OTAN : un sommet crucial y compris pour les États des Balkans

En présence de Donald Trump, les Etats-Unis vont mettre une pression maximale sur les membres de l’OTAN lors de son sommet mardi et mercredi à La Haye. Mais est-il réaliste pour les pays des Balkans d’augmenter leurs dépenses militaires à 5 % de leur PIB ?

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OTAN

Alors que la guerre en Ukraine perdure, les appels à accroître les dépenses militaires s’intensifient sur le Vieux Continent. À La Haye, un sommet crucial de l’OTAN devrait entériner une augmentation spectaculaire du budget de défense de l’Alliance. En parallèle, l’Union européenne s’apprête à lancer de nouvelles initiatives dans le domaine de la défense, portant sur plusieurs centaines de milliards d’euros. Mais ces projets sont-ils réalistes ? Et quel rôle peuvent jouer les pays candidats à l’adhésion dans les Balkans ?

Le sommet de l’OTAN à La Haye est qualifié par beaucoup de moment de vérité pour l’Alliance. Il marque aussi la première participation du président Donald Trump depuis son retour à la Maison Blanche. La liste des sujets potentiellement conflictuels entre alliés est longue : frappes américaines en Iran, tensions au Moyen-Orient, guerre en Ukraine… Mais l’enjeu principal reste l’objectif d’augmenter les dépenses de défense de 2 à 5 % du PIB. Un seuil difficile à atteindre pour des pays déjà fortement endettés.

« Nous préférerions tous investir dans la santé, l’éducation ou le bien-être social. Mais sans paix ni sécurité, il n’y a pas de prospérité possible. Les Balkans le savent mieux que quiconque. »

Parmi eux figurent les membres de l’OTAN dans les Balkans occidentaux. L’Albanie et la Macédoine du Nord consacrent actuellement un peu plus de 2 % de leur PIB à la défense, le Monténégro atteignant 1,9 %. La Serbie, qui n’est pas membre de l’OTAN, y consacre environ 2,3 % de son budget – la proportion la plus élevée de la région. Passer de 2 à 5 % du PIB représenterait un défi considérable pour ces économies encore fragiles.

Oana Lungescu, ancienne porte-parole du Secrétariat général de l’OTAN, estime que cette hausse est incontournable pour garantir la sécurité en Europe. « Nous préférerions tous investir dans la santé, l’éducation ou le bien-être social. Mais sans paix ni sécurité, il n’y a pas de prospérité possible. Les Balkans le savent mieux que quiconque. Ce sont des décisions difficiles, mais presque tous les alliés reconnaissent qu’elles doivent être prises », affirme-t-elle.

Outre la guerre en Ukraine et le désengagement progressif des États-Unis au profit de la région indo-pacifique, Oana Lungescu évoque d’autres facteurs comme les menaces terroristes et la convergence des régimes autoritaires (Corée du Nord, Chine, Iran, Russie) qui justifient, selon elle, cette « décision historique ». Reste à savoir dans quel délai ces objectifs pourront être atteints. « Des négociations complexes auront lieu à La Haye, mais aussi dans les mois qui suivront », anticipe-t-elle.

Donald Trump a été clair : les États-Unis ne maintiendront leur rôle au sein de l’OTAN que si les Européens assument une part beaucoup plus importante du fardeau financier. Le secrétaire général de l’Alliance, Mark Rutte, justifie cette exigence par la menace russe. Selon lui, bien que l’économie russe soit 25 fois plus petite que celle de l’Union européenne, Moscou produit en trois mois plus de munitions que l’UE en un an. Des services de renseignement estiment que la Russie pourrait être prête à attaquer un pays membre de l’OTAN d’ici trois à cinq ans.

800 milliards d’euros d’ici 2030

Pris en étau entre une Russie offensive et une Amérique imprévisible, la plupart des gouvernements européens considèrent qu’ils n’ont pas d’autre choix que de renforcer leurs capacités militaires. Mais des divergences émergent : l’Espagne a déjà jugé irréaliste l’objectif de 5 %, et dans d’autres capitales, les débats s’intensifient. Le projet de la Commission européenne prévoit de mobiliser 800 milliards d’euros d’ici 2030 : 150 milliards via des prêts communs à taux préférentiels, le reste à travers des assouplissements budgétaires et des incitants fiscaux pour l’industrie de défense.

« L’UE cherche à créer de l’espace budgétaire pour permettre aux États membres d’investir dans la Défense. Mais elle mise aussi sur plus de coopération entre États, afin de mutualiser la production et d’en augmenter l’efficacité », explique Luigi Scazzieri, expert à l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne.

Une fracture pourrait cependant apparaître entre pays capables de suivre le rythme – comme la Pologne ou les États baltes – et ceux qui, comme l’Italie ou l’Espagne, en ont moins les moyens. David Carretta, correspondant à Bruxelles de la radio italienne, souligne que dans les pays qui ne perçoivent pas la Russie comme une menace existentielle, l’opinion publique est peu favorable à une hausse des budgets militaires.

« L’Allemagne ou la Pologne peuvent investir davantage. L’Italie, en revanche, redoute que l’explosion de sa dette publique ne provoque une réaction des marchés. Si les écarts de capacités militaires se creusent, cela pourrait devenir un problème politique majeur », prévient-il. Il redoute également que les populistes ou la propagande russe exploitent les craintes suscitées par le réarmement allemand dans certains pays européens.

Quelle place pour les Balkans candidats à l’adhésion ?

Le programme européen SAFE permet aux pays candidats comme la Serbie, la Bosnie-Herzégovine ou le Monténégro de participer à certains projets communs – sous conditions. Luigi Scazzieri précise : « Les pays candidats peuvent participer à des achats conjoints avec les États membres. Le second levier, plus complexe, concerne l’intégration de leurs industries de défense dans les chaînes de production. »

Le programme SAFE fonctionne sur le principe que la Commission européenne emprunte à la place des États, pour ensuite octroyer des prêts bonifiés. Toutefois, les règles exigent que 65 % des composants soient fabriqués dans l’UE. Les pays candidats peuvent participer, mais sans bénéficier directement de ces prêts.

Thomas Regnier, un porte-parole de la Commission européenne pour les questions de Défense, explique que ces pays peuvent contribuer jusqu’à 35 % à la production dans le cadre des achats communs. « S’ils veulent aller plus loin, ils doivent conclure un accord de partenariat en matière de défense et de sécurité avec l’UE, comme l’ont déjà fait plusieurs pays tiers. »

L’Europe s’arme, et les pays des Balkans cherchent à trouver leur place dans cet effort commun. Mais cette volonté collective pourrait être compromise par les craintes nationales, les niveaux d’endettement élevés et les ambitions militaires inégales.

Cet article a été rédigé dans le cadre de MOST – Media Organisations for Stronger Transnational Journalism, un partenariat journalistique financé par le programme Europe Créative qui soutient les médias indépendants spécialisés dans le reportage international.

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