Propos recueillis par Jean-Arnault Dérens et Jasna Tatar-Anđelić | Photos : Laurent Geslin
Alek Barović est doctorant à l’Université de Padoue (Italie) ; Mustafa Canka est journaliste à Ulcinj ; Milica Kankaraš Berber, est harpiste et militante écologiste ; Dušan Pajović est doctorant en Etudes culturelles à l’Université de Tallinn (Estonie) ; Nikola Petrović-Njegoš est prince du Monténégro ; Milka Tadić Mijović est présidente du Centre pour le journalisme d’investigation du Monténégro ; Sabina Talović, militante féministe, est engagée dans l’accueil des exilés à Pljevlja ; Daliborka Uljarević est directrice du Centre pour l’éducation citoyenne de Podgorica ; Adrian Vuksanović est député de l’Initiative citoyenne croate (HGI) au Parlement du Monténégro.
CdB : Quel souvenir avez-vous de votre 21 mai 2006 ?
Milka Tadić Mijović : Une joie indescriptible, comme si j’étais sortie d’une prison où j’avais passé dix ans et que j’étais enfin libre. Avec le sentiment d’être rentrée chez moi, et que mon enfant aurait lui aussi un foyer. Depuis l’éclatement de la Yougoslavie en 1991, je me sentais apatride. Le Monténégro était occupé par Milošević et les autorités monténégrines qui lui ont succédé. Réunis autour de Monitor, avec d’autres forces indépendantistes et citoyennes, nous avons essayé, même dans les heures les plus sombres des guerres et des crimes, de résister et de renforcer l’idéal de restauration de l’indépendance - pas seulement de l’indépendance, mais d’une véritable démocratie fonctionnelle. Quinze ans après l’éclatement de la Yougoslavie, nous avons enfin obtenu un État et, sans exagérer, après la naissance de ma fille, ce fut le plus beau jour de ma vie. Mon cœur tremble encore quand je repense à cette nuit de fête.
Sabina Talović : Mes souvenirs du 21 mai 2006 sont empreints d’une immense joie, de fierté et d’allégresse. Tout d’abord, grâce à la libération du statut de vassal de l’union avec la Serbie et au fort sentiment d’appartenance aux valeurs du Monténégro antifasciste.
Mustafa Canka : C’est toujours agréable de se souvenir de cette journée. Après tout, le Monténégro a recouvré pacifiquement son indépendance. Rarement dans l’histoire de ce pays des décisions aussi importantes ont été prises par les urnes. C’est un grand accomplissement.
Sans exagérer, après la naissance de ma fille, ce fut le plus beau jour de ma vie. Mon cœur tremble encore quand je repense à cette nuit de fête.
Nikola Petrović-Njegoš : Le souvenir d’une grande fête collective dans les rues de la ville après les heures d’attente et de recherche des derniers pourcentages d’une rédaction à l’autre, puis tout à coup une explosion de joie, des embrassades dans les rues… La dernière image que je garde, c’est en fin de soirée, vers 2h du matin dans le jardin de l’hôtel Crna Gora, nous étions ensemble avec ma chère épouse France, beaucoup de monde étaient réunis pour un dernier verre. Sur la terrasse intérieure de l’hôtel qui surplombait le jardin, une table de vétérans fêtait l’événement à coup de loza… Soudain apparaît le Président avec son staff à l’entrée du parc. Un des convives se lèvent brusquement sort un revolver et tire en l’air pour fêter comme il se doit au Monténégro un heureux événement, tradition oblige. Mais il n’avait pas vu qu’il était sous le balcones éclats de ciment lui sont retombé dessus, mais pas de panique ! Tout le monde s’est levé pour applaudir en criant « Živjela Crna Gora, vive le, Monténégro ! »
Dušan Pajović : Je suis un enfant du référendum. C’est mon premier souvenir politique. A cette époque on ne parlait pas beaucoup de politique à la maison, mais je me souviens que ma grand-mère, pour me faire comprendre les événements, m’a dit que nous devions choisir entre le progrès et le conservatisme. Bien sûr, elle n’a pas utilisé ces termes exacts, mais c’était l’idée principale. Et c’est exactement ce que j’ai ressenti. Ces jours-là, on sentait la solidarité, la sincérité des idées et l’espoir d’un avenir meilleur. Je n’oublierai jamais ces moments, je ne pense pas les avoir plus jamais revécus.
