Par Daniel Psenny & Corentin Léotard
Dix ans après la « crise des réfugiés » de 2015, Le Courrier des Balkans s’interroge sur l’impact et les suites de cette crise. Depuis la Turquie, la Grèce, la Serbie ou encore la Hongrie, nos correspondants reviennent sur cette route des Balkans, avec des reportages et des analyses.
C’était il y a dix ans. En septembre 2015, je m’installais à Budapest après avoir vécu toute ma vie à Paris. Un nouveau départ, une nouvelle étape dans cette ville que j’avais commencé à explorer depuis quelques semaines et que j’avais immédiatement appréciée. Je n’étais pas arrivé à Budapest par la gare de Keleti mais, au cours de mes nombreuses pérégrinations dans la ville, j’étais souvent passé devant cette gare de l’Est dont la façade ressemble beaucoup à celle de la gare du Nord à Paris.
En ce mois de septembre 2015, c’était le vent de l’Histoire qui soufflait sur le parvis de Keleti. Le 15 septembre, en pleine « crise des réfugiés », le gouvernement hongrois avait mis ses menaces à exécution en scellant sa frontière méridionale au niveau de la Serbie avec un véritable mur de barbelés. Syriens, Afghans, Pakistanais et autres Bangladais tentant de gagner l’Europe de l’Ouest et du Nord par les Balkans se heurtaient à un double mur, le mur législatif de Schengen et le mur physique hongrois à la frontière sud, avec la Serbie.
Dans les jours qui précédaient, fin août/début septembre, des milliers de personnes - familles, enfants, vieillards – s’entassaient aux abords de la gare de Keleti, espérant pouvoir monter dans un train pour Vienne. Des familles entières à même le sol sur des couvertures de fortune, pendant parfois plusieurs jours. La situation sanitaire était très précaire. Pour passer le temps, des enfants jouaient au football, dessinaient ou improvisaient des concours de cerf-volant. Avec l’aide d’ONG et de simples habitants qui leur offraient des vêtements, des repas, des sacs de couchage et des couvertures. La municipalité Fidesz et l’État étaient aux abonnés absents.

Les mots de la chancelière allemande s’étaient répandus comme une traînée de poudre le long de la « route des Balkans » et chaque soir les Syriens manifestaient sur le parvis, en appelant à l’Allemagne d’Angela Merkel. Tout le monde recherchait un billet de train. Le soir du 4 septembre, la tension montait d’un cran avec l’arrivée de hooligans en marge d’un match de football contre la Roumanie. Les affrontements furent évités de justesse.
Le lendemain, dans la journée du 5 septembre, plusieurs milliers de réfugiés se mirent en marche dans la ville puis le long de l’autoroute, direction l’Autriche. Une centaine de bus de la ville les récupéra au beau milieu de la nuit, à une cinquantaine de kilomètres, pour les convoyer jusqu’à la frontière autrichienne. En quelques heures, ce fut la fin de l’occupation de Keleti. La gare était aussitôt nettoyée pour ne pas laisser de traces. Les réfugiés n’avaient jamais existé…














