« The Albanian Files » : Edi Rama ou la mégalomanie au pouvoir

Défié par une vague de contestation qui ne fait qu’enfler, Edi Rama publie un livre d’architecture à sa propre gloire… Quand gouverner devient une performance pemanente, au mépris des citoyens et des lois.

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« The Albanian Files » : Edi Rama ou la mégalomanie au pouvoir
© Facebook/ Lars Müller

On lui reproche de faire de l’Albanie son jardin de récréation. Dans The Albanian Files, imposant ouvrage de 800 pages publié aux éditions Lars Müller de Zürich, Edi Rama apparaît non seulement comme le chef du gouvernement, mais surtout comme le grand ordonnateur d’une Albanie transformée en galerie d’art à ciel ouvert.

Ce catalogue monumental réunit les projets de 60 studios internationaux d’architecture et révèle un mécanisme bien rodé : l’État ouvre la voie, les architectes déploient leur imagination et les investisseurs privés – souvent cités dans des enquêtes sensibles – financent. Le livre recense pas moins de 523 projets. Parmi eux, 57 sont déjà réalisés, 53 en cours et 47 en attente de permis. Dans 41 % des cas, le nom du commanditaire n’est pas mentionné. Entre marinas géantes, resorts de plusieurs centaines d’hectares et tours de 40 à 70 étages plantées au cœur de Tirana, le pays se couvre de projets spectaculaires. Des interventions qui touchent aussi bien la capitale que les zones côtières les plus convoitées, notamment autour du lac artificiel de Tirana ou sur le littoral.

Edi Rama recrute personnellement de nombreux architectes, comme il le faisait déjà à l’époque où il était maire de Tirana. Le cas de l’architecte américain Sam Chermayeff est emblématique. Le 1er mai 2024 à 22 heures, il reçoit un appel de son ami Pablo Bofill : « Edi va t’appeler. » Quelques instants plus tard, Adelajda Roka, directrice de l’Agence de Développement du Territoire, lui propose deux projets à Tirana, respectivement de 15 000 et 30 000 m². Sam Chermayeff accepte « sans vraiment comprendre ce qui se passait ». Quelques semaines plus tard, il est accueilli sur la piste de l’aéroport et conduit dans une villa baptisée « House of Comrades ». Il y rencontre trois hommes d’affaires aux G-Wagon, montres Richard Mille et bracelets Cartier, qui lui accordent carte blanche pour une tour de 44 étages. L’Américain les surnomme fièrement « our guys ».

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