Adrian Vuksanović : Ces souvenirs sont une source d’inspiration inépuisable. C’était un grand jour. Ce jour-là, nos aspirations accumulées ont trouvé leur expression et nous ont menés vers la grande victoire. On ne peut parler de cette date sans émotion. Je me souviens avoir entouré le « Oui » d’une main tremblante et d’avoir été fier de participer à un processus qui me dépassait, qui nous dépassait tous. Tous les pays voisins ont dû faire la guerre pour obtenir l’indépendance ; nous l’avons obtenue pacifiquement.
Milica Kankaraš Berber : Il y a vingt ans, le 21 mai, je commencer à étudier la harpe, un instrument alors absent de l’Orchestre symphonique et du système éducatif monténégrin. J’étais élève au lycée musical de Podgorica, en section piano, tout en prenant des cours de harpe avec la professeure Milica Barić. De 2005 à 2009, je faisais chaque mois l’aller-retour entre Podgorica et Belgrade. J’étudiais ainsi en parallèle dans deux pays séparés, et le poids de cette séparation a marqué non seulement mes études, mais aussi une grande partie de ma vie. Les conflits politiques affectent toujours plus durement les plus vulnérables, et dès mon plus jeune âge, d’abord au lycée puis à l’université, j’ai dû défendre le droit à l’indépendance de mon pays face aux attaques verbales, en Serbie comme au Monténégro.
Alek Barović : J’avais neuf ans en 2006, mais je m’en souviens parfaitement des événements et l’année 2006 éveille des émotions enfantines très sincères. J’ai grandi bercé par les récits de mes parents et grands-parents. J’étais fasciné par les histoires de mes ancêtres qui avaient versé leur sang pendant des siècles pour l’indépendance du Monténégro, de ceux qui avaient été brutalement assassinés et emprisonnés pour s’être opposés à l’occupation serbe en 1918, des héros de la Seconde Guerre mondiale, etc. L’idée qu’il puisse exister des gens qui n’aiment pas leur pays ne m’avait même pas effleuré l’esprit. Malheureusement, je l’ai compris plus tard.
Daliborka Uljarević : Je me souviens du 21 mai 2006 comme du jour où le Monténégro a retrouvé confiance en lui. Malgré nos divergences, une conviction forte et partagée régnait : nous pouvions bâtir un État plus démocratique, plus juste et plus européen. Les citoyens ont fait preuve de maturité démocratique, et le résultat du référendum sur l’indépendance nous a donné l’opportunité et le devoir de tracer notre propre chemin et d’assumer la responsabilité de l’avenir du pays.
CdB : Quelles sont les principales réussites du Monténégro ces 20 dernières années ?
Nikola Petrović-Njegoš : La principale réussite est le maintien du vivre ensemble malgré les conflits, les rivalités et les tensions politiques. Il existe un fort sentiment de solidarité : je n’ai jamais vu quelqu’un dormir dans la rue au Monténégro. La perspective de l’entrée dans l’Union européenne permet de se projeter dans l’avenir et de dépasser les traumatismes du passé. La seconde est le développement d’un réseau universitaire de qualité et l’apparition d’une nouvelle génération motivée qui ne demande qu’à exercer ses talents.
Milka Tadić Mijović : Le plus grand succès réside dans l’acceptation pacifique des résultats du référendum par les opposants, partisans de l’union avec la Serbie, et dans l’absence de conflit. Cette situation a été suivie par l’ouverture des négociations avec l’Union européenne en 2012, puis, ces deux dernières années, par une accélération du processus d’intégration. L’espoir de voir le Monténégro devenir membre de l’Union d’ici la fin de la décennie est de plus en plus réaliste, et l’intégration européenne, conjuguée au rétablissement de l’indépendance, constituerait le plus grand succès de notre génération.
La principale réussite est le maintien du vivre ensemble malgré les conflits, les rivalités et les tensions politiques.
Mustafa Canka : Le plus important est que les décisions clés concernant l’avenir de ce pays se prennent désormais en son sein, que ses citoyens doivent assumer la responsabilité de leur destin et que personne d’autre ne peut le faire à leur place. Avec de bonnes relations internationales, c’est notre devoir le plus important : prendre soin de notre pays, surtout dans un monde comme celui-ci.
