Blog • Serbie : « la parade de la force et de l’unité »

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Par Valentin Smoliak

© Министарство одбране Републике Србије

Le défilé militaire organisé par Vučić en Serbie, dans le contexte des manifestations étudiantes, poursuivait plusieurs objectifs stratégiques. Il s’agissait d’abord de répondre aux démonstrations de force croates, notamment le défilé du 31 juillet 2025, et de montrer la puissance militaire et l’autonomie stratégique du pays. Il visait également à renforcer l’image populiste de Vučić comme leader unique capable de guider la Serbie face à des défis internes et internationaux complexes.

Un accent particulier a été mis sur la multidirectionnalité : la combinaison de matériels russes, chinois, israéliens et français (notamment les Rafale) a généré un résonance électorale positive, tant auprès des partisans fidèles de Vučić, influencés par la propagande, que des électeurs plus indécis ou neutres.

Selon Euronews et le site officiel du ministère serbe de la Défense, étaient présents au défilé : le président serbe Aleksandar Vučić, le ministre de la Défense Bratislav Gašić, le chef d’état-major Milan Mojsilović, les responsables de l’Armée de l’air et d’autres services, le leader de la République serbe Milorad Dodik, des représentants des gouvernements de la République serbe, d’Albanie, de Lituanie, de Pologne, du Royaume-Uni, des États-Unis et d’autres pays, le général de l’Armée de l’air et des forces spatiales françaises Jérôme Bellanger, le directeur de la société israélienne de défense Rafael Amshai Shalev, le directeur général du groupe de défense des Émirats arabes unis EDGE Group Mohammed al-Shamsi. La participation officielle de hauts responsables chinois et russes n’a pas été confirmée, mais certains observateurs évoquent leur présence discrète.

La visite du général français Jérôme Bellanger est formellement neutre et protocolaire pour la France. Toutefois, la présence d’un haut responsable, non pas un attaché ou un adjoint, mais le chef d’état-major de l’Armée de l’air et des forces spatiales, prend une dimension symbolique : elle est perçue comme une reconnaissance et une légitimation de fait de Vučić au niveau international, renforçant par là même son autorité intérieure. Une telle légitimation avait déjà eu lieu auparavant, notamment lors de la vente des avions Rafale (29 août 2024), bien que le contrat ait été signé avant le début des manifestations étudiantes.

Aujourd’hui, la situation dans le pays s’est exacerbée, et toute délégation occidentale ou dialogue positif avec Belgrade « les yeux fermés » est interprété comme un cynisme particulier et une illustration de la dynamique négative dans le soutien à l’intégration européenne de la Serbie. Le silence de Bruxelles face à la répression des manifestations renforce le sentiment d’ignorance des violations des droits humains et illustre en même temps de manière claire le jeu géopolitique de l’UE dans la région des Balkans. L’UE cherche à maintenir la stabilité, en particulier dans les pays candidats à l’adhésion comme la Serbie, et une critique ouverte pourrait aggraver la crise intérieure et déstabiliser la situation. Ainsi, un état de malaise chronique mais modérément contrôlé satisfait pleinement l’UE dans le maintien du rythme stratégique de son élargissement.