

Des raids des brigades anti-corruption dans les bureaux du président et des arrestations de ses adjoints, de même que des révélations de corruption aux plus hauts étages du pouvoir provoquent alors une vague de manifestations qui poussent Boïko Borissov à démissionner en mai 2021. Radev descend alors dans la rue rencontrer la foule en brandissant le poing, un geste qui lui attirera les critiques du parti GERB et de Borissov en particulier, qui soupçonne déjà Radev de lorgner sur le Parlement.

Roumen Radev décide cependant de se représenter à la présidentielle de 2021, qu’il remporte de nouveau. Pendant un débat électoral, il n’hésite pas à déclarer que la Crimée « appartient à la Russie », une position qu’il réitère en janvier 2026. « D’après le droit international, la Crimée fait partie de l’Ukraine. Mais la réalité montre que la Crimée fait partie de la Russie », dit-il dans une interview télévisée.

Après la démission de Boïko Borissov en 2021, une période d’instabilité politique s’installe en Bulgarie. Les gouvernements élus, composés de plusieurs partis aux objectifs divergents, ne peuvent tenir plus d’un an. Radev, qui est chargé de nommer les cabinets intérimaires en cas de dissolution du parlement, exerce alors plus d’influence sur la prise de décision.

Il lance ainsi plusieurs carrières politiques, notamment celles des dirigeants de la droite réformiste Kiril Petkov et Assen Vassilev. D’abord symboles de la volonté de changement au sein de la classe politique, tous deux sont victimes de leurs alliances parlementaires avec leurs ennemis jurés, Boïko Borissov lui-même et l’oligarque Delyan Peevski.

La déchéance des partis réformateurs et les scandales de corruption liés à Borissov et Peevski érodent la confiance des électeurs, qui après 8 législatives en 5 ans ne veulent plus se rendre aux urnes. En juin 2024, le taux de participation dépasse à peine les 33 %. En octobre, elle frôle les 39 %. Tout cela ouvre la voie à Radev, qui démissionne de son poste de président en janvier 2026. Aux législatives d’avril, il obtient 44 % des voix, ce qui lui garantit une large majorité d’environ 130 sièges sur 240 au parlement.