Depuis le balcon de Gorica, l’un des villages suspendus de Dropull, l’aube semble appartenir à un autre monde. À cette heure où le soleil n’effleure encore que les sommets, la vallée du Drinos s’étire dans un silence presque irréel. Protégée par les massifs du Mali i Gjerë (« la Montagne Large »), du mont de Lunxhëria et du mont de Buretos, elle donne l’impression de contempler le monde depuis son toit. Dominant la région de ses quelque 1 800 mètres d’altitude, le Mali i Gjerë descend en pentes douces vers Gjirokastër et les villages de pierre de Dropull. Les premiers rayons du soleil glissent sur les champs, les vergers et les clochers, tandis que les montagnes dessinent, au loin, la frontière naturelle entre l’Albanie et la Grèce.
Ici, la géographie façonne l’identité. Les montagnes ne sont pas seulement un décor : elles protègent une terre où se croisent depuis des millénaires cultures, langues et traditions. Connue dans l’Antiquité sous les noms de Dhrinopoleos ou Dheropoli, la région doit son nom à Dryinoupolis, la « cité des chênes ». Non loin de là s’élevait Adrianopolis, importante cité romaine fondée sous l’empereur Hadrien, dont subsistent encore les vestiges d’un théâtre, de thermes et d’un temple.
Un patrimoine menacé mais vivant
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