Le Musée des redditions sans condition

«Les réfugiés se divisent en deux catégories : ceux qui ont des photos et ceux qui n’en n’ont pas, m’a expliqué un réfugié bosniaque». L’auteure, Croate exilée, se classe dans la première catégorie. Tout au long de ce récit, elle feuillette son album de photos pour tenter de trouver une réponse à cette question lancinante «wo bin ich ?» – car «personne n’est plus comme avant et moi aussi j’ai changé». Heureusement, l’album reste un point de repère et lui rappelle sa mère, sa grand-mère et ses amies de l’Université. Exilée en Allemagne, professeur d’Université invitée au Portugal ou aux Etats-Unis, […]

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«Les réfugiés se divisent en deux catégories : ceux qui ont des photos et ceux qui n’en n’ont pas, m’a expliqué un réfugié bosniaque».

L’auteure, Croate exilée, se classe dans la première catégorie. Tout au long de ce récit, elle feuillette son album de photos pour tenter de trouver une réponse à cette question lancinante «wo bin ich ?» – car «personne n’est plus comme avant et moi aussi j’ai changé».

Heureusement, l’album reste un point de repère et lui rappelle sa mère, sa grand-mère et ses amies de l’Université. Exilée en Allemagne, professeur d’Université invitée au Portugal ou aux Etats-Unis, elle nous offre un portrait d’elle-même drôle et pitoyable. Au Portugal, son aventure sans lendemain avec un gigolo trop beau pour être honnête, lui apprend qu’elle n’est plus toute jeune et que ses meilleures années sont derrière elle. Mais c’est à Berlin, ville où elle retrouve beaucoup d’intellectuels qui ont fui l’ex-Yougoslavie ravagée par les guerres, qu’elle entraîne son lecteur dans une visite pleine de nostalgie. «Berlin est un terrain de fouilles archéologiques. Les strates temporelles s’empilent les unes sur les autres, les plaies cicatrisent lentement, les sutures sont grossières».

Ballottée, déchirée par les secousses de l’histoire, Dubravka Ugresic nous offre un beau roman, où entre rires et pleurs, colère et résignation, ses personnages essaient de découvrir enfin leur identité.

Le musée auquel le titre fait référence fut créé par les Soviétiques à Berlin pour rassembler les traces de la capitulation nazie du 8 mai 1945 : témoin d’une Allemagne qui n’existe plus, édifiée par une Union soviétique elle aussi disparue, il devient, sous la plume de Dubravka Ugresic, un lieu possible pour accueillir la mémoire fragmentée des exilés.

Traduit dans une quinzaine de langues, Le musée des redditions sans conditions prend déjà l’allure d’un classique de la littérature de l’exil.


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