(Avec RSE) - Depuis un an, les rassemblements organisés pour demander des comptes au pouvoir après l’effondrement de l’auvent de la gare de Novi Sad sont émaillés de slogans xénophobes visant les Albanais. Un vocabulaire péjoratif déjà employé par une partie du régime dans sa bataille politique autour du Kosovo. « La déception grandit lorsque personne ne prend ses distances avec ces propos », regrette auprès de Radio Slobodna Evropa (RSE) Altin Boriqi, sociologue originaire de Preševo.
Au sein des mobilisations étudiantes, revendications politiques et insultes se mêlent : le président Aleksandar Vučić est régulièrement traité de « pédé » ou d’Albanais, aux cris de « Vučiću pederu » et « Aco, Šiptare ». Interrogés par RSE, les étudiants eux-mêmes se divisent : certains dénoncent des attaques ciblant des minorités, d’autres estiment qu’il s’agirait d’une « habitude » ou d’une « métaphore » liée au Kosovo. « C’est une métaphore parce que cet homme a vendu le Kosovo. Ce n’est pas une insulte envers les Albanais, puisqu’eux-mêmes se nomment ainsi », avance l’un d’eux. En serbe, toutefois, « Šiptar » s’est chargé d’un sens nettement péjoratif, bien différent de « shqiptar », utilisé sans connotation négative par les locuteurs de l’albanais.
Ces invectives s’inscrivent dans une rhétorique nationaliste toujours présente dans l’espace public. En juin, lors des manifestations organisées le jour de Vidovdan, des slogans des années 1990 ont refait surface. Les « Allez au Kosovo » lancés à la police renvoient, selon Altin Boriqi, à des imaginaires de guerre bien ancrés. Il rappelle qu’en 1999, plus de 10 000 civils ont été tués, dont plus de 8 000 Albanais, et que les crimes commis par les forces serbes ont été établis par la justice internationale.
La « défense du Kosovo »
Les condamnations restent pourtant rares. Quelques élus d’opposition et collectifs citoyens ont appelé à mettre un terme aux insultes visant les Albanais et les personnes LGBTI. Mais dans la rue, de part et d’autre des cordons policiers, les mêmes symboles nationalistes circulent. L’écrivain Dejan Atanacković note ainsi que le drapeau des « défenseurs du Kosovo » est apparu simultanément dans les cortèges pro et antigouvernementaux, signe d’un « mensonge partagé » : la persistance d’un Kosovo imaginé comme territoire serbe, malgré sa déclaration d’indépendance en 2008.
La rhétorique guerrière persiste également lors des rassemblements favorables au régime. La présidente du Parlement, Ana Brnabić, a publiquement salué les « vétérans » campant devant l’Assemblée, parmi lesquels d’anciens membres d’unités spéciales engagées dans les guerres yougoslaves. Miloš Vučević, chef du Parti progressiste serbe (SNS), a pour sa part rendu hommage aux Serbes du Kosovo, qui « protègent le nom serbe sur un territoire occupé ».
Pendant ce temps, les jeunes Albanais du sud de la Serbie restent en marge de la vie politique, faute d’intégration. Le refus de Belgrade de reconnaître les diplômes du Kosovo les pousse à envisager un avenir ailleurs. Les communes albanaises comptent parmi les plus pauvres du pays et les études en Serbie coûtent bien plus cher qu’au Kosovo. La non-reconnaissance des diplômes freine l’emploi, tandis que la discrimination et la sous-représentation dans les institutions alimentent l’émigration. Les représentants albanais dénoncent aussi « l’effacement des adresses », c’est-à-dire la radiation illégale de citoyens albanais des registres de résidence, une pratique pointée à plusieurs reprises par la Commission européenne.









