Personnages :
NICOLAS, un professeur de lettres usé par le quotidien qui consacre ses nuits à traduire clandestinement un auteur croate méconnu
MIROSLAV KRLEŽA, le fantôme caustique et désinvolte de cet écrivain d’Europe centrale qui hante l’atelier de Nicolas.
ÉLÉNA, élève de Nicolas, une adolescente rebelle et lucide en rupture de ban qui bouscule les certitudes.
Acte I
Le sous-sol-atelier. Une obscurité étouffée par des remparts de livres et de papier. Depuis une lucarne, un halo jaune tombe sur Nicolas, penché sur sa double peine : les copies de bac pro et une phrase de Krleža.
NICOLAS (marmonnant, le stylo rouge serré) : Non… Encore un contresens. « Nikome još do danas današnjega nije samo od sebe prevagnulo, illustrissime ! » traduite par « À personne, jusqu’à ce jour, rien n’a encore penché de soi-même, illustrissime ! » Si je mets ça, je pleure. Si je mets « marché » pour « prevagnulo », je perds tout. Ce n’est pas une promenade, bon sang… (Il s’arrête, le front collé au bord du bureau. Après encore un temps de réflexion, lâchant son stylo dans un geste d’impatience) Qu’est-ce que je fous là ? Quatre heures du matin… Dans trois heures, faut que je sois devant trente-cinq élèves de terminale pro qui s’en fichent de la chute de l’Empire austro-hongrois. Et je viens encore de passer une nuit à ressusciter un dramaturge croate. C’est du masochisme. Un fonctionnaire au bout du rouleau.
(Une volute de fumée âcre se matérialise. Le fantôme de Miroslav Krleža apparaît, assis sur le bureau, balançant une jambe avec désinvolture).
KRLEŽA (d’une voix de stentor feutrée) : Mais quel panégyrique de la misère, mon cher Nicolas ! Tu te lamentes comme un poète maudit romantique. Non, tu n’es pas un martyr, tu es juste dramatiquement lucide.
NICOLAS (sursautant à peine, le regard vitreux) : Oh, vous revoilà. Je suis à découvert de deux mois chez Prozor. Les frais d’impression de votre dernier recueil ont achevé mon compte. Le distributeur m’a appelé : il remballe les invendus.
KRLEŽA (se levant, arpentant la pièce) : Le distributeur te boude ? Quel drame ! Mais qui voudrait de nos drames funèbres dans un pays qui ne jure que par le boulevard ? La France est un salon bourgeois, Nicolas. Elle aime le thé tiède et les biscuits sucrés. Moi, on me lit à Vienne, Buda, Zagreb ! Ici, je sers juste à caler une armoire.
NICOLAS (posant brutalement son stylo) : Je tente de vous faire exister ici ! Prozor, une fenêtre en croate. Des années que je me bats avec vos phrases-fleuves, avec vos subordonnées qui s’emboîtent comme des poupées russes… Pour quoi ? Pour vendre trois bouquins à des bibliothèques et un à un vieux prof de croate probablement mort cet hiver. À quoi bon, Miroslav ?
KRLEŽA (s’arrêtant net, le poing sur le cœur) : Ne crache pas sur ces trois exemplaires. C’est le seul bouclier contre l’amnésie. Le jour, tu expliques le participe passé à des mômes hyper-connectés ; la nuit, tu fais le passeur d’âmes. Un destin splendide et ridicule. Eh oui, mon cher petit Don Quichotte, mes seuls héros qui valent le coup savent qu’ils se battent pour du vent.
Nicolas traîne les pieds vers la cafetière italienne, en verse un fond noir dans une tasse ébréchée, puis se hissant sur la pointe des pieds jette un œil par la lucarne qui se trouve au ras du trottoir : tout au long de la pièce, des jambes pressées passeront parfois sous la pluie.
