C’est l’histoire d’un incroyable naufrage judiciaire. Comment Svetlana Čabotarenko, cette femme moldave victime de traite et d’exploitation d’êtres humains, après avoir dénoncé ses bourreaux et livré des témoignage accablants, a-t-elle pu passer du statut de victime à celui d’accusée, avant de disparaître à jamais sans obtenir justice ? L’épilogue récent de cette saga politico-judiciaire laisse un goût amer au Monténégro, jetant le discredit sur l’intégrité de son système judiciaire. Dans cette sombre affaire, un incroyable renversement de valeurs s’est opéré.
Mira Saveljić, militante féministe monténégrine de premier plan, est une figure de la Maison sécurisée des femmes de Podgorica (Sigurna Ženska Kuća). Elle est reconnue dans tout le pays pour son combat contre les violences faites aux femmes et la traite d’êtres humains. Le 13 novembre 2002, elle ne pouvait pas imaginer, pour son premier jour de travail, qu’une femme allait marquer sa carrière à tout jamais.
Cette femme, transférée dans la Maison sous l’escorte de trois policiers, est une citoyenne moldave nommée Svetlana Čabotarenko. Arrivée en 1998 dans ce qui était alors la République fédérale de Yougoslavie, avec 40 autres personnes, elle pensait « qu’ils allaient cueillir du maïs à Novi Sad ou travailler dans les vignobles », explique aujourd’hui Mira Saveljić. L’homme en charge de l’obtention de son visa avait pourtant un tout autre projet pour elle. « Tu n’es pas faite pour travailler dans les champs, tu vas travailler dans un café », lui a-t-il dit, raconte la féministe, qui a passé trois mois aux côtés de Svetlana Čabotarenko.
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