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La Macédoine va-t-elle reperdre le Nord ?

En juin 2018, les Premiers ministres grec et macédonien, Alexis Tsipras et Zoran Zaev, trouvaient un accord mettant fin à 27 ans de conflit entre Athènes et Skopje autour du nom de «Macédoine du Nord». Une appellation que la nouvelle présidente de la République, Gordana Siljanovska-Davkova, élue le 8 mai 2024, a refusé d’utiliser, au risque de rallumer le conflit avec la Grèce.

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Les dates clés :

8 septembre 1991 : Référendum pour l’indépendance de la République de Macédoine.

Avril 1993: Admission à l’Onu sous le nom provisoire d’Ancienne république yougoslave de Macédoine (ARYM/ FYROM).

1995: Signature d’un accord avec la Grèce, sous la pression américaine, qui permet la levée de l’embargo qui asphyxiait jusque-là le pays. Dans le même temps, Skopje adhère au Conseil de l’Europe et à l’Osce, ainsi qu’au partenariat pour la paix de l’Otan.

Juillet 2017 : Reprises des relations diplomatiques avec Athènes sur de nouvelles bases après la formation du gouvernement social-démocrate de Zoran Zaev.

14 et 21 janvier 2018 : Le camp nationaliste grec mobilise à Thessalonique et à Athènes. Plusieurs centaines de milliers de personnes dénoncent le « bradage » du nom de Macédoine par le gouvernement d’Alexis Tsipras.

3 mars 2018 : La diaspora macédonienne, traditionnellement proche du camp nationaliste manifeste dans le monde entier contre tout changement de nom. Le plus grand cortège rassemble 30 000 personnes à Sydney.

17 juin 2018 : Athènes et Skopje signent l’accord sur le nouveau nom de « République de Macédoine du Nord ».

30 septembre 2018 : Référendum en Macédoine. La question : « Êtes-vous pour l’adhésion à l’Union européenne et à l’OTAN, en acceptant l’accord entre la République de Macédoine et la République hellénique ? » Pour être validé, la participation devait atteindre la barre des 50%, elle n’a été que de 36,91%.

Janvier 2019 : Les Parlements des deux pays ratifient l’accord.

8 mai 2024 : Gordana Siljanovska-Davkova, la candidate du VMRO-DPMNE, est élue présidente de la République. Dès sa cérémonie d’investiture, le 12 mai, elle refuse d’employer l’appellation de Macédoine «du nord».

La Macédoine dans l’Otan : le risque d’un veto grec
Quelle idée se faisait-on à la fin des années 1990 sur les manifestations monstres de Thessalonique ou Athènes au début de la même décennie contre le nom constitutionnel de son voisin septentrional qui venait de proclamer l’indépendance ? La parution du livre de Nikos Kalampalikis intitulé Les Grecs et le mythe d’Alexandre : étude psychosociale d’un conflit symbolique à propos de la Macédoine permet de porter un regard quelque peu différent sur ce que l’on appelle en Grèce l’« affaire macédonienne »[[Maître de conférences à l’Institut de psychologie de Lyon II, l’auteur de ce livre dispense au lecteur un véritable cours de psychologie sociale. Son exposé est fort instructif pour ceux qui étudient cette discipline mais pas toujours pertinent pour ceux qui veulent en savoir plus sur le sujet traité, sujet qui constitue un cas d’école en la matière et qui se prête donc aux interprétations psychologiques les plus diverses. On ne comprend pas à quoi bon recourir à des références savantes et à des techniques d’analyse sophistiquées pour aboutir à des explications du même ordre que celles que le lecteur de ce genre d’ouvrage peut trouver tout seul au simple énoncé des faits. En fin de compte, on a un peu le sentiment que, si l’« affaire macédonienne » confirme avec brio le bien-fondé de tel ou tel aspect des théories ou des observations d’un Maurice Halbwachs, d’un Serge Moscovici et de tant d’autres auteurs cités par N. Kalampalikis, ces théories et ces observations n’apportent pas d’éclairage particulier sur l’« affaire ». Ces réserves mises à part, le livre est passionnant comme j’essaierai de le montrer ici avant de formuler quelques observations.]].