NICOLAS (soufflant sur son breuvage, la voix rauque) : Le problème, c’est que je m’essouffle. La langue française est trop propre. Prends cette réplique : « donja čeljust tako se abnormalno ovjesila, kao da mu laloke vise same od sebe i melju zrak. ». Littéralement : « La mâchoire inférieure s’était ainsi anormalement affaissée, comme si ses bajoues pendaient d’elles-mêmes et broyaient l’air. » « Broyaient l’air » ! Si je mets ça à Paris, ça fait trop lourd, ça ne passe pas. Et si j’édulcore, je te trahis.
KRLEŽA (souriant, s’approchant à pas feutrés) : Cherche le mot qui clashe et qui claque ! Tu connais la chanson : Traduttore, traditore ! Tu sais bien que la traduction est toujours un acte de piraterie. Tu abordes le navire et tu t’empares du chargement. Oh ! Ne sois pas donc si poli, j’étais un révolutionnaire, pas un académicien ! Lâche-toi un peu !
NICOLAS (s’asseyant brusquement, s’acharnant sur sa page) : Ses bajoues mâchaient l’air… Ses mâchoires mordaient le vide ? Non… Vingt ans de moins et j’y aurais peut-être cru. D’instinct. Mais j’ai maintenant l’âge où l’on compte ses trimestres.
(Un coup sec et brutal retentit contre la porte en bois du sous-sol).
NICOLAS (sursautant, l’œil affolé à sa montre) : Cinq heures… Les impôts ? Un huissier ?
KRLEŽA (souriant narquoisement) : Ouvre donc. La vie s’invite parfois là où on ne l’attend pas.
Nicolas ouvre la porte avec précaution. Dans l’embrasure, transie et boudeuse : Éléna, dix-sept ans, sweat à capuche noir, sac bourré de cahiers, les joues rougies.
NICOLAS (stupéfait) : Éléna ? Qu’est-ce que tu fais là à cette heure ? À ton âge, tu devrais encore dormir ! Tes parents…
ÉLÉNA (entrant d’un pas décidé) : Chez moi ? Avec ma mère qui hurle et le réveil dans deux heures pour un cours de gestion que je ne supporte plus ? Non merci. J’ai vu de la lumière à travers la grille. Vous êtes le seul idiot de la ville à bosser ici la nuit.
NICOLAS (essayant de masquer ses manuscrits avec un vieux pull) : C’est mon espace privé, c’est irresponsable ! Tu retournes…
ÉLÉNA (s’arrêtant devant une affiche de théâtre) : Prozor-Éditions… C’est ça votre truc secret ? Vous avez lâché l’affaire l’autre jour en disant que la littérature sauvait de quelque chose. Vous parliez d’une fenêtre, ou je ne sais plus trop quoi… Je voulais voir. Ça ressemble plutôt à la cave d’un receleur.
KRLEŽA (contournant Éléna, l’œil brillant) : Une rebelle. Elle n’a ni respect pour les hiérarchies ni pour les morts. Écoute-la, Nicolas.
NICOLAS (ignorant le fantôme) : Éléna, non, tu repars sur-le-champ. C’est un ordre.
ÉLÉNA (croisant les bras, inflexible) : Pas question. Je veux comprendre pourquoi un prof de lettres passe ses nuits à corriger des textes introuvables. Vous vendez quoi ? (Se mettant à farfouiller partout). Du désespoir en kit ?
(Consternation de Nicolas, rires du fantôme).
(Noir rapide. Fin de l’Acte I).
Acte II
Le sous-sol, une heure plus tard. Le café a bouilli à sec, une odeur âcre pique la gorge. Nicolas se prend la tête dans les mains.
NICOLAS (soufflant) : Tu es hors des clous, Éléna. Un prof qui héberge une gamine de dix-sept ans en fugue à cinq heures du matin, c’est direct le blâme au rectorat.
ÉLÉNA (haussant les épaules) : Je ne suis pas en fugue, je fais une pause. Loin d’Excel. (Elle feuillette un livre) Miroslav Krleža… Ça se prononce comment ? « Ker-lé-ja » ? On dirait un méchant de film serbe.
KRLEŽA (amusé) : Oh ! L’outrage est savoureux ! Elle a du cran.
