La «nouvelle bataille de Srebrenica» déchire le Monténégro

C’est une nouvelle « bataille de Srebrenica » qui se joue au Monténégro. Le gouvernement est bien décidé à voter en faveur de la résolution présentée à l’ONU sur le génocide de Srebrenica, malgré l’opposition de l’Église orthodoxe et des partis pro-serbes.

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La cathédrale de la Résurrection-du-Christ de Podgorica
La cathédrale de la Résurrection-du-Christ de Podgorica© Vijesti

« Nous voterons en faveur de la résolution, comme de toute résolution condamnant le génocide. Nous sommes pleinement alignés sur les positions de politique étrangère de l’Union européenne », a déclaré le Premier ministre monténégrin Milojko Spajić lors de la session parlementaire du 9 mai. Alors qu’aucune date n’est encore indiquée pour le vote de la résolution par l’Assemblée générale des Nations unies, il a toutefois confirmé que le Monténégro présenterait deux amendements, qui confirment que « la responsabilité criminelle du génocide est personnelle et ne doit pas peser sur un peuple entier ni une communauté nationale, ethnique ou confessionnelle ».

La Radiotélévision publique (RTCG) avait révélé ces amendements le 5 mai, indiquant qu’ils seraient présentées « en accord avec les États-Unis », ce que le Département d’État n’a pas tardé à démentir. Ces amendements visent à écarter le risque de faire peser le poids d’une responsabilité collective sur le peuple serbe, mais ils ont suscité des réactions vives et contrastées dans la société civile monténégrine et ne satisfont pas Milan Knežević, le chef du Parti national populaire (DNP), partenaire junior du gouvernement.

Pour lui, ces amendements ressembleraient « au dernier souhait d’un condamné à mort qui demande qu’on lui coupe d’abord la tête, et seulement ensuite les mains, au lieu de lui couper d’abord les mains comme il était prévu, puis la tête ». Dans un communiqué de presse, il ajoute que le Monténégro ne devrait pas voter la résolution « non seulement pour la Serbie, la Republika Srpska et le peuple serbe, mais avant tout pour lui-même ».

Le gouvernement peut-il tomber ?

La résolution des Nations unies fera-t-elle tomber le gouvernement ? La question est posée depuis que l’Église orthodoxe serbe a officiellement appelé le gouvernement à ne pas voter la résolution. Le métropolite Joanikije a ainsi déclaré samedi 11 mai qu’il était « dangereux d’assimiler Srebrenica et Jasanovac. Le discours sur le génocide de Srebrenica n’a aucune base scientifique, mais répond à des objectifs politiques ». C’est la première fois depuis la mobilisation contre la loi sur les religions, votée par le DPS de Milo Đukanović en décembre 2019, que l’Église s’engage aussi directement en politique.

Les partis de l’ancien Front démocratique (DF), qui garantissent un soutien sans participation au gouvernement mais devraient théoriquement l’intégrer, ont en tout cas annoncé qu’ils s’opposaient à la résolution. Andrija Mandić, président du Parlement et chef de la Nova srpska demokratija, a confirmé que son parti ferait « pression » sur le gouvernement pour ne pas adopter la résolution. Pour l’analyste Stefan Đukić, cité par le quotidien Vijesti, ces déclarations relèveraient toutefois du jeu politique, les anciennes composantes du DF voulant obtenir au plus vite le remaniement promis de l’exécutif qui leur fera une place.

En 2021, le Parlement du Monténégro avait déjà adopté à une large majorité une résolution sur Srebrenica, limogeant le ministre de la Justice Vladimir Leposavić (DF), qui avait publiquement contesté le génocide. En réaction, le DF avait entamé un boycott du Parlement et durci ses relations avec le « gouvernement d’experts », dirigé par Zlatko Krivokapić. Cette résolution, présentée par le Parti bosniaque, avait été soutenue par le DPS (opposition) mais aussi deux composantes de la majorité : le mouvement citoyen URA et les Démocrates.

Une réunion d’urgence a rassemblé lundi soir les dirigeants de la majorité parlementaire autour du Premier ministre Spajić : le président du Parlement Andrija Mandić, le chef des Démocrates Aleksa Bečić, celui du DNP Milan Knežević et le dirigeant de l’Alternative albanaise, Nik Gjelloshaj. En perspective : l’adoption d’une résolution sur Jasenovac par le Parlement monténégrin.

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