Les immigrés, I : L’enfant de l’exil

Né en 1928 en Suisse, Lojze Kovačič est un fils d’émigrés – sa mère est allemande et son père, slovène. Il a dix ans quand, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, les autorités suisses chassent sa famille du pays. Réfugiés en Yougoslavie, ils vivent dans des conditions extrêmement difficiles tout le temps de la guerre. Le père de Lojze meurt en 1944. En 1946, après la guerre, le nouveau pouvoir yougoslave évacue sa mère, sa sœur et sa nièce vers un camp de réfugiés en Autriche, alors que Lojze, lui, reste en Slovénie. Sans cesse en butte aux tracasseries […]

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Né en 1928 en Suisse, Lojze Kovačič est un fils d’émigrés – sa mère est allemande et son père, slovène. Il a dix ans quand, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, les autorités suisses chassent sa famille du pays. Réfugiés en Yougoslavie, ils vivent dans des conditions extrêmement difficiles tout le temps de la guerre. Le père de Lojze meurt en 1944. En 1946, après la guerre, le nouveau pouvoir yougoslave évacue sa mère, sa sœur et sa nièce vers un camp de réfugiés en Autriche, alors que Lojze, lui, reste en Slovénie. Sans cesse en butte aux tracasseries des autorités, il est emprisonné trois mois, de décembre 45 à mars 46. L’auteur est resté toute sa vie en conflit avec les idéologues du parti communiste et son œuvre en a souffert. Aujourd’hui, celle-ci est considérée comme l’une des plus importantes de la littérature slovène d’après-guerre. Lojze Kovačič est mort en 2004.

La trilogie des « Immigrés » est donc un classique de la littérature slovène contemporaine. Il est déjà possible d’en découvrir le premier volume dans l’excellente traduction d’Andrée Lück Gaye.

Ce premier volume (1938-1941) s’ouvre sur le départ de Bâle et s’achève avec l’occupation de la Slovénie par les troupes de Mussolini. Kovacic enfant imagine le pays de son père, il en rêve et se voit déjà chevauchant des chevaux sauvages et naviguant sur les grandes rivières. Après un voyage cauchemardesque, arrivé dans la ferme de son oncle paternel, Lozje connaît la faim et rencontre l’hostilité d’une partie de la famille qui l’exploite tel un étranger. Les rapports tendus entre ses parents et le reste du village se dégradent au point que les Kovacic partent à Ljubljana. Réduits à la misère, ils survivent difficilement. Le père, malade, perd son travail, la sœur aînée vend ses charmes pour que la famille conserve un toit. La vie de l’enfant est si rude qu’il refuse d’apprendre le slovène et se réfugie dans le mutisme. Il vole, mendie, frise la délinquance, sans pour autant s’enfermer dans la culpabilité ou le désespoir. Il vit tout simplement comme un enfant, dissimulant son profond désarroi dans une attitude permanente de défi.

Le caractère exceptionnel de cette œuvre réside dans son écriture. C’est une pensée qui se charge à chaque instant de plusieurs dimensions de la réalité, pour constituer un puzzle foisonnant. C’est un regard innocent confronté à un monde nouveau et cruel. Un enfant qui photographie la vie en des instantanés fulgurants et précis qui se bousculent comme par rafales.


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