Depuis quelques années, conséquence du réchauffement climatique, les départements du Dolj et de l’Olt, dans le sud de la Roumanie, sont frappés par la désertification. Ce phénomène est le résultat d’un manque de volonté politique et de collaboration entre les autorités, selon Gheorghe Popa. Le chercheur de l’Office pour les études pédagogiques et agrochimiques du Dolj (OSPA) rappelle qu’à l’époque communiste, une irrigation centralisée « avec des normes d’arrosage réduites, mais soutenues » prévenait les tempêtes de sable.
Au lieu de cela, les canaux d’irrigation ont été abandonnés avant d’être transformés en parcs photovoltaïques, dont le plus important couvre 600 hectares sur le canal Sadova-Corabia. Alors que le désert de sable ne cesse de grignoter du terrain et représente aujourd’hui environ 21% de la superficie du Dolj, Gheorghe Popa souligne l’importance des plants de protection : « L’acacia pousse très rapidement et peut faire barrage contre la dispersion du sable. La solution dépend aussi des habitants locaux. Or, tout le monde se fiche désormais de l’agriculture », déplore le scientifique, qui regrette « le manque d’entente entre les maires concernés ».
Agriculteur dans la région de Dăbuleni, Petrică Mogodeanu confirme qu’il a déjà affronté de véritables tempêtes de sable. Avec les canicules à répétition, la situation empire chaque été. Ses pastèques et ses tomates souffrent de la chaleur et du manque d’eau. Le cultivateur est le premier bénéficiaire d’un programme du ministère de l’Agriculture axé sur l’irrigation par aspersion, où les mécanismes d’arrosage sont conçus pour être indépendants grâce à l’utilisation de panneaux solaires. « Même si cela reste insuffisant, ces dispositifs nous aident beaucoup : je le mets en route avec une télécommande et l’arrosage dure deux ou trois heures. Mais le sable revient dès que le vent souffle. Si rien n’est fait, dans dix ans, au maximum, nous serons ensevelis sous le sable », prévient-il.
L’agriculteur attire également l’attention sur les opérations de défrichage du côté du Danube, un phénomène qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Selon lui, « le défrichage se fait hors de tout contrôle » entre les villes roumaines de Dăbuleni et Calafat. Ces coupes massives ont des conséquences sur l’environnement. « Allez sur les berges du Danube, et vous verrez des centaines de camions qui transportent illégalement du bois », alerte-t-il.
Kiwis et dattes d’Olténie
Célèbre dans toute la Roumanie pour ses pastèques particulièrement goûteuses, la région de Dăbuleni est en train d’expérimenter la culture de fruits exotiques comme le kiwi, la datte ou la banane. Ștefan Nanu, directeur de la station de recherche de Dăbuleni, assure que le changement climatique affecte dangereusement l’agriculture de la région. « Le climat a tellement été déréglé que certaines espèces précoces, comme la pomme, sont surprises chaque printemps par le gel tardif. Nous avons donc essayé d’introduire des espèces qui végètent, fleurissent et fructifient un peu plus tardivement. C’est le cas de la datte qui mûrit plus tard et ne risque pas d’être piégée par des basses températures printanières. »
Le jujube, datte rouge chinoise, est la première plante qui pourrait avoir un avenir en Olténie. Ștefan Nanu indique que le projet « est encore à l’étude, comme un très grand nombre d’espèces ». Parmi elles, certaines se comportent très bien, à l’image du jujube. « Nous avons aussi fait pousser des arbustes fructifères comme le kiwitier, le pistachier ou l’asiminier qui affichent de très bons résultats. »
La plantation d’arbres dans ce désert devrait être la solution la plus évidente. En réalité, les choses ne sont pas si simples car les ONG qui soutiennent les projets doivent obtenir l’accord des municipalités. Rebecca Popescu travaille au sein de l’association Avenir-Plus qui met en œuvre le programme de reforestation « Adopte un arbre » dans neuf localités du Dolj. « Ce département est celui où le programme est le plus présent », déclare-t-elle. « Sur Internet, des données ont popularisé ce Sahara d’Olténie, mais elles ne sont plus d’actualité depuis longtemps. On parlait de 100 000 hectares en 2011, mais l’extension annuelle est de 1 à 10 % en fonction des conditions météorologiques. »
Quand le vent se met à souffler, on ne voit strictement plus rien. C’est dramatique ce qui est en train de se passer.
« J’essaie de sensibiliser les gens sur le processus de désertification », poursuit la militante écologiste. « Je viens de la ville voisine de Craiova et je reconnais qu’il y a encore trois ans, je ne savais même pas qu’il y avait des dunes dans le Dolj. Lorsque je me suis engagée, je n’imaginais pas qu’il s’agissait d’un véritable désert. J’ai découvert une zone où l’on ne voit rien d’autre que du sable à dix kilomètres à la ronde. Quand le vent se met à souffler, on ne voit strictement plus rien. C’est dramatique ce qui est en train de se passer. »
Le grand public n’a pas encore pris en conscience du risque d’extension du désert. « Je connais le point de vue des autorités », poursuit Rebecca Popescu. « Nous travaillons beaucoup avec l’OSPA sur les sols. Cependant, les gens d’ici ne sont pas inquiets face à ce phénomène. S’il ne s’est rien passé jusqu’en 1990, c’est parce qu’il y a toujours eu des systèmes d’irrigation. Mais les gens sont indifférents, ils ne se rendent pas compte que les générations suivantes seront affectées. Ils ne se sentent pas immédiatement concernés par la désertification du Dolj. De manière générale, je ne crois pas qu’il existe une sensibilisation aux problèmes à long terme en Roumanie. »
Les actions de reforestation semblent néanmoins porter leurs fruits. Rebecca Popescu relève déjà « des herbes de 30 à 40 centimètres de haut » autour de plants de 2019 et 2020. « Ces plants donnent des fruits : ça fait maintenant le deuxième été que nous mangeons des mirabelles dans deux localités du Dolj. Mieux que ça : si on creuse à 20 ou 30 centimètres de profondeur, on voit que le sol est déjà en train de se refaire. »



