Macédoine du Nord : vivre avec 420 euros par mois

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Avec un salaire minimum équivalent à 420 euros, la Macédoine du Nord est le pays qui a les plus faibles revenus dans les Balkans après le Kosovo. Malgré la croissance économique, le gouvernement s’oppose à une hausse significative des salaires, tandis que le coût de la vie continue d’augmenter.

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Par Mirko Trajanovski. Traduit et adapté par Yugo-fille.

© kallerna | Wikimedia Commons

« Un virement de 26 046 denars a été effectué sur votre compte. » C’est le message qu’ont reçu les salariés payés au salaire minimum en Macédoine du Nord au début du mois d’avril. Cette somme, équivalente à environ 420 euros, correspond au SMIC pour le mois de mars, incluant l’augmentation annuelle légale de 1667 denars (27 euros).

Ces derniers mois ont été marqués par un bras de fer entre le gouvernement et les syndicats autour d’une hausse plus substantielle du salaire minimum. Les autorités affirment que leurs politiques protègent le niveau de vie des citoyens, tandis que les syndicats dénoncent des conditions de vie indignes pour les travailleurs. Où se situe la réalité ?

« Le salaire minimum net en Macédoine du Nord s’élève aujourd’hui à environ 420 euros, soit le deuxième plus bas de la région. Seul le Kosovo fait moins bien, avec 390 euros, mais il devrait nous dépasser dès juillet, lorsque son minimum passera à 450 euros. L’Albanie se situe autour de 460 euros, la Bosnie à 520, la Serbie à 560 et le Monténégro à 600 », explique Branimir Jovanović, chercheur à l’Institut de Vienne pour les études économiques internationales.

Selon les dernières données de l’Institut national de statistique, le salaire moyen net atteint 758 euros — l’un des plus faibles de la région. Cette situation pèse directement sur le pouvoir d’achat : d’après Eurostat, en 2024, il ne représente que 42 % de la moyenne de l’Union européenne. À titre de comparaison, l’Albanie affiche un niveau similaire, la Bosnie-Herzégovine est plus basse (35 %), tandis que le Monténégro (53 %) et la Serbie (52 %) font légèrement mieux. Pour Branimir Jovanović, le constat est clair : le citoyen moyen vit aujourd’hui à peu près comme il y a cinq ans.

« On peut l’illustrer en comparant le salaire moyen et le panier de consommation. En 2025, le salaire moyen atteint environ 45 000 denars, contre 27 000 en 2020, soit une hausse nominale de 70 %. Mais dans le même temps, le coût de la vie a explosé. En 2020, un ménage dépensait environ 61 000 denars par mois, contre 95 000 en 2025. Le salaire moyen couvre donc toujours moins de la moitié des dépenses. Autrement dit, même deux salaires moyens dans un foyer ne suffisent pas à couvrir les coûts mensuels », souligne-t-il.

Pas d’accord sur un SMIC à 600 euros

Plusieurs mois avant la revalorisation annuelle de mars, l’Union des syndicats de Macédoine (SSM), principale organisation syndicale du pays, a demandé une hausse du salaire minimum à 600 euros, ainsi qu’une augmentation d’au moins 100 euros des autres salaires. Elle s’appuie notamment sur le « panier syndical », qui estime les dépenses mensuelles d’une famille de quatre personnes à environ 1 100 euros.

Le gouvernement a rejeté ces revendications, transformant le désaccord en véritable confrontation. Les syndicats ont alors choisi de descendre dans la rue, organisant plusieurs manifestations, dont la plus importante s’est tenue le 14 mars devant le Parlement, la Chambre de commerce et le siège du gouvernement.

« Nous avons entamé notre lutte dans la rue et nous ne nous arrêterons pas tant que les salaires n’augmenteront pas. Ce mouvement envoie un message clair : les travailleurs n’ont plus peur et sont prêts à se battre ouvertement pour de meilleures conditions et des revenus plus élevés. Le temps où ils se taisaient et espéraient la compassion des institutions est révolu », a déclaré le président du SSM, Slobodan Trendafilov.

Trois jours avant cette mobilisation, le Premier ministre Hristijan Mickoski avait accusé la direction syndicale de politisation, affirmant qu’elle pataugeait dans le « marécage politique » de l’opposition. « S’ils demandent aujourd’hui 600 euros, demain ce sera 800, puis peut-être 1000. Le gouvernement est impuissant sur ce point : il s’agit d’un accord bipartite entre travailleurs et employeurs. Il ne vaut pas la peine de s’adresser au gouvernement », a-t-il déclaré.

Pour l’économiste Jovanović, l’augmentation des revenus devrait pourtant constituer une véritable stratégie d’État. « Il faut augmenter en permanence le salaire minimum et les salaires dans le secteur public afin de tirer vers le haut ceux du secteur privé. Les pensions doivent également être relevées, car elles sont très faibles, tout comme les aides sociales. Toutes les forces politiques et le secteur privé doivent comprendre que c’est bénéfique pour tous : plus de revenus signifie plus de consommation, donc davantage de ventes et de profits pour les entreprises. »

Un citoyen sur cinq reste pauvre

Au plus fort du débat sur les salaires et le niveau de vie, le Premier ministre s’est montré optimiste quant aux perspectives économiques. « L’an dernier, nous avons enregistré une croissance du PIB qui nous place parmi les cinq premiers en Europe. Si la tendance se poursuit en 2026, nous pourrions même figurer dans les trois premiers. Cela signifie que les effets se feront progressivement sentir pour les citoyens, avec une amélioration du niveau de vie et du pouvoir d’achat. »

En attendant, la population doit faire face à la hausse des prix des produits de base — alimentation, loyers ou carburants — qui frappe particulièrement les plus vulnérables. Selon les dernières données disponibles, le taux de pauvreté atteint 21,9 %. Les familles nombreuses et les parents isolés sont les plus touchés. Parmi les personnes en emploi, environ 8 % vivent sous le seuil de pauvreté, contre 45 % des chômeurs.

« Notre système manque de politiques bien conçues et adaptées aux besoins des citoyens : faciliter l’accès rapide au marché du travail, favoriser la transition de l’économie informelle vers l’emploi déclaré et assurer un accompagnement à long terme grâce à différents services. Dans ce contexte, la hausse du salaire minimum doit aussi permettre d’éviter le phénomène des travailleurs pauvres », explique au Courrier des Balkans Biljana Dukovska, présidente de la Plateforme macédonienne contre la pauvreté.

À l’approche du 1er mai, Journée internationale des travailleurs, une question reste entière : combien de temps encore les citoyens macédoniens devront-ils attendre pour voir leur niveau de vie se rapprocher réellement des standards européens ?