NICOLAS (ignorant le spectre) : C’est un géant de l’Europe centrale. Il écrivait sur l’effondrement des empires, la bêtise des bourgeois…
ÉLÉNA (sec) : Bref, ultra joyeux pour un lundi matin de pluie. Et Prozor, ça rapporte quoi ? Zéro euro cinquante ?
NICOLAS (piqué au vif) : C’est un acte de résistance ! Faire connaître des grands auteurs que le marché refoule. C’est important. L’argent ne compte pas.
ÉLÉNA (le fixant droit dans les yeux) : Ouais… en fait, vos bouquins pourrissent en silence. Personne ne les lit. Même à la bibliothèque du lycée, le carton de l’an dernier prend la poussière. Votre truc, ce n’est pas une fenêtre : c’est un bunker.
(Le silence retombe, lourd, troublé par le bourdonnement du radiateur).
KRLEŽA (s’approchant de Nicolas) : Aïe. Je crois qu’elle a logé le fer là où ça fait mal. Mon pauvre ! Toi qui préfères tellement la pureté rassurante de l’échec…
NICOLAS (la voix sourde) : Tu ne peux pas comprendre, Éléna… Faire tenir un monde dans une autre langue sans qu’il ne se brise… (Devant la perplexité de l’adolescente, il pousse une feuille vers elle) Traduis-moi ça, si tu te crois si maligne.
ÉLÉNA (frissonnant, se rapprochant) : Qu’est-ce que c’est que ce charabia ?
NICOLAS :Une réplique de Krleža justement : « Ne znaju da jedan Ferenczy László ne vrijedi ni pišljiva boba ».
ÉLÉNA (lisant phonétiquement) : « Ne znajou da gedan… pisel- giva boba… » Ça veut dire quoi ?
NICOLAS :Littéralement : « Ils ne savent pas que cela ne vaut même pas une petite fève véreuse ». Mais ça va pas, tu comprends, « une petite fève véreuse », en français, c’est complètement nul.
KRLEŽA (murmurant à l’oreille d’Éléna) : Allez, dis-lui la vérité de ta génération, petite. Ne le laisse pas s’embourber.
Éléna garde un moment le silence, tournant la feuille entre ses doigts tachés d’encre.
ÉLÉNA (le regard sombre) : La valeur… d’un haricot. (Elle s’assoit sur le coin du bureau, attrape un feutre et biffe la traduction) Si on disait les choses comme elles sont ? Pas avec vos mots de vieux prof. Il ne reste pas « une petite fève ». Il reste rien qui ait de la valeur… comme une larme qui ne brille même plus.
NICOLAS (écarquillant les yeux) : Une larme ? Mais ce n’est pas sérieux ! Une larme ! Pour la mauvaise croûte d’un mauvais peintre ? Et puis, tu trahis Krleža, ce n’est pas ce qu’il dit !
ÉLÉNA (réfléchissant) : Non, mais c’est peut-être ce qu’il ferait dire à quelqu’un qui parle français… le poids d’une larme séchée…
KRLEŽA : Le poids d’une larme ? D’une larme séchée ?… (éclatant de rire) Oui ! Le poids d’une larme ! Cela sèche si vite, une larme. Par tous les saints de Zagreb, elle a touché dans le mille ! Qu’est-ce que l’insignifiance, sinon le poids d’une vieille larme sur nos souvenirs ? Pišljiva boba, c’est bien une inanité !
ÉLÉNA (d’une assurance insolente) : Voilà : « Cela ne vaut même pas le poids d’une larme séchée ».
NICOLAS (hésitant encore) : Ça sonne un peu superficiel, mais… c’est le vide qu’on ressent quand rien ne nous retient plus.
KRLEŽA :Quelle belle fulgurance !
NICOLAS (pensif) : « Le poids d’une larme séchée… » (Il s’arrête, pèse les mots. Son visage se détend). Incroyable… La syntaxe est simple, mais la brutalité du mépris y est… En fait, une trahison qui fonctionne.
