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Par Gani Jakupi (auteur de BD, jazzman)
En fouillant dans mes archives, j’ai réalisé que la première version du O Happy Day que j’ai connue, dans mes années d’adolescence, était chantée par Anima, un groupe vocal yougoslave. Ce negro spiritual aux forts accents slaves (et à la phonétique souvent approximative) fait sourire aujourd’hui, mais pour nous, c’était une fenêtre vers des mondes inconnus. On avait la chance d’avoir échappé à la censure qui sévissait chez nos voisins : il est à noter que le medley String of Pearls a été enregistré en 1952 – une rupture somme toute assez courte avec la tradition antérieure à l’avènement du communisme. Il faudra attendre presque le début des années 1980 pour que l’originalité de l’héritage balkanique trouve son chemin dans le jazz, au-delà des consignes de mise en valeur des ressources culturelles autochtones, mais reconnaissons à ces pionniers le courage d’aborder des styles et des instruments qui ne leur étaient pas vraiment familiers : dixieland, samba, banjo, harmonica, guitare jazz-western, etc. Les reprises en albanais, dans les années 1960, de Feuilles mortes ou Manhã de carnaval sont de véritables «moaï» de la scène musicale kosovare (deux trésors jamais commercialisés retrouvés dans les archives de la radio nationale), qui devra attendre le début du millénaire actuel pour connaître un essor du jazz, sans véritable préhistoire.
Auteur, compositeur, interprète, écrivain, traducteur, philosophe, difficile de coller une étiquette à Muharem Serbezovski. Né en 1950 à Šutka, l’immense faubourg rrom de Skopje, il est l’une des plus grandes voix tsiganes des Balkans, sinon la plus grande.
Muharem Serbezovski a commencé sa carrière à 12 ans à peine, deux ans après son premier tour de chant, à l’école où son père était instituteur. Inlassable défenseur de la culture tsigane, mais chantant en serbo-croate pour mieux toucher le grand public, il était une icône en Yougoslavie. Il reste aujourd’hui encore très apprécié dans toutes les républiques devenues des États indépendants. Certains croient même que ses plus grands succès sont des standards populaires roms (ce qui n’est qu’en partie vrai) !
Balkanophonie retrace pour vous sa longue carrière, avec une sélection, chronologique ou presque, en 15 chansons.
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