Dans Lindenfeld, roman de Ioan T. Morar paru en 2005, le fils d’un ancien habitant du village éponyme, isolé dans le Banat montagneux et abandonné depuis des années, engage des acteurs et des décorateurs pour le ramener à la vie lorsque son père décide d’y retourner pour ses vieux jours. Plus à l’ouest, dans la plaine, Stanca Velciov n’a pas besoin de fiction pour se représenter Colonia Bulgară, village-fantôme égaré près du triplex frontalier avec la Hongrie et la Serbie. « Ce village était si beau, si vivant ! », se souvient avec émotion cette professeure de roumain qui y a grandi jusqu’à ce qu’elle atteigne l’âge de treize ans, en 1973. « Tout le monde s’entendait bien, personne ne volait quoi que ce soit. Nous étions comme une grande famille. »
La disparition de Colonia Bulgară traduit le lent effacement des Bulgares du Banat, descendants des pauliciens d’Anatolie convertis au catholicisme au XVIIe siècle par les franciscains alors qu’ils se trouvaient encore dans le nord de l’actuelle Bulgarie. Réfugiés en Olténie valaque après l’échec d’une insurrection contre les Ottomans en 1688, ils quittèrent ce territoire en 1738, année où la Sublime Porte reprit pied sur le Danube à Belgrade et Smederevo.
Ce nouvel exode les conduisit dans le Banat autrichien où l’impératrice Marie-Thérèse leur attribua deux anciens foyers de peuplement petchénègues – Stár Bišnov (Dudeștii Vechi) et Theresiopolis (Vinga) – qui finirent par essaimer. Cette communauté, locutrice d’un bulgare archaïsant et usagère de l’alphabet latin, constitue aujourd’hui la majorité des Bulgares de Roumanie, soit moins de 6000 personnes au recensement de 2021 contre plus de 10 000 en 1992.
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