Alek Barović : Les plus grands succès sont sans aucun doute en politique étrangère. Il n’y a eu pratiquement aucune erreur et une direction claire a été choisie, qui était d’ailleurs la seule rationnelle.
Daliborka Uljarević : Les plus grands succès du Monténégro sont la préservation de la paix et de l’harmonie multiethnique dans une région longtemps marquée par les divisions et les conflits, son adhésion à l’OTAN, ainsi que sa position de pays candidat le plus avancé dans les négociations avec l’Union européenne. Des progrès normatifs significatifs ont également été réalisés dans certains domaines, avec l’harmonisation de la législation avec les normes européennes, le développement de la société civile et une meilleure visibilité des questions relatives aux droits de l’homme. Dans le même temps, la prise de conscience citoyenne s’est développée : les institutions ne sont pas au-dessus des citoyens, mais doivent être responsables et soumises au contrôle public. Il s’agit là d’un progrès démocratique majeur de cette période.
Dušan Pajović : En tant qu’activiste de gauche, je ne suis pas un grand partisan des lois et de la législation, mais je dois reconnaître que le plus grand succès réside dans l’adoption de la Constitution, qui proclame dès ses premiers paragraphes que le Monténégro est un État civil, démocratique, écologique et de justice sociale. Il serait souhaitable que cela ne reste pas lettre morte, mais la déclaration est déjà très significative. Entre autres, elle souligne que le Monténégro ne calque pas son modèle étatique sur celui des États-nations. De plus, et c’est là un autre grand accomplissement, je tiens à souligner la rupture (partielle) avec l’impérialisme grand-serbe, qui est ultra-conservateur, destructeur, oppressif et belliciste.
Sabina Talović : Pour moi, les plus grandes réussites de ces vingt dernières années sont avant tout l’adhésion à l’Otan et les progrès dans les négociations avec l’UE.
Adrian Vuksanović : En restaurant notre indépendance et en rejoignant l’Otan, nous avons ramené le Monténégro à son identité et dans son entourage naturel. En réalité, nous avons retrouvé notre dignité et prouvé que nous étions capables d’indépendance. Avant le 21 mai 2006, les opposants à l’indépendance disaient que nous mourirons de faim et que nous étions incapables de gouverner notre propre pays. Je n’ai jamais compris un tel manque de confiance en soi. Le Monténégro est un pays ancien, aux profondes racines historiques, et je suis convaincu de son avenir prometteur.
CdB : Quelles sont ses échecs dans la même période ?
Mustafa Canka : Tout d’abord, la faible mise en place d’institutions crédibles, le peu d’amélioration du système judiciaire, de la protection de la nature, de renforcement de la cohésion sociale…
Daliborka Uljarević : Malheureusement, le Monténégro n’est pas parvenu à bâtir des institutions suffisamment fortes et indépendantes, à l’abri des influences partisanes, ni à instaurer une pratique politique où l’intérêt public prime systématiquement sur les intérêts partisans et privés. Un écart important persiste entre l’adoption formelle des normes européennes et leur application concrète. Le recrutement par les partis, une justice sélective, la faible responsabilité des élus et la manipulation politique des institutions demeurent parmi les principaux problèmes. Des réformes essentielles dans des domaines tels que la justice, l’éducation et l’administration publique font également défaut. De plus, ces dernières années, la société s’est polarisée et est devenue moins résistante aux influences extérieures néfastes, tandis que les citoyens perdent de plus en plus confiance dans le fait que les institutions agissent dans leur intérêt. Nous sommes aujourd’hui confrontés à ce paradoxe : l’État progresse formellement dans l’intégration européenne, tandis qu’une partie de la population ressent simultanément une stagnation, voire une régression, de sa qualité de vie et des normes démocratiques.
Malheureusement, rien n’a permis d’enrayer les deux fléaux les plus graves : l’exode des jeunes diplômés et la dégradation du patrimoine culturel et naturel du Monténégro.
