C’est un véritable roman culte – au moins sur la scène littéraire alternative croate – que les éditions théatroom noctuabundi viennent de publier en traduction française : Constantin Craintdieu (Konstantin Bogobojazni). Un roman où l’on parle beaucoup de sexe, de nourriture et de police.
Ce roman raconte les aventures d’un poète zagrébois, qui erre de bistro en boites de nuit dans les redoutable années 1990… On parle beaucoup de « peuple minoritaire », et ce n’est qu’au bout de quelque pages que l’on comprend que le « peuple minoritaire » est devenu « majoritaire » dans un nouvel État, ce qui a pour conséquence immédiate que « l’autre peuple » devient, à son tour, « peuple minoritaire »… Il faut aussi quelque pages pour que le narrateur nous dévoile sa lente et tardive prise du conscience de son appartenance à ce « peuple minoritaire »….
Le poète Simo Mraović est décédé des suites d’une longue maladie en novembre dernier.
Le point de vue l’éditeur :
Publié à peu d’exemplaires dans des circonstances assez inhabituelles chez l’éditeur zagrebois SKD Prosvjeta, Constantin Craintdieu fut à l’origine de l’un des plus grands scandales littéraires de l’après-Tudjman. Ce roman, qui décrit sur un ton ironiquement frivole la première moitié des années quatre-vingt-dix, durant laquelle ce poète enjoué issu du « peuple minoritaire » se cache de la police militaire en se réfugiant chez ses maîtresses, dans les bars et les boîtes de nuit, irrita profondément la critique institutionnelle. L’auteur fut traité d’individu sans scrupule, et ce texte complètement inoffensif fut comparé aux plus sombres machinations littéraires jamais élaborées dans les bureaux des renseignement généraux. Mais le premier tirage fut épuisé presque aussitôt après sa parution et continua ensuite de circuler de la main à la main, tel un samizdat ou une cassette vidéo au contenu proscrit… Ce roman nous raconte les errances d’un jeune poète qui, plongé dans la brutalité des années quatre-vingt-dix, dresse une topographie précise, priapienne et souterraine de la « bienveillante ville de Zagreb ».
À propos de Constantin Craintdieu :
« En ces sombres temps, il aurait été plus facile de se débarrasser de l’auteur et de son protagoniste que de les amputer de leur joie de vivre. Constantin Craintdieu est un excellent livre, et qui plus est, important, car c’est le premier roman qui décrit l’atmosphère en 1991, ainsi que les sentiments éprouvés à peu près partout et tout le temps par les membres de la minorité, qu’elle qu’elle soit. J’admire Mraovic et je lui en veux sincèrement de ce don de joie divin, dans l’esprit du brave soldat Svejk. » (Miljenko Jergović)
« Mraović à déjà publié cinq recueils de poésie très appréciés et un roman dénué de prétention, qui peut se prévaloir d’un humour et d’un érotisme sains. » (Ana Grbac)
« L’ambiance du début des années quatre-vingt-dix du point de vue d’un membre urbain du ‘peuple minoritaire’ ». (Rade Jarak)
« Il y a bien longtemps que je n’ai pas senti tant d’intelligence, de lucidité, de beauté, d’honnêteté, de folie et de charme ! (Dermano Senjanović)
« Un récit d’aventures sexuelles, amicales et familiales, important et plein d’humour à une époque où le mieux eût été d’être invisible ». (Nataša Petrinjak)
« Constantin Craintdieu est un texte qui restitue à nos contrées désertiques, ainsi Zagreb, leur éclat perdu et la noblesse de l’écriture ». (Ahmed Burić)



