Conflits, confiance, démocratie

L’ouvrage présente les résultats du colloque « Conflits, confiance, démocratie » qui s’est tenu à Sofia le 5-7 septembre 2003 avec la participation de chercheurs de treize pays (Bulgarie, Belgique, Canada, Congo, Côte d’Ivoire, France, Grèce, Macédoine, Sénégal, Pologne, Suisse, Togo, Turquie). Ce colloque a pu être réalisé grâce au soutien du Fonds de recherche…

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Pathologie, facteur de désintégration des rapports sociaux ou phénomène social normal au même titre que la transgression des règles? La théorie oscille encore entre ces deux pôles.

Le conflit est à la base de la thématisation du social. De Héraclite «le conflit est le principe ou le père de toutes les choses» en passant par Hobbes « la guerre de tous contre tous » on continue à se demander si le conflit est antérieur à la société ou en est l’essence. Les divergences disparaissent en ce qui concerne la caractéristique principale de notre époque, notamment, que la société moderne est une société conflictuelle. Si la communauté est associée à la concorde, la fraternité et l’amitié, la société est inextricablement liée aux rivalités, contestations, conflits.

Une société entièrement régularisable n’existe pas et ne peut être qu’idéal totalitaire. La liberté réside dans cette faille.

L’ambiguïté du conflit est qu’il est à la fois facteur de destruction et de désintégration, ainsi que d’innovation et de créativité. Cette ambiguïté croît du fait que la culture agônophile, le plaisir du combat, l’esthétisation du conflit englobent ces deux dimensions opposées. Des Croisades au Djihad et aux kamikazes, on découvre la même vénération du héros – mi-dieu, mi-homme.

La construction des nouvelles sociétés passe par une redéfinition du conflit. Le tissu social communiste était conçu de manière à éradiquer toutes les différences (sociales, culturelles, de genre). N’est permis que ce que la règle permet, le reste est interdit. Le post-communisme essaie de remplacer cette conception par celle de la société ouverte: est permis tout ce qui n’est pas interdit. Ce qui reste à découvrir est le conflit dans son double visage de Janus.

L’accent trop instrumental sur la résolution des conflits obscurcit la distinction entre le polémique et l’agonal (J. Freund), conflit violent et conflit non violent. Elle empêche une conceptualisation du conflit dans la diversité de ses expressions : destructrice, mais aussi créatrice et intégratrice.

Le présent ouvrage continue cette réflexion dans plusieurs dimensions : la nature des enjeux ; la distinction entre antagonismes, contradictions, antinomies, incompatibilités, lutte et combat, violence directe et violence non directe, conflit symétrique et conflit asymétrique; l’institutionnalisation et la régulation des conflits ; la prévention.

La démocratie est compatible avec des sociétés plus contestataires (France) et plus consensuelles (Pays Bas). L’approche à la résolution des conflits est fonction d’une autre variable – la confiance.

A la différence du conflit qui jouit d’un grand intérêt, même exagéré, de la part de leaders, décideurs, chercheurs, la confiance se fait plus discrète, avec moins de publications, cours universitaires, colloques. Elle reste, pourtant, un élément clé de la culture démocratique. Son absence ouvre un large espace aux visions de conspiration, à l’exagération des risques, au non respect des institutions et des règles du jeu. Plus présente dans les pays à tradition protestante, plus fragile dans des sociétés à tradition catholique et orthodoxe, elle tisse les liens sociaux qui assurent la base nécessaire à l’implantation et à la consolidation de la démocratie.

La thématique se décline en trois axes :
– Confits évacués, conflits éclatés
– Confiance, capital social, culture
– La démocratie à l’épreuve des conflits ou comment bâtir la confiance.

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