Grèce : «la guerre est à nos portes»

À Athènes, l’inquiétude grandit tandis que s’intensifie la guerre au Moyen-Orient. Beaucoup de Grecs redoutent que le pays soit entraîné dans le conflit. Entre déploiements militaires, tensions régionales et risques économiques, l’idée d’une guerre « à nos portes » se répand.

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La frégate Kimon envoyée au large de Chypre
La frégate Kimon envoyée au large de ChypreDR

Selon un sondage réalisé le 11 mars pour la chaîne de télévision SKAÏ, la population grecque s’inquiète d’abord des répercussions économiques de la guerre au Moyen-Orient. Près de 39 % des personnes interrogées citent la hausse des prix et les perturbations économiques comme principale source d’inquiétude. L’éventualité d’une implication militaire de la Grèce arrive en deuxième position (23 %), suivie par la peur de troubles sociaux (18 %). Malgré ces préoccupations, une large majorité des sondés – 72 % – jugent positivement les actions entreprises par Athènes pour protéger Chypre, après que l’île de Méditerranée orientale a été ciblée par des drones de fabrication iranienne.

Ces derniers jours, le gouvernement conservateur grec a multiplié les initiatives militaires. Après une attaque de drones contre la base britannique d’Akrotiri, sur l’île de Chypre, Athènes a décidé d’envoyer quatre chasseurs F-16 pour contribuer à la surveillance de l’espace aérien chypriote. Deux navires de guerre ont également été dépêchés dans la zone, dont la frégate Kimon. Des batteries de missiles Patriot ont par ailleurs été positionnées dans plusieurs zones stratégiques du pays, notamment sur l’île de Karpathos, proche de la Crète où se trouve la base américaine de Souda, mais aussi en Bulgarie.

Le ministre grec de la Défense, Nikos Dendias, assure que ces mesures visent uniquement à protéger les infrastructures militaires et les zones urbaines, mais aussi à renforcer la sécurité de Chypre et de certains pays de la région. Dans le cadre de l’OTAN, l’aviation grecque effectue également des vols de surveillance au-dessus de la Macédoine du Nord, de l’Albanie et du Monténégro.

Des actions «purement défensives» ?

Le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis insiste sur le caractère « purement défensif » de ces actions. Pourtant, cette stratégie suscite des critiques au sein de l’opposition. Des partis de gauche et certaines formations souverainistes accusent le gouvernement de risquer d’impliquer le pays dans une guerre qui ne le concerne pas directement. Ils pointent notamment le rôle stratégique des bases militaires utilisées par les États-Unis et l’OTAN sur le territoire grec, comme celles de Souda en Crète ou d’Alexandroupoli dans le nord du pays. Des organisations anticapitalistes et antifascistes avaient organisé, la semaine dernière, plusieurs manifestations devant l’ambassade américaine à Athènes pour dénoncer l’implication croissante du pays dans les opérations au Moyen-Orient.

Au-delà de la dimension militaire, les craintes portent surtout sur les conséquences économiques d’un conflit prolongé. L’économie grecque reste particulièrement sensible aux crises internationales : elle dépend fortement des importations d’énergie, du tourisme et du commerce maritime. Une hausse durable des prix du pétrole pourrait peser lourdement sur le pouvoir d’achat des ménages et sur les coûts de production des entreprises.

Les premiers effets se font déjà sentir à la pompe. Le prix du sans-plomb 95 a augmenté de plus de dix centimes le litre en moins de deux semaines, tandis que le diesel a connu une hausse encore plus marquée. Pour limiter les effets de cette flambée, le gouvernement a instauré un plafonnement temporaire des marges bénéficiaires sur les carburants et sur une soixantaine de produits alimentaires en supermarché. La mesure doit rester en vigueur jusqu’à la fin juin afin d’éviter toute spéculation.

Navires grecs dans le Détroit d’Ormuz

Pour l’opposition de gauche, ces dispositions restent insuffisantes. Le parti de gauche Syriza souligne que la Grèce demeure l’un des pays de l’Union européenne où les taxes sur les carburants sont les plus élevées, et estime que la hausse actuelle des prix est avant tout liée à la fiscalité et aux marges des raffineries, dans un contexte de tensions internationales sur les marchés de l’énergie.

Le secteur maritime, pilier de l’économie grecque, se retrouve lui aussi directement exposé à la crise. Dans le détroit d’Ormuz et ses environs, selon les autorités grecques, environ dix navires battant pavillon grec – et plus de 300 appartenant à des intérêts grecs – se trouvent encore dans la région. Les syndicats de marins qui ont manifesté ces derniers jours devant le ministère de la marine dénoncent une situation dangereuse, réclament le retrait immédiat des équipages du Golfe et que les armateurs grecs n’envoient plus de navires dans cette zone de guerre.

Enfin, l’incertitude géopolitique pourrait également peser sur le tourisme, un autre moteur de l’économie nationale. Les tensions militaires dans la région risquent d’inquiéter certains voyageurs et de fragiliser une saison estivale cruciale pour la croissance. À Athènes, la crainte est aussi celle d’attentats terroristes qui pourraient aussi affecter grandement le secteur touristique soulignait le quotidien de gauche Efsyn le 3 mars. Son titre résumait l’angoisse ambiante : « la guerre est à nos portes ».

Cet article a été rédigé dans le cadre de MOST – Media Organisations for Stronger Transnational Journalism, un partenariat journalistique financé par le programme Europe Créative qui soutient les médias indépendants spécialisés dans le reportage international.

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