Ivo Andrić, l’inoubliable auteur du Pont sur la Drina, prix Nobel de littérature 1961, qui a su allier de façon aussi fine le roman avec l’Histoire, savait également évoquer les tourments intimes de l’enfance et les six magnifiques nouvelles réunies dans le recueil Innocence et châtiment (édition des Syrtes, poche) nous font découvrir une autre facette du talent de l’immense écrivain.
Ivo Andrić (1892-1975) avait l’apparence austère et «ne se confessait à personne. Il ne gémissait pas quand il souffrait le plus », écrivait l’essayiste yougoslave Predrag Matvejevic dans le Monde. Il n’avait pas eu d’enfant. Aussi, la surprise et l’émotion sont grandes quand on découvre ces petits joyaux pleins de sensibilité et d’humanité. On ne peut s’empêcher de penser qu’une telle vision émue de cet âge de la vie, où toute trace d’humour, toutefois, est absente, trouve son origine dans une blessure très ancienne du jeune Ivo Andric devant le monde des adultes. Il ne peut en être autrement, tant le ton de ces courtes nouvelles est vrai et intense.
« Il faut toute une vie pour se guérir d’une enfance pareille », écrit-il dans « La vitre » à propos de ce jeune garçon frappé par son père pour un méfait qu’il n’avait pas commis.
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