Dušan Pajović : Le Monténégro n’a pas réussi à s’affranchir totalement du nationalisme grand-serbe, de la cléricalisation et de la fascisation de la société, ni de l’héritage des années 1990. De plus, tandis que le gouvernement précédent flirtait avec ces mêmes dérives par opportunisme politique, pragmatisme et manque de courage, les autorités actuelles les ont ouvertement embrassé. Le problème de la corruption et de la subordination directe à l’oligarchie est également flagrant, et aucun gouvernement n’y a échappé. En ce sens, nous avons opéré une transition vers un capitalisme sauvage, caractéristique de la semi-périphérie. Ainsi la notion constitutionelle de justice sociale est-elle devenue, d’une certaine manière, un tragique rappel de ce qui aurait pu être.
Milica Kankaraš Berber : Malheureusement, rien n’a permis d’enrayer les deux fléaux les plus graves : l’exode des jeunes diplômés et la dégradation du patrimoine culturel et naturel du Monténégro. Ces deux aspects de notre pays doivent être au cœur de nos préoccupations au cours des dix à vingt prochaines années si le Monténégro veut survivre. Nous n’avons pas encore atteint le point de non-retour, mais nous nous en sommes dangereusement approchés, surtout ces cinq dernières années, en raison d’une politique rétrograde qui instrumentalise les ressources communes.
Nous avons obtenu un État, mais pas la démocratie. C’est notre grand échec.
Milka Tadić Mijović : Nous avons obtenu un État, mais pas la démocratie. C’est notre grand échec. Les forces qui militaient pour une transition vers une véritable démocratie restent marginalisées. Bien qu’en 2020, pour la première fois de notre histoire, nous ayons changé de gouvernement par les urnes, le groupe politique majoritaire n’a pas transformé le pays en une société où règnent le droit et la justice. La corruption demeure endémique, l’espace est impitoyablement détruit, la mafia est puissante et les institutions sont aux mains du pouvoir. Les nouvelles autorités se sont contentées de perpétuer l’ancien système et les monopoles, au lieu d’entreprendre des réformes structurelles fondamentales. L’économie est fragile, fortement dépendante du tourisme et de l’énergie, le système judiciaire est influencé par la politique et les institutions sont faibles. La société est polarisée et l’influence de la religion, notamment de l’Église orthodoxe serbe, se renforce, au lieu de consolider la société civile.
Sabina Talović : Malheureusement, le Monténégro n’a pas réussi à préserver sa capacité démocratique durant ces vingt années. Entre la montée de la criminalité, la mainmise sur les institutions et la privatisation de l’État, et ces cinq dernières années marquées par la renaissance de la politique de la Grande Serbie, la forte influence de l’Église orthodoxe serbe sur toutes les activités sociales et la montée en flèche du nationalisme, du fascisme et du revanchisme, nous replongeons dans les années 1990. Vingt ans après le rétablissement de son indépendance, le Monténégro, en proie à un grave déclin économique et à la pauvreté parmi ses citoyens, est au bord de la survie.
Alek Barovic : Le travail accompli pour restaurer l’identité monténégrine est insuffisant. En 1918, le Monténégro a été occupé par la Serbie et, pendant les deux décennies suivantes, toute mention de la moindre spécificité monténégrine était interdite. Durant cette période, une assimilation importante des Monténégrins s’est produite, dont nous constatons encore les conséquences aujourd’hui, puisque nombre d’entre eux se déclarent Serbes. Après 2006, il était impératif de sensibiliser les citoyens à leur identité, leur histoire et leur culture. Or, très peu a été fait en ce sens, et nous en payons aujourd’hui le prix.
Nikola Petrović-Njegoš : Pour moi les échecs principaux sont que la déclaration d’État écologique soit restée lettre morte, à quelques exceptions près, que le quantitatif ait supplanté le qualitatif et que le tourisme soit devenu la seule perspective de développement au détriment des activités productrices et donc d’une meilleure répartition des revenus sur le territoire.
CdB : Quelles priorités pour l’avenir du pays ?
Daliborka Uljarević : La priorité absolue est de bâtir un État doté d’une gouvernance fonctionnelle où les lois s’appliquent à tous de manière égale. Sans cela, il n’y a pas de développement économique durable, de confiance des citoyens, ni de véritable intégration européenne. Il est nécessaire de dépolitiser les institutions, de renforcer le système judiciaire, d’améliorer le système éducatif et de créer un environnement où les jeunes envisagent leur avenir au Monténégro. Il est tout aussi important de renforcer la cohésion sociale et la culture du dialogue, car nous consacrons trop d’énergie à des divisions qui freinent le développement. L’intégration européenne ne doit pas se limiter à un objectif technique ou politique, mais devenir un vecteur de transformation profonde de la société et de l’État.
