Diplomatie : pourquoi tant d’États ne reconnaissent-ils toujours pas toutes les républiques post-yougoslaves ?

Le Bhoutan vient de reconnaître l’indépendance de la Croatie, 35 ans après sa proclamation. Les reconnaissances bilatérales, du choix souverain des États, sont une des rares armes diplomatiques des «petits» pays, qui n’hésite pas à les monnayer. Explications.

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Diplomatie : pourquoi tant d’États ne reconnaissent-ils toujours pas toutes les républiques post-yougoslaves ?
Thimphou.@ Gerd Eichmann | Wikimedia Commons

Le 16 juin dernier, le Bhoutan est devenu le 192e État à reconnaître l’indépendance de la Croatie, 35 ans après sa proclamation le 25 juin 1991. À Zagreb, le ministère des Affaires étrangères a qualifié cette démarche de « phase importante dans l’approfondissement des relations mutuelles et le renforcement de la collaboration bilatérale (…) entre les deux États », dans un communiqué laconique. Interrogé sur les raisons ayant pu pousser le petit royaume himalayen à s’intéresser, aussi tardivement, à un lointain pays des Balkans, un diplomate spécialiste de la région ne cache pas sa perplexité, la dernière grande vague de reconnaissances de Thimphou datant d’une dizaine d’années lorsque le roi Jigme Khesar Wangchuck cherchait des soutiens pour obtenir un siège de membre non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Désormais, les Tonga et le Niger sont les deux derniers États à ne pas reconnaître la Croatie.

L’acte diplomatique différé du Bhoutan rappelle que la reconnaissance de la souveraineté des États post-yougoslaves est encore loin d’être acquise. Le Kosovo est un cas emblématique. Province de la république yougoslave de Serbie jusqu’à sa suppression en 1989, il entre en sécession dès la décennie suivante jusqu’à la proclamation de son indépendance le 17 février 2008 malgré l’hostilité de Belgrade. Les reconnaissances observent alors un rythme soutenu avant de connaître un reflux à partir de 2013. L’opposition de la Grèce, de la Roumanie, de la Slovaquie, de l’Espagne et de Chypre constitue un obstacle majeur dans la perspective d’une adhésion du Kosovo à l’Union européenne. Après une pause de cinq ans, le processus de reconnaissances reprend en 2025 avec le Kenya, le Soudan, la Syrie et les Bahamas, soit un total de 110 pays pour le moment. En 2018, Belgrade déclenche une vive polémique en annonçant que plusieurs pays auraient fait machine arrière, information fermement démentie par Pristina.

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