En parcourant presque par hasard la liste des titulaires de la Légion d’honneur — une distinction française — un nom a particulièrement retenu mon attention : Boris Khreschatynsky. Cosaque du Don d’origine ukrainienne, général de l’armée impériale russe, il prit, entre 1918 et 1920, la tête de l’armée ukrainienne d’Extrême-Orient. Le paradoxe est frappant : celui qui était censé incarner un pilier de l’Empire est devenu l’un des symboles d’une tentative d’affirmation de la subjectivité ukrainienne à ses marges.
La trajectoire de Boris Khreschatynsky reflète, de manière condensée, la logique impériale elle-même : mobiliser les ressources humaines ukrainiennes pour consolider le contrôle sur des territoires éloignés — puis contenir, voire réprimer, le mouvement national que ce même processus contribue à faire émerger. L’histoire du Klyn vert ne fait pas exception ; elle illustre au contraire comment la colonisation peut engendrer, parfois malgré elle, des formes inattendues de résistance.
L’Empire comme projet démographique
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