Après Eugenia (Julliard, 2018), Mes pas dans leurs ombres (Mialet-Barrault, 2023) et Un mal irréparable (Mialet-Barrault, 2025), Lionel Duroy continue son exploration des contrées roumano-moldaves avec Une journée dans la vie de Maria Ivanova (Flammarion, 2026), un roman ramassé sur la journée du 20 octobre 2024, cruciale pour l’avenir de la Moldavie avec le premier tour de l’élection présidentielle et le référendum sur l’adhésion à l’Union européenne (UE).
Le Courrier des Balkans (CdB) : Il est question du pogrom de Iași dans Eugenia, de la Shoah en Roumanie dans Mes pas dans leurs ombres, de la déportation des minorités nationales du Banat roumain vers le Bărăgan dans Un mal irréparable et, avec Une journée dans la vie de Maria Ivanova, de la République de Moldavie. Quel est le fil rouge qui vous a conduit dans cette région ?
Lionel Duroy (L.D.) : J’ai commencé à découvrir les pays communistes à 17 ou 18 ans, à Berlin-Est puis en Pologne avec mon frère photographe. On voyageait en auto-stop. J’ai passé l’été de mes vingt ans entre Bucarest, Sofia et Berlin-Est. Je vais dans ces pays parce que mes parents étaient antisémites et que j’ai découvert l’existence d’Auschwitz très tardivement. La lecture de Kaputt, de Malaparte, a été très importante dans ma vie. J’ai eu des discussions approfondies avec mon éditeur de l’époque sur Malaparte et la façon dont il a traité le pogrom de Iași en 1941. J’ai accumulé de la documentation sur ce pogrom, très particulier parce que le climat de peur était tel qu’une population civile orthodoxe a réussi à massacrer une population juive presque sans l’aide de militaires. L’origine de mon immense curiosité pour ces pays est donc l’antisémitisme.
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