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Serbo-croate ou croato-serbe : les avatars très politiques d’une langue autrefois commune

Parlez-vous serbo-croate, croato-serbe, serbe, croate, bosniaque, bosnien ou monténégrin ? L’éternel débat n’en finit pas de rebondir. Après la tendance à forcer les différences dans les années 1990, beaucoup de linguistes, mais aussi d’écrivains, insistent désormais sur l’identité commune de cette langue, malgré ses « variantes »… La question est toujours éminemment politique.

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L’ukrainien est-il un dialecte méridional du russe ou une langue à part entière ? Le ruthène est-il ou non de l’ukrainien ? En quoi le moldave ne serait-il pas du roumain ? Le serbe et le croate sont-ils deux langues différentes ou bien la même langue ? Si la langue grecque porte deux noms, est-elle une ou double ?
Limoges, Lambert-Lucas, 2019, 312 pages, 36 euros

Les noms de la langue :

serbo-croate ou croato-serbe : c’était la double appellation en vigueur à l’époque de la Yougoslavie socialiste

BCS/BCMS : « bosnien, croate, serbe » ou « bosnien, croate, monténégrin, serbe » – l’ordre étant alphabétique – est devenu l’appellation en vigueur dans certaines institutions internationales, comme le TPIY.

bosnien vs. bosniaque : le bosanski (bosnien) désignerait la langue parlée par l’ensemble des citoyens de la Bosnie-Herzégovine (Bosniaques, Serbes, Croates et « autres »), ainsi que par les Bosniaques de la région, notamment du Sandžak de Novi Pazar. Cette définition est contestée par les Serbes et les Croates de Bosnie, qui affirment parler, respectivement, le serbe et le croate, évoquant parfois une langue bošnjački, qui serait parlée par les Bosniaques…

« langue maternelle » : Materni jezik… Cette appellation « neutre » a parfois été utilisée, notamment au Monténégro, du moins avant que le monténégrin ne devienne la langue officielle de la république…

« Notre langue » : « naš jezik », formule très fréquemment utilisée par nombre de locuteurs, pour couper court à d’ennuyeux et vains débats…

Quelques dates :

1850 : accord de Vienne fondant le « serbo-croate », comme langue unifiée avec ses différentes variantes

1954 : après une enquête, les linguistes confirment et renforcent le caractère unitaire de la langue avec les accords de Novi Sad
1967 : les plus grands intellectuels croates signent une « Déclaration sur la langue croate »

Quelques figures :

Vuk Stefanović Karadžić (1787-1864) :
Le « père de la langue », écrivain et linguiste, principal réformateur de la langue serbe. Il est l’auteur de la fameuse formule — « Écris comme tu parles » (Пиши како говориш). Signataire de l’accord de Vienne avec les linguistes croates.

Ljudevit Gaj (1809-1872) :
Linguiste, journaliste et écrivain croate, qui introduisit notamment le système des signes diacritiques, emprunté au tchèque. Il est également l’éditeur des premiers journaux en croate.

Quelques livres :

Miro Kačić, Le croate et le serbe. Illusions et falsifications, traduit par Samir Bajrić, Paris, Champion, 2000.
Snježana Kordić, Jezik i nacionalizam, Zagreb, Durrieux, 2010.
Robert D.Greenberg, Language and Identity in the Balkans. Serbo-croatian an dits desintegration, Oxford University Press, 2004.

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