À Beba Veche, commune la plus occidentale de Roumanie et tripoint frontalier avec la Serbie et la Hongrie, un dicton prétend que le coq chante en trois langues. Ce bon mot est peut-être moins extravagant que l’histoire méconnue et ubuesque du Triplex Confinium où se rejoignent les trois pays dans la plaine du Banat. Depuis Dudeștii Vechi, l’ancienne départementale 682, récemment élevée au rang de route nationale, égrène des villages désolés entre des pieds de tournesol rabougris par la sécheresse. Pas âme qui vive à Cheglevici. À l’entrée de Cherestur, un chevalet de pompage d’un autre temps puise le pétrole enfoui dans un champ labouré.
Le terrain de football de Beba Veche est rendu à la mauvaise herbe. Un pont ottoman enjambe un canal à sec et, après quelques maisons et un troupeau de chèvres paissant en liberté, une borne indique la frontière à un kilomètre. Au loin, les quatre arches d’un deuxième pont ottoman conduisent à un petit obélisque blanc qui détermine l’orientation des frontières dans ces confins de l’Union européenne et de l’espace Schengen. Sur chacune des trois faces de son pyramidion, la date du 4 juin 1920, signature du traité de Trianon, est gravée en dessous des armoiries nationales.

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