La Tișovița gargouille paisiblement le long de l’unique rue d’Eibenthal, village surgissant de la forêt après une serpentine de sept kilomètres depuis le Danube. Dans les jardins plantés d’arbres fruitiers, les habitants profitent de la fraîcheur de cette matinée de juillet pour ramasser les prunes et rentrer les bûches pour l’hiver. À l’auberge « Eibenthal », les randonneurs s’attardent encore sur la terrasse, surveillée par une sculpture d’ours en bois, avant d’aller sillonner les quelque 200 kilomètres de sentiers tracés dans cette partie du parc naturel des Portes de fer.
Tomaș Pospișil, propriétaire de l’établissement et président du Forum des Tchèques de Roumanie, arbore le tee-shirt officiel du festival Banát, « le festival tchèque le plus connu en dehors de la République tchèque » organisé chaque été à Eibenthal. Le nom du village a beau être allemand et le paysage roumain, la région de la Clisura n’en reste pas moins un territoire parsemé de villages peuplés de Tchèques, envoyés ici au début du XIXe siècle pour défricher les immenses massifs forestiers et garder ces confins de l’empire d’Autriche, frontaliers de l’empire ottoman et de la principauté de Valachie. Fondé en 1827 par des colons de Bohême, Eibenthal est si perché qu’il échappe à l’engloutissement par le Danube lors de la construction du barrage des Portes de fer, à la fin des années 1960, contrairement à deux autres villages de la commune de Dubova à laquelle il appartient.

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