Macédoine du Nord : l’ombre de Jeffrey Epstein sur une coopération scientifique des années 1990

Les « dossiers Epstein » sont une mine inépuisable. Ils ont remis en lumière un projet de recherche entre la Macédoine du Nord et l’université Columbia, dans les années 1990, impliquant l’envoi aux État-Unis d’échantillons de cerveaux humains.

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L'Université Columbia, à New York
L'Université Columbia, à New York© King of Hearts | Wikimedia Commons

Alors que de nouveaux éléments issus des « dossiers Epstein » alimentent l’attention internationale, les médias de Macédoine du Nord se penchent sur un projet scientifique ancien, aujourd’hui remis en question. Les documents rendus publics évoquent une coopération de recherche remontant aux années 1990, dans le cadre de laquelle des échantillons de cerveaux humains ont été envoyés de Macédoine du Nord vers les États-Unis à des fins exclusivement scientifiques.

Ce projet portait sur l’étude des maladies mentales et du suicide et était mené en partenariat avec l’université Columbia. Des courriels publiés indiquent que les tissus cérébraux provenaient de Macédoine du Nord et ont été utilisés pour des analyses en neurosciences aux États-Unis, suscitant interrogations et réactions dans l’opinion publique nationale.

Coopération scientifique

Selon les médias macédoniens, cette collaboration s’inscrivait dans un partenariat scientifique de longue date entre des institutions locales et l’université Columbia. Les prélèvements étaient effectués après le décès, le plus souvent dans des cas de suicide, et utilisés dans des études comparatives.

Le professeur Aleksej Duma, ancien directeur de l’Institut de médecine légale de Skopje, a affirmé à la chaîne Telma que la procédure était légale et validée par la commission d’éthique de la Faculté de médecine. Les cerveaux étaient envoyés comme matériel biologique de recherche, sans objectif commercial ni possibilité de transplantation ou de vente.

Chaque année, une dizaine d’échantillons étaient expédiés, provenant à la fois de personnes décédées par suicide et de cas témoins. Au total, la base de données constituée aurait rassemblé environ 1000 cerveaux. Le projet était coordonné par le professeur macédonien Gorazd Rosoklija, chercheur à Columbia, qui a précisé que des autorisations écrites des familles avaient été obtenues pour chaque échantillon utilisé.

Financé par les Instituts nationaux de la santé américains (NIH), le programme visait à analyser des modifications morphologiques liées à la schizophrénie et à d’autres troubles psychiatriques graves. La Macédoine du Nord avait été choisie en raison de son taux élevé d’autopsies et de l’expertise de son personnel médical, tandis que la partie américaine apportait des technologies de pointe. L’Institut de pathologie et la clinique psychiatrique de Skopje y ont également participé, permettant la formation de médecins macédoniens aux États-Unis.

Réactions et interrogations

À la suite des révélations, le ministère de l’Éducation et des Sciences a indiqué qu’il ne disposait d’aucun élément attestant une violation de la loi, rappelant que les activités de recherche scientifique sont licites lorsqu’elles sont menées avec les autorisations requises. Le ministère de la Santé a toutefois annoncé la mise en place d’une commission chargée d’examiner les aspects éthiques du dossier. De son côté, le Parquet indique suivre l’évolution des informations afin de déterminer s’il existe des motifs justifiant l’ouverture d’une procédure.

À ce stade, aucune preuve ne permet d’établir une implication directe de Jeffrey Epstein dans le projet conduit en Macédoine du Nord. Son nom apparaît dans certaines correspondances liées à des démarches de financement de recherches menées à l’université Columbia. Le professeur Gorazd Rosoklija précise que ces échanges s’inscrivaient dans des pratiques courantes de recherche de dons, sans lien démontré avec la coopération scientifique impliquant des institutions macédoniennes.

L’affaire a néanmoins ravivé plusieurs interrogations éthiques : les familles ont-elles donné un consentement pleinement éclairé ? Le public disposait-il d’une information suffisante sur l’existence et les modalités du projet ? Les mécanismes de contrôle institutionnel étaient-ils adéquats à l’époque ? Si les chercheurs soulignent le caractère légal et encadré de la coopération, une partie de l’opinion publique réclame aujourd’hui davantage de transparence, la publication de documents officiels et un examen institutionnel approfondi.

Cet article a été rédigé dans le cadre de MOST – Media Organisations for Stronger Transnational Journalism, un partenariat journalistique financé par le programme Europe Créative qui soutient les médias indépendants spécialisés dans le reportage international.

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