{Directeur exécutif du Fonds pour le droit humanitaire au Kosovo (FDHK), Bekim Blakaj travaille depuis des années sur les crimes de guerre, les droits des victimes et la justice transitionnelle. À quelques jours du jugement de quatre anciens dirigeants de l’UÇK à La Haye, il analyse les limites des Chambres spécialisées, la polarisation de la société kosovare et les difficultés à construire une mémoire collective fondée sur les faits.}
Le Courrier des Balkans (CdB) : Le verdict du procès de quatre anciens dirigeants de l’UÇK — Hashim Thaçi, Kadri Veseli, Rexhep Selimi et Jakup Krasniqi — est attendu mercredi 16 septembre à La Haye. Quelle importance ce jugement revêt-il pour le Kosovo ?
Bekim Blakaj (B.B.) : Il s’agit sans aucun doute de l’un des jugements les plus importants et les plus sensibles liés à la guerre au Kosovo. Les accusés ne sont pas seulement d’anciens dirigeants de l’UÇK, mais aussi des personnalités qui ont joué un rôle central dans la construction institutionnelle et politique du Kosovo d’après-guerre. Il convient toutefois d’établir une distinction fondamentale : ce procès n’est pas celui de l’UÇK, ni de sa lutte, ni du droit du peuple du Kosovo à la liberté. Il s’agit d’un procès visant quatre individus et portant sur les allégations concrètes du Parquet quant à leur responsabilité pénale. La légitimité de la lutte de libération et l’éventuelle responsabilité individuelle pour des crimes ne s’excluent pas mutuellement. L’importance du jugement dépendra aussi largement de la qualité de sa motivation : de la manière dont les preuves auront été évaluées, du respect des droits des accusés et de la clarté avec laquelle les expériences et les droits des victimes auront été pris en compte.
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