Alek Barović : L’adhésion à l’Union européenne et le maintien du cap occidental. J’espère que rien ne changera sur ce point. Malheureusement, je crains que les Monténégrins ne puissent résister seuls aux influences néfastes extérieures ; l’aide et le soutien de nos alliés de toujours sont donc essentiels. Le Monténégro appartient à l’Europe, et l’Europe se doit de défendre cette partie intégrante de son histoire.
Mustafa Canka : Créer une société de droit et des institutions compétentes afin qu’au moins une partie de notre diaspora, dispersée à travers le monde, puisse rentrer au pays. Et aussi, pour ce pays dont le plus grand atout est l’interculturalité, de revenir à l’Adriatique et à la Méditerranée, auxquelles il appartient géographiquement et civilisationnellement.
Si les politiques qui ravagent le Monténégro depuis plus de 20 ans sont reconduites, l’adhésion formelle à l’UE n’aura aucun sens pour les Monténégrins.
Dušan Pajović : Les citoyennes et citoyens du Monténégro doivent enfin s’engager dans le processus de démocratisation par la base. On a trop longtemps attendu les messies, les dirigeants, les administrateurs, les élus, ceux qui seraient enfin assez ’bons et honnêtes’ pour faire progresser la société. La politique ne fonctionne pas ainsi. Le Monténégro a besoin de structures de base qui, pour la première fois, ne se livreront pas à des calculs ni à des compromis hasardeux avec les instruments du grand capital (impérial ou local). Il faut insister sur ce processus. C’est ainsi que se construisent les êtres politiques, par la pratique de l’auto-organisation et de la démocratie directe.
Adrian Vuksanović : La priorité doit être de renforcer l’État de droit et les institutions, car sans cela, il ne peut y avoir de démocratie sérieuse ni de société stable. Le Monténégro a besoin d’institutions professionnelles, indépendantes de toute influence politique et partisane, ainsi que d’une lutte résolue contre la corruption et toutes les formes de criminalité. Une autre priorité, tout aussi importante, est l’achèvement du processus d’adhésion européenne qui n’est pas seulement un objectif de politique étrangère, mais un cadre civilisationnel qui permettra de mieux encadrer l’État et d’améliorer la qualité de vie des citoyens.
Nikola Petrović-Njegoš : À court terme, priorité à l’entrée dans l’Union européenne, à plus long terme un recentrage sur les problématiques environnementales : agriculture, Eco-tourisme, Eco-foresterie et développement de la filière-bois (construction, menuiserie, énergie), le recyclage. Mais également dans les différents domaines de la culture et du patrimoine particulièrement à l’échelle de l’espace méditerranéen.
Milka Tadić Mijović : Des réformes fondamentales, le développement économique et l’État de droit. Lorsque le système sera réformé, la polarisation sociale actuelle s’estompera, car la classe politique, au pouvoir comme dans l’opposition, incapable d’initier des réformes, instrumentalise les thèmes identitaires et nationalistes. L’influence de la Serbie reste considérable dans certains cercles politiques au pouvoir, et les problèmes liés à la mainmise sur les institutions et à la corruption demeurent très graves. Je reste néanmoins optimiste, car le Monténégro est plus fort que tous ses ennemis. Elle a survécu à la fois à l’annexion violente de 1918 et à l’effondrement de 1991. D’une manière ou d’une autre, elle a toujours su renaître de ses cendres, tel un phénix, car la résistance à sa chute, bien que faible au départ, finit par se transformer en une flamme ardente. L’une de ces flammes fut le soulèvement du 13 juillet 1941, et l’autre, celui du 21 mai 2006.
Milica Kankaraš Berber : Si les politiques qui ravagent le Monténégro depuis plus de 20 ans sont reconduites, l’adhésion formelle à l’UE n’aura aucun sens pour les Monténégrins. Il est nécessaire de faire émerger un nouveau courant, composé de professionnels compétents et de patriotes qui placeront le bien commun au-dessus de tout intérêt personnel. C’est très difficile, mais pas impossible. L’avenir nous dira si de véritables patriotes sortiront enfin de l’ombre et s’engageront en politique. Leur décision déterminera, en tout cas, la survie ou la disparition du Monténégro.