ÉLÉNA (souriant un peu, fière de son effet) : Pas besoin d’avoir fait Polytechnique pour comprendre qu’un texte doit mordre un peu. Faut taper dans la punchline, m’sieur.
KRLEŽA(à Nicolas) : Voilà enfin, tu traduis.(Puis s’inclinant devant Éléna) : Chapeau bas, mademoiselle.
Nicolas referme son carnet d’un coup sec, une lueur d’énergie ranimée dans le regard.
NICOLAS (se levant d’un bond, consultant sa montre) : Six heures. Dans deux heures, je fais cours à une classe. Et toi, tu vas retourner en cours de gestion.
ÉLÉNA (se levant, ramassant son sac) : Et pour le bouquin ? Il sort quand ?
NICOLAS (souriant malgré lui) : Le mois prochain. Et je mettrai peut-être ta formule. Retapée, bien sûr, question de droits d’auteur.
ÉLÉNA (sur le seuil) : Je surveillerai les bacs de la bibliothèque. (Elle s’arrête). Et merci pour le café. Il est bien dégueu, mais il réveillerait les morts.
(Elle sort d’un pas vif. Le sous-sol retombe dans le silence).
KRLEŽA :Tu vois, Nicolas ? La fenêtre est ouverte. Il lui a fallu un courant d’air venu de la rue, quelque chose de vivifiant et salutaire.
NICOLAS (poussant un long soupir, ramassant ses copies). : Allez, préparons-nous. Trente-cinq adolescents nous attendent.
(Noir lent. Fin de l’Acte II).
Acte III
Quelques semaines plus tard. Le sous-sol est presque vide. Les cartons sont fermés. Le bureau est rangé. Au centre, un seul exemplaire relié. Un silence inhabituel.
NICOLAS (Il prend le livre) : Voilà. Tu es tout de même devenu quelque chose. Plus de fiches. Plus de corrections. Plus de nuits blanches. Seulement du papier.
(Il le repose).
Et maintenant ?
(Aucune réponse. Long silence).
Miroslav ? … Vous êtes là ?
KRLEŽA (Le fantôme apparaît. Mais, cette fois, il est presque transparent) : Tu m’appelles comme un enfant appelle son père après avoir appris à marcher.
NICOLAS :Tenez, le voilà… Il a pris forme. Sa tranche est dense, son papier sent encore l’huile et la presse. C’est à présent un corps étranger, tout simplement.
KRLEŽA :Un corps étranger, oui, ou disons plutôt un beau spécimen de plus pour ton cimetière littéraire. Ne t’attends tout de même pas à ce qu’on vienne te dérouler le tapis rouge.
NICOLAS (Il lui tend le livre) : Je voulais juste vous le montrer.
KRLEŽA :Merci, mais je n’ai plus besoin de livres. Les morts ne lisent pas. Ils attendent seulement que les vivants cessent de leur demander la permission d’exister.
NICOLAS (il abaisse le bras) : Ne vous en faites plus, ce sera le dernier.
(Entre Éléna. Elle porte son sac. Elle regarde le livre. Ne le touche pas).
KRLEŽA (Amusé): Le dernier quoi ?
NICOLAS : Le dernier livre. Prozor s’arrête… J’arrête Prozor.
ÉLÉNA : Alors ? C’est fini ?
NICOLAS : Oui… Je n’ai plus l’âge, plus d’argent, plus d’énergie… En plus, maintenant avec l’IA…
(Geste de dédain du spectre. Long silence).
ÉLÉNA :Ma mère dit que quand on finit quelque chose qui compte vraiment, il ne reste plus personne contre qui se battre.
KRLEŽA (éclate d’un rire discret) : Enfin une phrase digne de ce siècle. Oui, mon cher Nicolas, ce n’est pas Prozor que tu veux enterrer… c’est toi.
ÉLÉNA : Il est lourd. (Après un temps, dans un rire). On dirait la masse de toutes vos insomnies. Et dorénavant, cela ne compterait plus ?
