En exclusivité mondiale, la TV romande a pu durant une période de trois semaines, réaliser un reportage dans ce pays si peu connu du monde occidental: l’Albanie.
Grâce aux relations qu’a su nouer le professeur Robert Escarpit, lors d’une mission culturelle dans ce pays, Pierre Demont et l’excellent journaliste Guy Ackermann ont eu le privilège d’entrouvrir pour nous les portes de l’allié de la Chine de Mao.
Comme toujours dans les régimes que nous appellerons « à parti unique », les cameramen et les journalistes ont eu infiniment de peine à donner un compte rendu exact de la situation. La censure veille et ce qu’on ne cache pas aux visiteurs trop curieux, on le prône avec une si évidente mauvaise foi que pour sentir battre le pouls de ces pays, il faut manifestement lire entre les images.
Si nous ne pouvons nous empêcher d’être remplis d’admiration devant les réalisations techniques considérables, les progrès indéniables dans tous les secteurs, agricole, industriel, scolaire, etc. Si, d’autre part, nous sommes éblouis par les différences minimes qui existent entre le salaire d’un petit ouvrier (l’équivalent de 660 de nos francs) et celui d’un P.D.G. d’une usine de 6000 ouvriers (l’équivalent de 920 francs). Si nous pouvons rêver au petit nombre d’automobiles toutes officielles d’ailleurs (il n’y a pas d’autos privées dans ce pays) et à la paix qui règne dans les rues. Si nous avons un élan vers cette jeunesse saine, studieuse, vers ces jeunes filles toutes naturelles, sans fards, sans robes aguicheuses, vers ces gars solides qui ont, semble-t-il, au fond du cœur un idéal. Si, enfin, à cause du peu de choix dans les magasins, dû à l’étatisation des commerces, l’argent perd de sa magie. Nous ne pouvons non plus accepter ce dieu de chair qu’est le « camarade » Enver Hodja, chef du parti albanais. Photographié, gravé, sculpté, peint, filmé sous tous les angles, ou du moins sous tous ses meilleurs aspects, il envahit les rues, les écoles, les lieux publics et les foyers. Et nous ne sommes pas sûrs qu’on ne place pas quelques-uns de ses portraits dans des lieux plus secrets.
Enfin des slogans partout. A vous en donner la nausée. Et ces petits gars d’à peine 15 ans qui vous débitent (en français pardon!) des niaiseries sur le parti… Jusqu’aux étudiants, choisis sans doute parmi les plus bêlants qui y vont de leur antienne. Tout ça c’est le côté lamentable, négatif, de l’endoctrinement politique. Mais en Albanie, les slogans se traduisent par des actes et le principal d’entre eux : « D’une main la pioche, de l’autre le fusil» est mis quotidiennement en œuvre par ouvriers, intellectuels et… écoliers.
Tous les intellectuels font un stage d’un mois en usine, chaque année. Une initiative qui donnerait à beaucoup chez nous, le sens des réalités. Chaque année aussi, écoliers et écolières rejoignent les rangs des travailleurs et hommes et femmes, jeunes et vieux sont superinstruits dans les arts martiaux.
Peut-être nos pays occidentaux pourraient-ils prendre de la graine dans cette éducation Spartiate. Apprendre à vivre plus sainement, avec en plus ce qu’ont perdu les pays communistes : le christianisme dans une pureté retrouvée. Ce qui nous vaudrait un slogan plus valable : « D’une main la pioche, et de l’autre la croix ».
Regardez le reportage dans les archives de la RTS.



