Pour beaucoup de ceux qui ont grandi dans l’ancienne Yougoslavie, certaines images cinématographiques sont restées pratiquement incontournables, des musiques et des scènes oniriques qui reviennent sans cesse dans notre mémoire culturelle collective, comme « Le Temps des Tsiganes » (Dom za vešanje, 1988) d’Emir Kusturica. Ces films sont considérés comme des œuvres artistiques majeures — célébrées dans les festivals, saluées par la critique et intégrées au canon du cinéma yougoslave. Mais que se passe-t-il lorsque les communautés représentées dans ces films commencent à porter un regard différent sur ces images ?
Pour Arbër Qerka-Gashi, fondateur de la plateforme d’archives numériques Balkanism, chercheur et écrivain, cette question est le point de départ d’une recherche sur le Kosovo à l’écran. Né à Londres de parents kosovars, il s’est tourné vers le cinéma pour comprendre la culture et l’histoire de ce pays. Il a publié un essai, Au-delà du cadre : Représentations du Kosovo et de l’Albanie dans le cinéma yougoslave.
Dafina Halili (D.H.) : Dans un essai que vous avez publié l’année dernière, vous évoquez le malaise ressenti en regardant le film de Zdravko Šotra « Boj na Kosovu » (« La bataille du Kosovo », 1989), que vous décrivez comme le point de départ de votre réflexion sur les représentations des Albanais dans le cinéma yougoslave. Comment le cinéma construit-il l’identité nationale, et quelle place est-elle accordée aux Albanais au sein des récits cinématographiques ?
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