Blog • « Étincelles », deux jours d’espoir et de résistance à Belgrade

À quelques jours des législatives du 25 octobre, les étudiants serbes marchent vers Belgrade, accueillis par des milliers de citoyens. De Voždovac à la place Slavija, fumigènes, danses et slogans accompagnent cette mobilisation portée par le souvenir des 16 victimes de Novi Sad et le refus d’oublier les violences du pouvoir.

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Blog • « Étincelles », deux jours d’espoir et de résistance à Belgrade
Carrefour des rues Ustanička et Vojislava Ilića et préparatifs pour l'accueil des étudiants.@ Miloje Savić

Voždovac, 21 octobre 2026

Tout le quartier je sur le pont, tout le monde court à la hâte à droite à gauche, les derniers préparatifs et accords sont en cours – les étudiants arrivent !

Le trottoir est trop étroit pour nous tous pendant que les coordinateurs du rassemblement de Voždovac nous organisent et essaient de maintenir les voies ouvertes à la circulation. Le bruit des sifflets, des vuvuzelas et des klaxons de voitures est assourdissant, il me semble que seul ce bruit me charge en énergie et je tremble de tout mon être.

Carrefour des rues Ustanička et Vojislava Ilića et préparatifs pour l’accueil des étudiants. @ Miloje Savić
Carrefour des rues Ustanička et Vojislava Ilića et préparatifs pour l’accueil des étudiants. @ Miloje Savić

Enfin, les premiers drapeaux apparaissent du haut d’Ustanička – la colonne étudiante qui est partie de l’est de la Serbie descend vers le carrefour avec la rue Vojislava Ilića, et là se trouve un nombre immense de citoyens, de jeunes et d’enfants. À Voždovac, les fumigènes et la pyrotechnie ne manquent pas ! C’est ainsi depuis les années 1990, même si je ne vis plus ici, je considère toujours Voždovac comme « mon quartier », et les fumigènes sont là pour évoquer des souvenirs.

Rencontre entre étudiants et citoyens à Voždovac. @ Miloje Savić.
Rencontre entre étudiants et citoyens à Voždovac. @ Miloje Savić.

Parmi les étudiants se trouve Filip, une šajkača sur la tête et un jeune plant entre les mains, qui explique qu’à Požarevac, un jardinier s’est joint aux étudiants avec quelques jeunes plants d’arbres. “Pour nous, ces plants représentent un nouveau départ et nous espérons une période plus belle“, explique-t-il. J’apprends aussi qu’il s’attend à la victoire dimanch. Mais la tête froide, il m’explique que ce sera une “victoire durement gagnée car c’est la seule façon dont ils nous la céderont“, tandis que les craintes sont présentes quant au déroulement de la journée électorale et de l’après-élection. “Bien que je sois jeune, je suis prêt“, conclut Filip.

Filip avec un jeune plant d’arbre, l’un des étudiants qui marchent depuis la Serbie orientale. @ Miloje Savić.

Ils ont parcouru plus de 200 km à pied jusqu’à Belgrade, en baskets et en opanci, avec des ampoules et des pansements aux pieds, lors d’une pause indispensable avant de continuer vers le Rectorat de l’Université de Belgrade ; pourtant, ils n’ont pas résisté à l’envie de danser un petit « kolo » et de réaliser la chorégraphie désormais incontournable sur la chanson Freed from desire de la pop-star italienne Gala. Et chaque fois que je suis avec eux, dès les premières mesures de cette chanson, je m’accroupis moi aussi avec eux, et nous nous calmons tous et attendons cette mesure clé de la chanson où nous sautons tous aussi haut que nous le pouvons… C’est alors que la fête commence officiellement.

Ambiance au carrefour des rues Ustanička et Vojislava Ilića – étudiants et citoyens ensemble au rythme des paroles de Freed from Desire. @ Miloje Savić.
Ambiance au carrefour des rues Ustanička et Vojislava Ilića – étudiants et citoyens ensemble au rythme des paroles de Freed from Desire. @ Miloje Savić.
Ambiance au carrefour des rues Ustanička et Vojislava Ilića – étudiants et citoyens ensemble au rythme des paroles de Freed from Desire. @ Miloje Savić.

Nous continuons par la rue Vojislava Ilića et bifurquons vers le Bulevar kralja Aleksandra, bondé de gens qui saluent les étudiants et rejoignent la colonne de citoyens qui escorte les étudiants.

La colonne étudiante sur le Bulevar kralja Aleksandra. @ Miloje Savić.

Nous progressons à pas lents mais sûrs devant l’Atelje 212, Radio Belgrade et le Théâtre national. La colonne de citoyens est de plus en plus longue.

À la destination finale, un autre orchestre nous attend, un autre « kolo » et la danse sur le tube de Gala, avant que nous nous dispersions, fatigués et débordants de bonne énergie. Le lendemain, un nouveau défi nous attend – le rassemblement de clôture des sympathisants de la Liste étudiante à Slavija.

Arrivée de la colonne d’étudiants de l’est de la Serbie sur la Place des étudiants (Studentski trg). @ Miloje Savić.
Arrivée de la colonne d’étudiants de l’est de la Serbie sur la Place des étudiants (Studentski trg). @ Miloje Savić.

Slavija, 22 octobre 2026

L’expression « marée humaine » me semble cliché, mais en réalité, aussi loin que porte mon regard, je ne vois que des gens qui se dirigent vers la place Slavija et tous veulent s’approcher de la place le plus près possible, le plus près possible des étudiants et de leurs concitoyens, car cette proximité est le remède contre l’oubli (auquel nous sommes enclins au niveau national). Car enfin nous nous souvenons : nous nous souvenons des 16 victimes sous l’auvent à Novi Sad, nous nous souvenons aussi de toutes les affaires et des actes criminels de ce régime, nous nous souvenons de tous les passages à tabac et des démonstrations de force contre les étudiants et les citoyens au cours des deux dernières années (je ne mentionnerai même pas les douze précédentes). Les étudiants nous ont appris cela : à ne pas oublier, et à ne pas abandonner dans cette lutte pour une société meilleure, car nous n’avons que deux options : la Serbie ou la mafia.

Rassemblement de citoyens sur la place Slavija. @ Miloje Savić.
Rassemblement de citoyens sur la place Slavija. @ Miloje Savić.

Au milieu des fumigènes et de la musique diffusée par les haut-parleurs, dans une ambiance joyeuse et euphorique, la foule enjouée à Slavija scande “Gotov je ! Gotov je !“ (Il est fini ! Il est fini !)

J’ai des frissons à l’entente de ce slogan car il me ramène à la fin des années 1990 et à ma première manifestation étudiante, puis aux élections de l’an 2000 lorsqu’un tyran est enfin tombé du pouvoir.

Un étudiant le poing levé, annonçant symboliquement les résultats de la résistance étudiante et citoyenne qui dure depuis près de deux ans. @ Miloje Savić.

Depuis le haut d’un toit à Slavija, j’observe tous ces gens rassemblés et je sais qu’ici et maintenant, c’est aussi la fin pour ce tyran.

Gotov je !

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