Bosnie-Herzégovine : Ratko Mladić est mort

Ancien chef de guerre des Serbes de Bosnie-Herzégovine, criminel de guerre condamné à la perpétuité par le TPIY, Ratko Mladić est mort ce 27 août.

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Bosnie-Herzégovine : Ratko Mladić est mort
© Ombeline Duprat/ CdB

Ratko Mladić, criminel de guerre et ancien commandant en chef de l’armée de la Republika Srpska, est décédé ce 27 août, à l’âge de 84 ans, à La Haye, où il purgeait depuis 2017 une peine de réclusion à perpétuité pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis durant la guerre de Bosnie-Herzégovine.

La mort de Ratko Mladić survient après une longue dégradation de son état de santé : en mai 2026, ses avocats avaient demandé sa libération évoquant un état « avancé et irréversible » de déclin, après un nouvel accident vasculaire cérébral. Cette demande, comme les précédentes, avait été repoussée par les juges du Mécanisme résiduel des tribunaux pénaux internationaux. La veille de son décès, la présidente du Mécanisme international pour les tribunaux pénaux, Graciela Gatti Santana, rejetait à nouveau la demande de libération anticipée pour « raisons humanitaires »  formulée le 18 août dernier par ses avocats, qui avait invoqué « une fin de vie imminente ». 

Chef d’état-major de l’armée de la Republika Srpsa pendant la guerre de Bosnie, Ratko Mladić a dirigé le siège de Sarajevo, et porte, entre autres chefs d’accusation reconnus et retenus par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, la responsabilité du génocide de Srebrenica en juillet 1995, ayant coûté la vie à 8000 hommes et adolescents bosniaques, exécutés par les forces sous son commandement. 

Inculpé dès 1995 par le TPIY, Mladić avait pourtant échappé à la justice pendant près de seize ans, et aurait été protégé par des réseaux militaires et politiques en Serbie, y compris, après la chute de Slobodan Milošević en 2000. Sa traque, l’une des plus emblématiques de la justice pénale internationale, se conclut le 26 mai 2011, lorsque la police serbe l’arrête à Lazarevo, en Voïvodine, où il vivait sous une fausse identité.

Le procès de celui que les médias ont surnommé le « Boucher des Balkans » s’est ouvert le 16 mai 2012 devant le TPIY. Cinq ans et 530 jours d’audience, près de 600 témoins et 10 000 pièces à conviction plus tard, le tribunal l’a reconnu coupable, le 22 novembre 2017, de dix des onze chefs d’accusation : génocide, crimes contre l’humanité et violations des lois de la guerre, et le condamne à la réclusion à perpétuité. Son appel est rejeté le 8 juin 2021 par les juges du Mécanisme résiduel, qui confirment le verdict. Depuis, il purgeait sa peine au centre de détention des Nations unies à La Haye. 

L’ombre persistante d’un « héros »

Si la justice internationale a fait de Mladić l’un des visages les plus tristement emblématiques de la guerre de Bosnie, ce dernier a depuis toujours suscité des réactions différentes, de part et d’autre de la Bosnie-Herzégovine. Monstre pour les uns, il est considéré comme un « héros » en Republika Srpska, ainsi que l’ancien président du Parlement des Serbes de Bosnie, Momčilo Krajišnik, lui-même décédé en 2020, le qualifiait.

En dépit des preuves évidentes des atrocités commises sous la houlette de Mladić, ce dernier demeure perçu par certains comme l’incarnation du combat pour la défense des des intérêts nationaux serbes, et la victime de « complots anti-serbes ». Loin d’être une figure appartenant au passé, son culte ne s’est guère effacé au cours des années. Régulièrement, des fresques à son effigie fleurissent un peu partout en Republika Srpska mais aussi en Serbie. En 2021, la présence d’une fresque dans le Quartier de Vračar, au centre de Belgrade, avait opposé militants nationalistes et défenseurs des droits humains. 

Réactions en Bosnie-Herzégovine

L’annonce de la mort de Mladic a suscité de nombreuses réactions de la part de la scène politique et civile bosnienne.  « La mort n’apporte pas le pardon. Les charniers ne sont pas nettoyés. Les enfants assassinés ne reviennent pas. Les pères, les mères, les frères et les sœurs ne reviennent pas. Il ne reste que la honte, le jugement et le sanglant sillage du crime. PS : Les ventes de Pampers pourraient chuter après sa mort », a déclaré le ministre de la Défense de Bosnie-Herzégovine, Zukan Helez. 

Le plus dur reste à faire : ne pas laisser la vérité, la responsabilité et la mémoire disparaître avec lui.

Emir Suljagić, directeur du Mémorial de Srebrenica, rappelle que la mort du criminel de guerre ne change rien aux faits historiques ni aux conséquences du génocide. « Le plus dur reste à faire : ne pas laisser la vérité, la responsabilité et la mémoire disparaître avec lui. La mort de Mladić est un moment nouveau où nous devons décider de ce dont nous nous souviendrons et, plus important encore, de ce que nous ne laisserons pas s’effacer », a-t-il déclaré.  

La Bosnie-Herzégovine devrait scruter dans les jours à venir les réactions politiques à venir en Serbie mais aussi en Republika Srpska. 

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