La forêt des pendus est inspirée par une réalité terrible, celle de plusieurs millions de Roumains de Transylvanie, vivant sous la coupe de l’empire austro-hongrois jusqu’en 1918. Le héros du roman, Apostol Bologa, est le fils d’un avocat de cette région. Il reçoit une éducation refoulant son âme roumaine, devient un officier loyal de l’Armée de François-Joseph, n’hésitant pas à voter en Cour martiale en faveur de l’exécution d’un officier tchèque déserteur. Mais cet événement le transforme, faisant naître en lui la haine de l’Empire et rendant plus criant son amour de la Roumanie. La Guerre de 14-18 le conduit à commander des soldats roumains qui partent à l’assaut de leurs frères, Bucarest s’étant engagée aux côtés des Alliés. L’idée de la désertion le hante. Contraint à nouveau de participer au procès d’un paysan roumain accusé d’espionnage, il s’enfuit, est rattrapé et pendu.
L’histoire est la transposition du drame vécu par le frère de Liviu Rebreanu, Emil, sous-lieutenant dans l’Armée des Habsbourg, déserteur et pendu, lui aussi. L’idée du titre du roman est venue à son auteur d’un cliché qu’il avait vu montrant une forêt de gibets où pendaient des soldats tchèques, à l’arrière du front autrichien, en Italie. L’écrivain avait entendu dire que des horreurs semblables avaient été perpétrées dans sa région de Bistrita. Plus tard, Rebreanu a confié qu’en écrivant cet ouvrage, la nuit, dans un silence pesant, il entendait des petits grattements à sa fenêtre. Croyant et superstitieux, il en avait déduit qu’il s’agissait de l’âme de son frère qui demandait une sépulture chrétienne. Ce qui le décida à partir à la recherche de sa dépouille pour l’enterrer en terre roumaine. Ce n’est qu’une fois cette mission accomplie que l’écrivain put terminer tranquillement son roman. Les grattements à la fenêtre avaient cessé…
Les principales oeuvres de Rebreanu ont été portées avec succès à l’écran. Pour La forêt des pendus, le réalisateur Liviu Ciulei, également interprète dans le film, a obtenu le prix de la mise en scène à Cannes, en 1965. Cannes qui a décerné le prix de la première oeuvre à Mircea Muresan, avec mention exceptionelle, pour La Révolte (titre français l’Hiver en flammes), en 1966, année de la consécration d’ « Un homme et une femme ».
Enfin publié en français aux éditions suisses Zoë
« La forêt des Pendus » est un roman clé à plus d’un titre ; d’une part c’est le premier roman moderne la littérature roumaine, d’autre part, en la faisant basculer du côté de la littérature européenne occidentale, il se permet de mettre en scène le déchirement Orient/Occident du peuple roumain. Il faut voir dans cette œuvre bien plus que la mise en scène d’un épisode historique. Les Roumains le considèrent comme le miroir de leur conscience nationale.
Enfin, il a été traduit partout en Occident dans les années 60, sauf en France, en raison en partie du célèbre film qui en a été tiré.
C’est donc tout l’intérêt de le voir publier en français grâce à la maison d’édition suisse Zoë.
L’institut Culturel roumain de Paris a célébré cet événement le 30 janvier dernier, en accueillant dans ses locaux la présentation de l’ouvrage par son traducteur Jean-Louis Courriol, cette réception étant suivie de la projection du célèbre film de Liviu Ciulei.
Espérons que les deux autres monuments que sont « Rascoala » et « Ion », introuvables en français – sauf en passant par les sites internet des livres anciens – complèteront prochainement ce triptyque majeur de l’œuvre de Rebreanu.
Dolores Sirbu-Ghiran
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