Par Marina Rafenberg
« Il s’agit d’un moment historique pour le renforcement de la sécurité énergétique de notre pays et le développement du secteur des hydrocarbures », s’est réjoui le ministre de l’Environnement Stavros Papastavrou, mercredi 15 avril, à la suite de la signature de l’accord pour la réalisation pour la réalisation de forage d’exploration d’hydrocarbures en mer Ionienne.
Le consortium composé du géant américain ExxonMobil et des compagnies grecques Energean et HelleniQ Energy doit commencer son exploration en février 2027. Le projet devra obtenir l’approbation de l’étude d’impact environnemental (EIE) d’ici le 15 juin, une condition préalable au démarrage des forage.
L’enjeu est considérable : selon les estimations avancées par Energean, les réserves pourraient atteindre jusqu’à 270 milliards de mètres cubes de gaz naturel — soit plusieurs décennies de consommation nationale.
En cas de découverte exploitable, le projet nécessiterait jusqu’à 5 milliards d’euros d’investissements supplémentaires et pourrait générer, selon certaines analyses, des recettes de plusieurs milliards pour l’État grec. Athènes espère ainsi renforcer son autonomie énergétique et s’imposer comme un hub stratégique pour l’Union européenne, dans un contexte géopolitique tendu en Méditerranée orientale.
Mais cette ambition repose sur une incertitude majeure : la probabilité de succès du premier forage n’est estimée qu’à 16 %, notamment en raison de la profondeur des gisements.
Mais ce qui inquiète surtout est l’impact que ces projets peuvent avoir sur l’environnement. D’autant qu’au mois de mars, le Parlement grec avait ratifié quatre autres accords énergétiques signés avec l’entreprise américaine Chevron pour l’exploration d’hydrocarbures dans quatre zones maritimes situées en mer Ionienne, au sud du Péloponnèse et de l’île de Crète.
Craintes environnementales
La zone qui doit être explorée, notamment la structure géologique d’Asopos, se situe à proximité d’écosystèmes marins parmi les plus riches et les plus vulnérables de la Méditerranée. La mer Ionienne abrite plusieurs espèces protégées : dauphins, cachalots, phoques moines de Méditerranée, ainsi que la tortue caouanne (Caretta caretta), dont le golfe de Kyparissia constitue l’un des principaux sites de reproduction en Europe.
Les ONG environnementales alertent sur les conséquences potentielles des activités d’exploration, notamment les études sismiques et les forages en eaux profondes. Ces opérations génèrent des ondes acoustiques puissantes, susceptibles de perturber gravement les mammifères marins, qui dépendent du son pour se déplacer et communiquer.
Face à ces projets, les organisations écologistes se mobilisent. Greenpeace a lancé une campagne nationale pour demander l’arrêt des forages, dénonçant une politique « en contradiction totale avec l’urgence climatique ».
L’organisation met en avant trois risques majeurs : environnemental, avec la menace directe sur la biodiversité marine ; économique, en raison de l’impact potentiel sur le tourisme et la pêche ; et climatique, alors que l’Union européenne s’est engagée dans une trajectoire de décarbonation.
Le Fonds mondial pour la nature (WWF) va plus loin, estimant que les retombées économiques seraient moindres pour le pays et les conséquences pour l’environnement énormes. « Les contrats de concession accordés aux compagnies pétrolières pour 20 % de la zone maritime grecque constituent une situation profondément inquiétante et problématique qui plonge le pays dans une dépendance à long terme aux combustibles fossiles, ce qui, à l’heure où la crise climatique ne cesse de s’aggraver, devrait appartenir au passé », explique WWF.
De plus, selon la législation votée, « les autorités grecques n’ont pas le droit d’exercer un contrôle, sauf si elles prennent rendez-vous avec les compagnies pétrolières contrôlées (art. 19.13) », s’alarme l’ONG. WWF met également en garde contre un scénario catastrophe : une marée noire pourrait entraîner la perte de dizaines de milliers d’emplois liés au tourisme, secteur clé de l’économie grecque.
Le gouvernement grec, de son côté, insiste sur le respect des normes environnementales. Energean cite en exemple le site de Prinos, exploité depuis des décennies sans incident majeur et ayant même obtenu un label environnemental.
Mais WWF n’en démord pas : « En concédant des étendues maritimes à des compagnies pétrolières, la Grèce s’engage dans un avenir incertain et instable, en ignorant les conséquences pour le climat, les mers et l’économie. »









