Un classique longtemps oublié est enfin republié en français. Léon
Davidovitch Bronstein, dit Trotsky, fut en effet journaliste, et comme
journaliste, il » couvrit » les guerres balkaniques de 1912-1913. Il avait
en effet été envoyé comme correspondant de guerre par la Kievskaia Mysl,
même, s’il publia aussi des textes dans d’autres journaux, comme Proletaryi,
l’organe du Parti bolchévique russe. Certains des textes regroupés ont une
vocation analytique. Trotski analyse ainsi le changement radical induit par
l’irruption des nationalismes balkaniques : » dans le passé, les diplomates
européens traçaient les frontières, avec leurs griffes, sur les cartes
géographiques des pays balkaniques, et ainsi décidaient, selon leur bon
plaisir, du destin des nations. À présent, c’est au tour des peuples
balkaniques de faire irruption dans l’histoire et de saisir de cette
question « . Militant révolutionnaire, Trotsky s’intéresse tout
particulièrement au développement des social-démocraties serbe et bulgare,
mais le militant sait souvent laisser la première place au journaliste. » Un
homme de soixante-dix ans au crâne fracassé, des milliers de femmes et
d’enfants morts de faim, des tchétniks révolutionnaires devenus des
brigands, un surintendant de la police protecteur des voleurs : tel est le
tableau de la vie sociale dans les provinces libérées « , écrit-il à propos
de la Macédoine. Lorsque Trotsky se contente de faire entendre la voix des
soldats qui reviennent du front, l’envoyé spécial de la Kievskaia Mysl
soutient bien la comparaison avec d’autres reporters de la même époque,
comme Albert Londres. La riche édition fournie par les éditions Science
marxiste, enrichie d’un précieux appareil de notes et d’un index, comble
enfin une grande lacune dans la bibliographie française des questions
balkaniques.
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