La Moldavie entame ses négociations d’adhésion à l’Union européenne

C’est un jour historique. Le sommet UE-Moldavie, ce lundi à Bruxelles, doit consacrer l’ouverture des négociations sur l’adhésion du pays à l’Union européenne. Le chemin européen de Chișinău reste pourtant encore bien incertain, le sort du petit pays étant lié à celui de l’Ukraine.

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La Moldavie entame ses négociations d’adhésion à l’Union européenne
Maia Sandu lors d'une rencontre avec Ursula von der Leyen et António Costa en juillet 2025. © Council of the European Union / Facebook

Presque un an après l’organisation du premier sommet entre l’Union européenne (UE) et la Moldavie, une deuxième rencontre réunissant les plus hauts représentants des deux parties se tient ce lundi à Bruxelles. La présidente moldave Maia Sandu se rend dans la capitale européenne, où elle doit s’entretenir avec António Costa, président du Conseil, et Ursula von der Leyen, présidente de la Commission, le cœur plus léger qu’à l’accoutumée : depuis le 15 juin, son pays a officiellement débuté les négociations d’adhésion après l’ouverture du premier des six groupes de 33 chapitres. À Chișinău, l’enthousiasme est tel que les connaisseurs du dossier estiment que les cinq autres clusters ont des chances raisonnables d’être abordés au cours de l’été.

« Les dirigeants vont discuter des progrès enregistrés dans la mise en application du calendrier de réformes de la République de Moldavie dans le cadre du Plan de croissance qui a déjà débloqué des fonds à hauteur de 504 millions d’euros », souligne le site de la Commission européenne, alors que ce programme prévoit de verser 1,9 milliard d’euros à la Moldavie entre 2025 et 2027. Le sommet offrira également l’occasion de consolider la coopération dans des domaines d’intérêt commun comme la connectivité, l’énergie, l’éducation, les réseaux interpersonnels entre Européens et Moldaves et la défense face aux menaces hybrides. Une deuxième tranche de 528 millions d’euros, si le train des réformes ne faiblit pas, est attendue pour cette année. Par ailleurs, Bruxelles accorde d’importants moyens financiers à Chișinău dans le secteur de la défense avec l’ouverture d’une ligne de crédits extrabudgétaire de la Facilité européenne pour la paix (EPF) et d’une enveloppe de 120 millions d’euros à percevoir d’ici à 2031.

Au piège des tensions entre l’Ukraine et la Hongrie

Après l’attaque de la Russie contre l’Ukraine en février 2022, Chișinău a suivi Kiev dans l’officialisation de sa candidature à l’adhésion à l’UE. Bon gré, mal gré, les deux pays se sont ainsi retrouvés associés dans le processus de négociations, longtemps resté à l’arrêt en raison du veto du gouvernement hongrois de Viktor Orbán. À Budapest, l’arrivée au pouvoir de Péter Magyar, en mai, a permis de lever cette opposition de principe. Néanmoins, le nouveau Premier ministre hongrois n’entend pas se montrer particulièrement bienveillant vis-à-vis de la diplomatie ukrainienne. En effet, la querelle autour des droits linguistiques de la minorité hongroise de Transcarpatie perdure entre les deux voisins. Péter Magyar souhaite rencontrer Volodymyr Zelensky à ce sujet, mais le président ukrainien refuse que ce tête-à-tête ait lieu à Berehove, la ville ukrainienne frontalière de la Hongrie et majoritairement peuplée de Hongrois, ainsi que l’a proposé Péter Magyar.

Le différend magyaro-ukrainien n’est pas sans conséquences pour la Moldavie. La semaine dernière, invité au sommet des Vingt-Sept, Volodymyr Zelensky n’a cessé de plaider, auprès de tous ses interlocuteurs européens, le principe d’une « adhésion accélérée » de son pays au regard de la situation géopolitique et militaire dans laquelle il se trouve. Le dirigeant ukrainien avait été échaudé par le concept d’adhésion progressive forgé par la France et l’Allemagne avant le Sommet UE-Balkans occidentaux du 5 juin au Monténégro. À Bruxelles, la Hongrie a pesé de tout son poids pour rejeter la demande ukrainienne. « Il est évident que nous aurions aimé que ce syntagme reste [dans la déclaration finale] en ce qui concerne la Moldavie, mais il y avait deux objections, a affirmé le président roumain Nicușor Dan. L’une d’elle venait de la Hongrie qui a dit : ’Nous ne voulons pas ce syntagme pour l’Ukraine’, et l’autre de plusieurs autres États qui ont dit que la terminologie relative à l’Ukraine et celle relative à la Moldavie devaient être identiques. La conséquence logique est que cette terminologie a disparu tant chez l’une que chez l’autre. C’est un moment diplomatique sans conséquences pratiques. »

Un calendrier « ambitieux, mais réaliste »

Si la Moldavie « reçoit la reconnaissance qu’elle mérite », selon les mots de Marta Kos, commissaire européenne à l’élargissement, avec ce premier pas vers une adhésion à l’UE, le chemin semble encore long et semé d’embûches. Outre l’Ukraine, l’Albanie, le Monténégro, la Serbie, la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine du Nord, la Turquie, la Géorgie et, peut-être à la fin de l’été, l’Islande sont également candidats. Net vainqueur des élections législatives de septembre dernier, le Parti Action et Solidarité (PAS), libéral et pro-européen, a chargé le gouvernement d’Alexandru Munteanu de finaliser le processus d’adhésion à l’UE en 2028 pour une entrée en vigueur en 2030. Le 18 juin, sur le plateau de la chaîne Pro TV, Cristina Gherasimov, vice-Première ministre et principale négociatrice moldave auprès de l’UE, considérait que ce calendrier était « ambitieux, mais réaliste ».

Il risque toutefois braquer une frange de la population hostile à la trajectoire pro-occidentale dans laquelle est engagé le pays depuis l’arrivée au pouvoir de Maia Sandu en 2020. Lors du référendum du 24 octobre 2024, l’adhésion à l’UE l’avait emporté d’une très courte majorité, obtenue grâce à la diaspora. En février 2014, la perspective de la signature d’un accord d’association avec l’UE avait déclenché l’organisation d’un référendum, non reconnu par le pouvoir central, en Gagaouzie sur l’indépendance de cette région autonome en cas de « perte de souveraineté » de la Moldavie et sur son adhésion à l’Union douanière eurasiatique aux mains de la Russie. Le « oui » s’était imposé de manière écrasante. Vendredi, la Commission européenne a publié un sondage interne, réalisé entre février et avril, portant sur le soutien à l’adhésion à l’UE dans les pays candidats. En Moldavie, il s’élevait à seulement 58 % au sein de la population, un taux largement inférieur à tous les autres postulants à l’exception de la Serbie (31 %) et de la Turquie (46 %).

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