KRLEŽA : Ne t’en fais donc pas, petite. J’ai l’habitude, c’est toujours la même scène après chaque traduction. C’est sa manière de faire son deuil d’un texte. Puis vient un nouveau projet et surgit un nouvel enthousiasme.
NICOLAS (avec un mince sourire) : Regarde, page 112… « Traduction revue avec la collaboration active d’E. S. » C’est gravé pour de bon.
ÉLÉNA (les mains dans les poches) : Oui, je sais, vous l’avez déposé à la bibliothèque. Ça pose son bonhomme. Enfin, sa meuf… Vous savez ce qui est drôle ? Je croyais que cet endroit était une cave. Bah, non. En fait, c’était un chantier. Mais à présent, il ne reste plus qu’à en construire un autre.
(Krleža sourit. Cette fois, il ne parle pas).
NICOLAS (reprenant le livre avec précaution) : Aucun tapage. Prozor n’est qu’une toute petite lucarne. J’ai juste envoyé quelques exemplaires à de vieilles connaissances, des mordus de littérature balkanique, d’autres rats de bibliothèque, des profs usés, des traducteurs perdus en province.
KRLEŽA (haussant les sourcils, narquois) : Ah, tes fidèles complices !
NICOLAS :Quatre ou cinq réponses. Des mots brefs. Un « Reçu ton Krleža, beau travail, merci » dans un mail. D’autres ont simplement salué l’effort. C’est tout. Une page se tourne juste. (Feuilletant l’ouvrage):Une fois achevé, on se demande pourquoi tout ça.
KRLEŽA (avec une ironie plus tendre) : Pour le silence et pour tromper ton ennui, mon cher. Ne te mens donc pas. La littérature ne sauve personne des factures ni de la routine. Elle est juste là pour nous tenir compagnie quand on a un peu trop froid. Regarde la petite. Demain, elle retourne dans le brouhaha. Et toi, à tes copies.
ÉLÉNA (le visage neutre) : C’est sûr, personne ne viendra sonner. C’était plié d’avance.
(Silence).
ÉLÉNA (haussant les épaules) : Tant mieux. Les feux de la rampe, c’est pour les autres. (Elle touche la couverture) N’empêche… c’est quand même une œuvre prête à vivre à présent. (Ouvrant l’ouvrage et ne parvenant pas à dissimiler une pointe de fierté) : Page 112. « Le poids d’une larme séchée ». Ça, ça restera.
KRLEŽA (s’inclinant brièvement, l’œil complice avant de s’effacer) : Laisser une petite griffe sur le mur de la cage, c’est déjà ça.
NICOLAS : Et à quoi bon ?
ÉLÉNA (regardant l’ouvrage ouvert sur la table. Puis après un temps, à l’attention de Nicolas) : Moi, je l’ai lu.
(Silence. Pour la première fois, Nicolas est incapable de répondre. Le fantôme hoche la tête d’approbation).
KRLEŽA :Voilà. Tu comprends peut-être enfin. On n’écrit jamais pour le monde. On écrit toujours pour quelqu’un qu’on ne connaît peut-être pas encore. Et aujourd’hui… tu l’as rencontrée. Adieu, Nicolas. Tes chimères ont au moins le mérite de te tenir chaud dans cette cave. Allez, on se revoit à la prochaine traduction.
(Le spectre disparaît. Le radiateur s’arrête. Nicolas reste assis. Éléna enfile son sac).
ÉLÉNA : Bon. Il est sept heures. On y va ? Le prof de gestion va râler si on rate l’appel.
NICOLAS (s’arrachant après un instant à une rêverie passagère, il se lève et saisit son cartable) : Oui… Allons-y, Éléna. C’est reparti ! Aujourd’hui est un autre jour.
(Ils quittent la scène. La cave reste vide un moment. La lumière du dehors continue d’entrer. Le livre demeure seul sur la table. Ouvert. À la page 112. Un temps. Puis Éléna revient précipitamment, se penche un instant sur le livre ouvert sur la table, sourit, arrache soigneusement cette page, la plie, la glisse dans sa poche et ressort en courant).
NOIR LENT



