Après la Révolution de 1989, Timişoara est devenue la destination privilégiée d’entrepreneurs italiens de la région de Vénétie, attirés par les prétendues bonnes affaires offertes par le chef-lieu du Banat. Dans La saga des entrepreneurs italiens en Roumanie, fruit de sa thèse de doctorat en anthropologie culturelle à l’EHESS de Marseille, publié en français, en italien et en anglais, Michele Coletto revient sur les mirages de cet eldorado qui ont contribué à affecter l’image de la Roumanie à l’étranger.
Le Courrier des Balkans (CdB) : Dans les années 1990, devant l’afflux d’entrepreneurs originaires du nord de l’Italie, Timişoara est surnommée « Trevişoara » et le Banat « la huitième province de Vénétie ». Comment ce phénomène naît-il ?
Michele Coletto (MC) : Nous ne savons pas exactement pourquoi ces entrepreneurs se sont installés là-bas. Cependant, Timişoara était une ville industrielle importante, notamment dans la production de chaussures, et le textile est un secteur traditionnel en Vénétie. Certains entrepreneurs soulignaient le fait qu’ils étaient plus proches de Timişoara que de Rome en avion. La ville a un aéroport international, tout comme Trévise où se trouve le siège de Geox, une entreprise qui a acheté une grande usine sur place. Elle proposait ainsi du « Made in Italy » en passant par le système du trafic de perfectionnement passif, instauré dès les années 1980, entre les deux pays : l’Italie envoyait la marchandise en Roumanie qui lui retournait les produits « semi-travaillés », pour ne pas dire presque finis.
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